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Qui sont les militants UMP ?

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Nicolas Sarkozy en meeting à Boulogne, le 25 novembre 2014 - Pixel UMP
Nicolas Sarkozy en meeting à Boulogne, le 25 novembre 2014 - Pixel UMP Crédits : Frédéric Says - Radio France


Les projecteurs sont braqués sur les trois candidats à la présidence de l’UMP : Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, Hervé Mariton. Mais qui sont les quelque 270.000 adhérents qui les départageront, ce samedi 29 novembre ? Portrait(s) d’une base militante qui est restée encartée, malgré les défaites et les affaires. Avec vos témoignages et réactions. Pixel réalisé par Frédéric Says avec Stéphane Robert.

Échec à la présidentielle puis aux législatives de 2012. Guerre des chefs Copé-Fillon, marquée par un scrutin contesté. Rejet des comptes de campagne, puis grande collecte auprès des militants (appelée aussi "Sarkothon"). Affaire Bygmalion. A part la victoire aux municipales et, dans une moindre mesure, aux européennes de 2014, le quotidien d’un militant UMP, depuis deux ans, ressemble à une succession de mauvaises nouvelles.

Ils sont précisément 268.236 à voter ce samedi pour désigner leur futur patron. Qui sont ces adhérents que les tempêtes successives n’ont pas découragé ? Portrait en quatre points.

1 – Plus à droite que les sympathisants

Personne ne détient, à part l’UMP elle-même, le fichier des adhérents. Les sondages réalisés pour cette élection tiennent donc, au mieux, du doigt mouillé . Ce sont en effet les « sympathisants de l’UMP » qui sont interrogés par téléphone. Et non ceux qui vont effectivement voter, à savoir les militants encartés à l’UMP et à jour de cotisation au 30 juin 2014. Ce qui rend ces sondages « non pertinents », selon Frédéric Dabi, directeur-adjoint de l’institut IFOP :

Le militant UMP est donc plus à droite, plus âgé que la moyenne des sympathisants. Les candidats ont pu le constater dans les salles de meetings.

Le 8 octobre à Aix-en-Provence, Bruno Le Maire se fait par exemple traiter de « mou » sur la question de la famille et de la filiation. Les autres questions de la salle sont, pour l’essentiel, dans la même tonalité : burqa, peine de mort, nationalité… Hervé Mariton, qui s’est positionné contre la loi Taubira (sur le mariage et l’adoption par les couples de même sexe) et pour le droit du sang, est dans son élément…

Un constat que l'on retrouve dans les raisons de l’engagement de Martine, 60 ans, militante de la Vienne . Elle dit avoir adhéré à l’UMP« au moment de l’affaire Merah » :

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La prise de position de Nicolas Sarkozy sur l’abrogation de la loi Taubira s’explique par le même phénomène. Convaincu que la base de l’UMP est bien plus « radicale » que l’électorat, l’ex-président a choisi de faire campagne à droite toute. Même le tempéré Bruno Le Maire a musclé son discours de campagne, proposant ainsi la limitation des aides sociales, pour « récompenser davantage ceux qui travaillent dur ».

2 - Une bonne dose de « sarkolâtrie »

A entendre bon nombre de militants, il y a « les dirigeants de l’UMP » d’un côté, et « Nicolas » de l’autre. La stratégie des « cartes postales », depuis son vrai-faux départ de la vie politique, à de ce point de vue très bien fonctionné. Pour Jean-Philippe Poitevin, jeune militant à Bordeaux , « Nicolas Sarkozy a une force intérieure, il ne ment pas aux gens, j’espère que cet homme-là va relancer le pays ».

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« Il parle vrai, il ne dit pas le discours que les médias veulent entendre », témoigne Roger, venu de Puteaux (92), en écho au passage sur l’ « immigration choisie » du candidat Sarkozy. « Comme il l’a dit, les Français s'aveuglent sur la réalité, mais quand on se réveillera, il sera trop tard ! ».

« Nicolas Sarkozy est mon soleil », nous disait même une militant lors d'un rassemblement des amis de Nicolas Sarkozy, en février 2013. Pour Marc-Philippe Daubresse, le très sarkozyste député du Nord , un plébiscite pro-sarkozy dès le premier tour ne fait pas de doute :

Une grande partie des militants sont donc des « inconditionnels », qui viennent voir la « star Sarko ». Les discours de l’ancien président sont applaudis comme une série de sketchs – souvent cruels contre le pouvoir. Et parfois largement fictionnels, comme l’a relevé la rubrique Désintox, de Libération.

