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Personnels de Radio France en assemblée générale le 20 mars 2015

Pourquoi la grève à Radio France ?

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Vous êtes nombreux à vous interroger sur les raisons des perturbations sur les antennes de Radio France. Une grève illimitée a débuté le jeudi 19 mars à l’appel de cinq syndicats. Reportage d'Abdelhak El Idrissi et Eric Chaverou.

Personnels de Radio France en assemblée générale le 20 mars 2015
Personnels de Radio France en assemblée générale le 20 mars 2015 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Le but de cette grève est notamment de peser sur le Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM), actuellement en négociation entre la direction de Radio France et l’État. Les syndicats craignent que des économies se fassent sur la masse salariale et sur la qualité de la production radiophonique.

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Ce vendredi 26 mars, la grève entre dans son neuvième jour de grève. C’est le plus important mouvement social depuis ces dix dernières années à Radio France . En 2004, les journalistes avaient fait grève pendant 18 jours. Mais cette fois, le mouvement est général, et les journalistes ne sont pas les plus mobilisés (lire plus bas).

Les salariés ont été appelés à la grève par cinq syndicats (CGT, FO, SUD, UNSA, CFDT) pour une durée indéterminée.

Dans le détail, quatre préavis ont été déposés . Ils portent sur l’arrêt des externalisations au sein de la direction de l’établissement, l’abandon de la réorganisation du service propreté le maintien des effectifs et des moyens au service accueil et sécurité (préavis n°1). L’abandon de la réforme des modes de production et de la verticalisation des métiers et des moyens de production (préavis n°2). Le maintien des effectifs et le retour à l’intégralité des programmes locaux dans le réseau des radios France Bleu (préavis n°3). Et le maintien de l’ensemble des formations musicales permanentes (préavis n°4).

Des préavis précis et parfois techniques qui ont aussi permis aux salariés de Radio France d’exprimer leur colère suite aux révélations du Canard enchaîné à propos des frais de rénovation du bureau du PDG Mathieu Gallet, et leur inquiétude au moment où la direction de Radio France a présenté pour la première fois de son histoire un budget 2015 en déficit de 21,3 millions d’euros. S’y ajoute la difficile négociation avec l’État d’un Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM) pour les cinq ans à venir.

Pixel - Mathieu Gallet face aux salariés de Radio France
Pixel - Mathieu Gallet face aux salariés de Radio France Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Depuis le début de la grève, jeudi 19 mars, les assemblées générales des salariés font le plein.

Au deuxième jour de grève, 800 salariés sont venus questionner le PDG dans un exercice particulier de questions / réponses, une assemblée générale hors du commun dont voici les dix premières minutes :

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Mathieu Gallet s’est aussi exprimé dans une interview accordée au journal Le Monde.

Et nous avons sollicité un entretien avec la direction, mais sans suite. Alors que ce jeudi, Mathieu Gallet est venu à France Info répondre aux journalistes :

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« Si on externalise, on est morts. »  Séverine Cassar, chargée de réalisation depuis 17 ans.

Séverine Cassar, chargée de réalisation
Séverine Cassar, chargée de réalisation Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

C’est un métier peu connu du grand public. Derrière les émissions en direct ou enregistrées, les documentaires, présentés par un producteur, se cachent les chargés de réalisation. C’est le cas pour la majorité des émissions de France Culture, où Séverine Cassar travaille sur l’émission La fabrique de l’Histoire. Elle s’occupe du montage, de l’habillage et du mixage des émissions : « le producteur est en charge du fond, il propose le sujet, et le chargé de réalisation est en charge de la forme. Nous travaillons souvent en binôme » :

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Pixel - Manifestation devant le ministère de la Culture
Pixel - Manifestation devant le ministère de la Culture Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

L’un des préavis (n° 2) concerne l’avenir de Séverine Cassar et de l’ensemble des chargés de réalisation, qui ne dépendent pas des radios pour lesquelles ils travaillent, mais d’une direction transversale au sein de Radio France.

« On nous a annoncé assez brutalement la fermeture de ce service dans les trois mois à venir ». Conséquence, chaque chargé de réalisation sera rattaché à une chaine : « Moi qui travaille à France Culture, je vais être sous la direction du directeur de France Culture ».

Au-delà de la réforme, « ce n’est pas une punition bien sûr » de travailler à France Culture, Séverine Cassar regrette un management  « assez brutal, unilatéral, sans dialogue » . L’autre crainte, c’est l’avenir du métier de chargé de réalisation à Radio France : « si on réduit la production, il suffira d’un producteur au micro et d’un technicien derrière la console » explique la salariée. A défaut d’être supprimée, Séverine Cassar craint une externalisation de la production : « Jusqu’à présent tout ce qui est diffusé à Radio France est produit en interne (…) Si on externalise, on est morts » :

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« On a cette fierté d’effectuer une mission de service public ». Maximilen Faure, agent de sécurité et d’accueil.

