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Quel engagement syndical pour les jeunes ?

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Cette année, à l’occasion de la Fête des Travailleurs, la CFDT organise à Paris un grand rassemblement destiné aux jeunes, adhérents ou pas. Même si elle n’est pas nouvelle, la question du renouvellement des générations devient centrale pour les syndicats.

PHOTOPQR / Le Midi Libre - Maxppp

*Cette année, à l’occasion de la Fête des Travailleurs, la CFDT organise à Paris un grand rassemblement destiné aux jeunes, adhérents ou pas.Même si elle n’est pas nouvelle, la question du renouvellement des générations devient centrale pour les syndicats, qui font face à une augmentation de la moyenne d’âge de leurs adhérents et de leurs responsables.Au-delà de la question de l’engagement des jeunes, c’est le modèle syndical lui-même qui est en jeu, à l’heure où l’entrée sur le marché du travail se fait de plus en plus tard, et par des formes d’embauche très précaires. _**Un reportage d'Abdelhak El Idrissi.

« Le syndicalisme est à un tournant » *_

Pixel - engagement syndical des jeunes - Working Time Festival CFDT
Pixel - engagement syndical des jeunes - Working Time Festival CFDT

© DR

Ce vendredi 1er mai, la CFDT espère rassembler à Paris plus de 5 000 jeunes à l’occasion de son Working Time Festival.

Par « jeunes », le syndicat entend des personnes de moins de 36 ans. Car sur le marché du travail, et au sein des syndicats, il est assez rare de voir des jeunes de moins de 25 ans, dont l’insertion professionnelle et l’adhésion à un syndicat sont assez tardives. La CFDT compterait plus de 36 000 jeunes adhérents de moins de 36 ans, *« mais on les trouve surtout entre 30 et 35 ans » _précise** Inès Minin, secrétaire nationale de la CFDT chargée notamment de la question des jeunes._*

Puisque les jeunes n’ont pas beaucoup d’occasion de rencontrer les syndicats, la CFDT a voulu créer une opportunité.

« On a peut-être des choses à porter ensemble, même si on n’a pas les mêmes statuts, les mêmes situations » . Agée de 35 ans, la jeune responsable n’est pas arrivée au syndicalisme de par un milieu familial engagé. « Je suis la plus engagée dans ma famille. D’ailleurs on me demande souvent ‘qu’est-ce que tu fais ? On ne comprend pas trop’ » .

L’engagement syndical d’Inès Minin est la conséquence d’autres engagements, notamment au sein des JOC, les Jeunesses Ouvrières Chrétiennes.

Elle a ensuite découvert l’univers syndical qui lui était inconnu. C’est aussi pour faire un travail d’éducation auprès des jeunes que la CFDT a organisé son Working Time Festival.

Pixel - engagement syndical des jeunes - Inès Minin CFDT
Pixel - engagement syndical des jeunes - Inès Minin CFDT Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Souvent ce qu’ils voient, ce sont les manifs à la télé et les militants bardés de chasubles (…) Il y a une méconnaissance.

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Au sein des autres syndicats, l’initiative de la CFDT n’est pas du goût de tous.

Julien Gonthier, le secrétaire du syndicat Solidaire Industrie reconnait que les syndicats doivent travailler sur leur image mais « ce n’est pas de la communication. Je sais que la CFDT fait un Working Time Festival, et je pense que c’est faire du mauvais jeunisme : c’est des jeunes donc on va s’adresser à eux de manière différente ».

Julien Gonthier a 30 ans, mais sont engagement syndical est ancien. Il a adhéré pour la première fois à l’âge de 17 ans.

Dès que j’ai été embauché, on a monté la section syndicale dans l’entreprise

Même si la tradition familiale a joué, il estime que son engagement relève du pragmatisme : « le fait de chercher un boulot, de passer par l’ANPE, par les missions locales, quand on cumule des CDD, on se dit : ça a l’air très compliqué, je suis mal payé, qu’est-ce que je peux faire ? »

Face à cette situation, la réponse a été : « il faut se défendre et s’organiser » .

Pixel - engagement syndical des jeunes - Manifestaion (2010)
Pixel - engagement syndical des jeunes - Manifestaion (2010) Crédits : Vincent ANDORRA

Mais tous les jeunes n’ont pas forcément la même trajectoire. Et Julien Gonthier rappelle que le terme « jeune » ne représente pas un ensemble homogène. « Il y a des jeunes des classes défavorisées, des jeunes des classes populaires qui ne vivent pas du tout les mêmes choses. Le mot ‘jeune’ c’est un piège. Même si on retrouve effectivement beaucoup de gens en terme d’âge, de parcours, de qualification, qui se retrouvent sur des parcours très précaires, de l’intérim, des CDD » et pour qui « l’intégration au marché du travail n’est plus du tout la même ».

Le syndicat Solidaires n’est pas celui qui est le plus touché par l’absence de jeunes parmi les militants. « Ce n’est pas qu’on est plus intelligents que les autres, mais comme on est un syndicat plutôt récent, on n’a pas cette bureaucratisation. On a une image plus radicale et une partie de cette population (de jeunes) nous rejoint plus facilement ».