… tempérée par des questions sur les « affaires »

Si les militants affirment au micro ne pas suspecter Nicolas Sarkozy de malversations, ils sont en revanche nombreux à faire part de leurs doutes sur les affaires, et notamment Bygmalion.

Au moment du « Sarkothon » (11 millions d’euros récoltés), le parti n’avait pas été avare en démarchage financier auprès de ses adhérents (lire notre sujet à l'époque). Conséquence logique : les militants demandent des comptes.

« J’aimerais savoir où est passé mon argent » , reconnaît Yves, militant du Nord. Mais ce quinquagénaire refuse d’aller plus loin : « ces polémiques, ça nous affaiblit, et ça fait plaisir à la gauche ». C’est d’ailleurs le principal argument des sarkozystes : ne pas tendre des perches au PS.

« Tout ça [ces affaires], ce n’est pas créé de toute pièce, explique Michel Herrel, ancien secrétaire départemental du RPR dans le Nord , mais ça ne justifie sans doute pas cette méchanceté contre Nicolas Sarkozy ».

Le paradoxe : si ces interrogations sur les « affaires » existent, elles ne semblent pas faire de tort à Nicolas Sarkozy. Parmi vos réactions sur Twitter (à retrouver en intégralité en bas de cette page), en réponse à @fcpixel, un militant résume le sentiment général : dans la gestion des comptes, « Nicolas Sarkozy a dû faire confiance et déléguer », « comme pour Johnny Hallyday (@johnnySjh) » avec ses affaires fiscales.

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A la fin d’un meeting, devant quelques journalistes, Hervé Mariton s’en désolait « vous avez vu, sur l’affaire Bygmalion, c’est à nous [lui et Bruno Le Maire, ndlr] qu’ils s’en prennent, pas aux principaux responsables… »

3 – Hantise des divisions
« Un parti, c’est comme une entreprise : quand t’as 36 bonhommes qui commandent, c’est pas bon, il faut un patron » juge Antoine Plantier, un adhérent de 73 ans. Le culte du chef , perpétuation des racines gaullistes du parti, a la vie dure. Il est renforcé par la période qui vient de s’écouler, où plusieurs leaders de force équivalente se sont entre-tués.

Bernard et son épouse, militants UMP - Boulogne - Pixel UMP
Bernard et son épouse, militants UMP - Boulogne - Pixel UMP Crédits : Frédéric Says - Radio France

A la sortie du meeting de Nicolas Sarkozy à Boulogne-Billancourt, Bernard, militant haut-savoyard, vient de décoller – pour la garder – une affiche du « patron » : Nicolas Sarkozy. A cause des divisions de cette deux dernières années, il confie avoir, avec sa femme, hésité à reprendre sa carte (45 € annuels à deux). « Tout le monde se tire dans les pattes, et pendant ce temps, on n’avance pas ». « La droite a été minable », complète Patrick Massol, encarté depuis 10 ans en région PACA :

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4 – Hollande, la « boussole sud »

Finalement, qu'est-ce qui rassemble des militants gaullistes, pro-européens, libéraux, conservateurs, souverainistes ou centristes ?

Dans les meetings UMP, le meilleur « chauffeur de salle » s'appelle François Hollande. Les critiques contre le président de la République cimentent les adhérents. Sa politique "va dans le mur" explique Gaël Joret, militant depuis deux ans.

"C'est une boussole qui indique le sud, complète Mariette. Il fait l'inverse de tout ce qu'il faudrait faire : sur la famille, sur les impôts, sur la sécurité...". D'où les nombreuses promesses d'abrogation de Nicolas Sarkozy : loi Taubira, la réforme territoriale, rythmes scolaires... L'essentiel des arguments de campagne de l'ex-président porte d'ailleurs moins sur l'UMP que sur la « faillite » du gouvernement.

Une vision contre laquelle se sont battus Bruno Le Maire et Hervé Mariton : ce samedi, c'est l'élection du président de l'UMP, pas la présidentielle 2017", ont-ils martelé. Plébiscite ou renouveau ? Le score de Nicolas Sarkozy le 29 novembre au soir indiquera, en creux, la marge de manœuvre dont disposent ses adversaires au sein du parti.

Comme chaque semaine, vous avez pu participer à notre enquête : "qui sont les militants UMP ?" Voici une sélection de vos réactions, sur Twitter et sur Facebook :

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