C’est l’un des autres métiers concernés par des changements récents d’organisation.

Aujourd’hui, la Maison de la radio – et les locaux de l’avenue du Général Mangin – sont gardés par des agents d’accueil et de sécurité, salariés de Radio France. Maximilien Faure fait partie de ces 70 agents, depuis 11 ans : « j’en suis plutôt fier ».

Pixel - Maximilien Faure, agent de sécurité et d'accueil à Radio France
Pixel - Maximilien Faure, agent de sécurité et d'accueil à Radio France Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Lui est ses collègues effectuaient des missions très diverses : le contrôle à l’entrée, les rondes, et surtout l’accueil de tous les publics : les salariés, les auditeurs venant assister à une émission, et aussi les invités, dont ceux de la présidence. Mais cette dernière mission a été « retirée », au profit d’une société extérieure, regrette l’agent de sécurité.

« On ne se bornait pas à demander des badges et à contrôler des accès, on voulait vraiment rendre ce service d’accueil aux personnels, aux invités, aux auditeurs. »

Maximilien Faure a rejoint le mouvement de grève et distribue des tracts le matin devant la Maison de la radio. « Quand l’argent est mal utilisé, quand le service public est dévoyé c’est proprement insupportable ».

Lors du passage aux 35 heures, les besoins d’effectifs ont été établis à 110 des agents de sécurité. Ils sont 70 aujourd’hui, répartis sur deux sites dont ils contrôlent les accès piétons et véhicules « sept jours sur sept, 24 heures sur 24, 365 jours par an » :

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« Il y a un public pour nos deux formations ». Hélène Devilleneuve, musicienne de l’orchestre philharmonique de Radio France.

C’est l’une des pistes d’économies envisagées par Mathieu Gallet : l’avenir des deux orchestres de Radio France. L’orchestre national de France et le philharmonique de Radio France sont également défendus par les syndicats qui ont déposé un préavis de grève appelant au « maintien de l’ensemble des formations musicales » .

L’évocation du sujet le 20 mars par Mathieu Gallet lors de l’assemblée générale des salariés de Radio France avait suscité un tollé :

« Il y a plusieurs hypothèses sur l’évolution des formations musicales. Le fait qu’un des deux orchestres prennent son autonomie, et plutôt l’orchestre national de France (…) C’est une des hypothèses, avec un financement dans lequel Radio France pourrait toujours contribuer. Les autres hypothèses : la fusion des deux orchestres ou la réduction des deux orchestres. »

Pixel - Anne Deneuville, hautbois solo de l'orchestre Philharmonique de Radio France
Pixel - Anne Deneuville, hautbois solo de l'orchestre Philharmonique de Radio France Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

En marge d’une répétition d’une dizaine de musiciens du philharmonique, __Hélène Devilleneuve, haut bois solo, est revenue sur cette idée de fusion : « Notre tâche de service public est d’être polyvalent ». La musicienne rappelle que la culture n’a pas pour seul objectif la rentabilité. « Un concert de toute façon quand on rentre sur scène il y a déjà un déficit. Les recettes ne vont pas payer le coût de la production ».

Et de poursuivre : « Il y a des économies à faire mais ce qui m’inquiète c’est de ne pas entendre les responsables politiques ou ceux de Radio France dire : « On sait que ce n’est pas rentable la culture mais on en a besoin parce que c’est l’idée qu’on se fait de la grandeur d’un pays. ». Comme ses collègues, Hélène Devilleneuve explique qu’elle « comprend bien que la période actuelle est difficile financièrement, économiquement pour tout le monde » et reconnaît que Radio France doit faire des économies, mais « la culture n’a jamais été rentable ».

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Le 25 mars, la direction de Radio France faisait plusieurs propositions concernant les quatre préavis afin de mettre un terme à la grève :

« La réforme du service Propreté est abandonnée (…)

La direction rappelle qu’il n’existe aucun projet d’externalisation au sein du service Accueil et sécurité et la direction en relation avec la DRH travaillera sur l’amélioration des conditions de travail des équipes concernées.

La direction rappelle que les préconisations issues de l’audit des modes de production restent du domaine du projet tant qu’elles n’ont pas fait l’objet d’une procédure de consultation devant les IRP (Instances Représentatives du Personnel).

La méthode retenue jusqu’alors doit être complétée d’une réflexion partant des chaines, des programmes. C’est pourquoi la direction propose : L’avant-projet de rattachement hiérarchique des chargés de réalisation et des techniciens d’antenne est abandonné. (…)

Concernant les stations locales du réseau France Bleu, la direction rappelle que France Bleu est un réseau amené à se développer pour répondre à un besoin de maillage du territoire et ce, pendant toute la durée du prochain COM.