Le syndicat Solidaires se questionne beaucoup sur les changements à mener pour atteindre les populations éloignées du syndicalisme :

Est-ce qu’on fait des permanences dans les quartiers ? Est-ce qu’on renforce les unions locales où vivent les gens ?

Julien Gonthier est également conscient que les syndicats doivent pouvoir répondre à une population pour qui l’engagement est « moins idéologique que pratico-pratique » .

Pixel - engagement syndical des jeunes - Julien Gonthier
Pixel - engagement syndical des jeunes - Julien Gonthier Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Et de rajouter : « quand on change de boulot tous les mois, il est difficile de se sentir appartenir à une ‘boîte’ » . D’ailleurs les syndicats sont parfois critiqués pour leur inadaptation à ces formes de précarité, et sont accusés de ne défendre que les salariés intégrés professionnellement, et surtout dans la fonction publique.

Pour Julien Gonthier, il ne faut pas opposer les salariés :

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*_« Le droit du travail est plus bafoué » **

Olivier Munoz_* s’est engagé dans le syndicalisme en constatant que le droit du travail était « plus bafoué que d’autres droits ».

Il donne l’exemple de son entourage qui est confrontés à « des heures supplémentaires pas payés, des difficultés à prendre ses congés » .

D’où sa volonté de « changer les choses » .**

Le jeune homme de 25 ans est membre de la CGT** depuis cinq ans, et il participe au collectif jeune de la Construction au sein du syndicat.

Selon lui, le désengagement syndical des jeunes et des moins jeunes est à remettre dans un contexte plus global d’individualisme de la société.

Pixel - engagement syndical des jeunes - Olivier Munoz
Pixel - engagement syndical des jeunes - Olivier Munoz Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Il y a eu tout le discours libéral disant : chacun pour soi, ne pensez pas aux autres, battez vous pour vous, écrasez vos voisins si vous le pouvez, mettez les œillères, l’individualisme est formidable. Mais ceux qui s’y sont pliés constate que ça ne fonctionne pas.

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Même si les jeunes sont particulièrement touchés par la précarité, Olivier Munoz explique que de nombreuses catégories de salariés font face à des difficultés.

La question de l’engagement est globale.

« A mon sens c’est plus une responsabilité des gens que de notre propre responsabilité (syndical, ndlr). Je pense que le questionnement devrait se mener auprès des salariés et des citoyens » . Ces derniers verraient le syndicalisme comme un mouvement inutile.

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« La problématique de la jeunesse est vitale ».

L’historien du syndicalisme Stéphane Sirot confirme que le désengagement des jeunes s’inscrit dans un mouvement plus global, même s’il connaît des spécificités.

Le taux de syndicalisation en France concernait jusqu’à un quart des travailleurs dans les années 50. Il est retombé aujourd’hui autour de 7 à 8%.

« Dans ce cadre là, il y a une sous syndicalisation de la jeunesse » explique l’historien. Des chercheurs ont pu constater que les grandes confédérations syndicales comportaient moins de 5% de moins de 30 ans.

« Et on peut penser que depuis, les choses ne se sont pas améliorées » .

Les jeunes, comme le reste de la société française, « ont du mal à s’engager dans des organisations qui portent un militantisme de longue durée ____ » ajoute Stéphane Sirot.

Pixel - engagement syndical des jeunes - Stéphane Sirot
Pixel - engagement syndical des jeunes - Stéphane Sirot Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

On retrouve les mêmes problèmes dans les partis politiques

Un autre élément explicatif du décalage est que les salariés sont « de plus en demande de services rendus par les organisations syndicales, or le syndicalisme français n’a pas été conçu comme un syndicalisme de services, mais un syndicalisme d’engagement ».

Et cette demande serait amplifiée chez les jeunes soucieux de savoir « ce que l’engagement va pouvoir apporter individuellement à celui qui s’engage ? » .

S’ajoutent une série d’autres explications selon l’historien : la précarisation de l’emploi, l’entrée tardive des salariés sur le marché du travail, la défiance es jeunes à l’égard d’un institution assimilée au pouvoir.

Autant d’éléments constitutifs d’un « déficit d’engagement » qui éloigne les jeunes salariés. Pourtant, en face, « les structures syndicales ont peu évolué, notamment pour les précaires » note Stéphane Sirot.

Un immobilisme qui pourrait être fatal, car « la problématique de la jeunesse est vitale » .

La moyenne d’âge des responsables syndicaux, et des délégués lors des congrès, s’approche de la cinquantaine. Se pose donc la question du renouvellement des générations.

« Il y a des expérimentions à mener, dit l’historien.Les structures syndicales telles qu’on les connaît aujourd’hui ne sont pensées pour suivre les salariés dans toute leur carrière qui est de plus en plus discontinue » .

A défaut de s’adapter, les syndicats prennent le risque de voir « le fossé se creuser davantage » avec les jeunes.

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Voici des témoignages glanés sur les réseaux sociaux, Twitter et Facebook, à propos de l’engagement syndical :

Pixel - engagement syndical des jeunes
Pixel - engagement syndical des jeunes Crédits : Vincent ANDORRA

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