Concernant les formations musicales, une personnalité qualifiée, indépendante et reconnue du monde de la musique sera chargée d’étudier les avantages et inconvénients de chacune des hypothèses présentées au CCE ».

Des mesures insatisfaisantes selon les syndicats et les salariés réunis en assemblée générale, qui ont voté la poursuite de la grève.

Pour Philippe Ballet, délégué syndical UNSA Radio France , le fossé avec le PDG de Radio France est quasiment culturel :

Pixel - Philippe Ballet, délégué UNSA Radio France
Pixel - Philippe Ballet, délégué UNSA Radio France Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

« On ne parle pas le même langage. Mathieu Gallet est arrivé en disant qu’il était chef d’entreprise et il a un langage différent. Il a essayé de nous changer, de changer nos mentalités. Mais on n’a pas des mentalités de gens privilégiés, on est des passionnés. Les gens ici n’hésitent pas à faire beaucoup plus que ce qu’on leur demande, dans tous les secteurs. »

Le mercredi 25 mars, les syndicats de Radio France étaient reçus au ministère de la Culture, mais ils n’ont rien obtenu de concret. « Les réponses sont insipides » fustige Philippe Ballet :

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Des journalistes peu mobilisés

Dans ce conflit qui dure, une catégorie de personnels est relativement peu mobilisée : les journalistes, dont les deux principaux syndicats (SNJ et SNJ-FO) n’ont pas appelé au mouvement. Le SNJ-FO refusant "une grève préventive illimitée".

Mais comme les autres salariés, ils regardent d’un œil inquiet la tournure politique que prend cette histoire avec la « convocation » de Mathieu Gallet par la ministre Fleur Pellerin. Ce jeudi, ils se sont pour la première fois rassemblés pour une réunion d'information.

La responsable du SNJ de Radio France, Valeria Emanuele
La responsable du SNJ de Radio France, Valeria Emanuele Crédits : Eric Chaverou - Radio France

La responsable du SNJ de Radio France, Valeria Emanuele, y a notamment exprimé « le sentiment que les salariés sont manipulés, pris entre deux feux : entre la tutelle et la direction ». Et d'annoncer une tribune de son syndicat pour protester :

« Il y en a marre de ce jeu de ping-pong qui se fait au dessus de nos têtes alors que nous allons perdre des emplois et que nous ne savons pas ensuite comment faire tourner la maison. »

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Des producteurs unis pour la première fois

Les voix de France Musique, France Inter et France Culture ont été plus réactifs, en s’adressant mercredi aux auditeurs dans une lettre ouverte. Lettre complétée par une émission sur France Inter, "L'instant M", avec trois invités : Jean Lebrun, de "La marche de l’Histoire", sur France Inter, Caroline Broué, de "La Grande Table", sur France Culture, et Anne Montaron, de France Musique :

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L'Instant M, sur France Inter : Les Voix de Radio France : "Cette grève est pour vous"
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Alors que le producteur à France Culture et France Inter Philippe Meyer publie ce vendredi dans "Le Monde" un point de vue intitulé « Il faut stopper la dérive de Radio France ».

Et ce mercredi 1er avril, la Cour des comptes a publié un rapport très sévère sur la gestion de Radio France. Elle a examiné la période 2006-2013, antérieure, donc, à l'arrivée du PDG Mathieu Gallet, et elle fustige entre autres la gestion des antennes du groupe qui ont connu, selon la rue Cambon, un développement "désordonné et dispendieux". Tout en mettant en cause la "passivité" des deux présidences précédentes, celle de Jean-Paul Cluzel et celle de Jean-Luc Hess.

La Cour des comptes pointe également la dérive du coût du chantier de réhabilitation de la Maison de la radio, et souligne que ce dernier devrait "doubler", selon sa dernière estimation, par rapport au budget prévisionnel de 262 millions d'euros.

A la suite de quoi, la rue Cambon formule 18 recommandations catégoriques, parmi lesquelles la fusion à la fois des deux orchestres de la maison, et des rédactions de France Inter, France Info et France Culture. Mathieu Gallet, dans un message interne aux salariés, a indiqué que cela "ne correspond pas à [sa] vision du pluralisme de l'information et de la complémentarité des antennes" .

Ecoutez les précisions de Florence Sturm dans le journal de 12h30 d'Antoine Mercier :

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Le rapport de la Cour des comptes sur Radio France publié le 1er avril 2015
Intervenants
  • dirigeant de Majelan, plateforme de podcasts, ex pdg de Radio France de 2014 à 2018, démis de ses fonctions par le CSA après avoir été condamné par le tribunal correctionnel de Créteil pour "favoritisme" pendant son mandat à la tête de l'INA
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