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Une famille syrienne aidée par l'association Nazra Syria

Rester au contact de la Syrie

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Hormis quelques zones, il est quasiment impossible aujourd’hui pour les médias français de couvrir le conflit syrien qui a démarré il y a cinq ans. Malgré tout, il existe des ponts entre la Syrie et la France, pour nous permettre de suivre certains aspects du conflit. Reportage d’Abdelhak El Idrissi

Une famille syrienne aidée par l'association Nazra Syria
Une famille syrienne aidée par l'association Nazra Syria Crédits : Nazra Syria

Comment s’informer sur la situation d’un pays en guerre quand la présence journalistique sur place est quasiment nulle ? Comment s’informer quand la langue de ce pays empêche une information directe auprès du public français ?

Pour ne pas perdre le contact avec la Syrie plusieurs initiatives ont vu le jour en France. Nous vous en présentons deux : celle d’une bénévole qui propose de suivre le quotidien de quatre familles syriennes. Et celle d’une journaliste française indépendante française en partenariat avec un journaliste syrien pour développer un réseau de journalistes-citoyens syriens.

« Comment s'informer au plus près ?»

En 2012, Caroline Donati, qui travaille depuis 15 ans sur la Syrie met sur pied avec un journaliste Syrien, Oussama Chourbaji, un « pont médiatique » avec des acteurs sur place.

Grâce aux connaissances d’Oussama Chourbaji au sein de la société civile, Amer et Majid deviennent acceptent de devenir des journalistes-citoyens. Amer est à Daraya, dans la banlieue assiégée de Damas, et Majid dans la région d’Alep, au nord du pays.

Au fil des mois, le réseau s’agrandit et compte sept journalistes-citoyens. Leur but : raconter leur quotidien, filmer leur environnement, rendre compte de la situation et envoyer leurs vidéos pour contourner « le verrouillage médiatique mise en place par le régime », explique Caroline Donati. Ces « correspondants » ne sont pas journalistes. Dès lors, comment appréhender leur travail, leurs biais ?

« L’important est de les situer, de savoir d’où l’on parle.

Tout à fait au départ, on a privilégié une approche personnelle » raconte Caroline Donati, qui avait à cœur de faire entendre ces « voix de la société civile ». Tous les témoignages, les reportages ont servi à construire le webdocumentaire « Journaux intimes de la révolution », diffusé par Arte.

Caroline Donati sur le plateau de TV5
Caroline Donati sur le plateau de TV5 Crédits : TV5 Monde

Très vite, le réseau de citoyens va se professionnaliser dans le domaine journalistique. Grâce au soutien de CFI, l'agence française de coopération médias qui dépend du ministère des Affaires étrangères, des formations son dispensées à distance, et même sur place pour certains.

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Pixel - Caroline Donati raconte la mise en place du projet

« Quand il le faut, ils vont trouver les moyens pour transmettre »

Comme dans tout conflit, les conditions de travail sont difficiles, voire dangeureuses. « En fait ce sont des reporters de guerre » explique Caroline Donati.

« La consigne c’est : ne prenez pas des risques pour ce travail-là, mais ils sont de toute façon dans une situation de guerre où ils risquent leurs vies tous les jours ».

Ensuite l’autre problème est d’ordre matériel. Avec les aléas de la connexion internet, les journalistes-citoyens utilisent parfois une connexion satellitaire. « Depuis Paris on essaie de leur faciliter la tache en les équipant » précise Caroline Donati. Mais souvent, ils doivent se débrouiller pour trouver une connexion internet et envoyer leurs vidéos, « comme le ferait un correspondant dans une situation de guerre ».

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Pixel / Caroline Donati détaille les conditions de travail des journalistes-citoyens

Daech, angle mort 

Dans la banlieue de Damas, au nord d’Alep, ou plus au centre, le réseau de journalistes-citoyens travaille depuis des zones contrôlées par les rebelles modérés. Ces derniers font face à l’armée du régime et aux bombardements russes.

Il leur est quasiment impossible de couvrir les territoires contrôlés par Daech. Caroline Donati confirme : « nous n’avons pas de correspondants, et ce n’est pas non plus notre objectif. Justement, on a une approche différente, on veut couvrir leur quotidien, on ne parle pas que de guerre ».

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Pixel- Caroline Donati sur la difficulé de traiter de Daech (qui n'est pas le seul sujet)

Le réseau de journalistes-syriens va continuer à fournir ses reportages sur l’histoire de cette révolution, devenue guerre civile. D’ici quelques jours, le public pourra découvrir la suite, sous un nouveau nom : Revolution Diaries qui sera alimenté par de nombreuses vidéos.

Aider des familles

Inès Gerbault est à la tête de l’association Nazra Syria dont le but est d’aider des familles syriennes, et de partager leur quotidien. La présidente de l’association a rencontré ces familles lors d’un précédent séjour en Syrie dans le cadre de ses études.

Impuissante face aux milliers de Syriens qui fuient le pays à cause des bombardements, Inès Gerbault cherche à venir en aide à ceux qui envisagent de quitter le pays à causes des effets indirects de la guerre : flambée des prix de la nourriture, pauvreté….

« On est convaincus que permettre à ses familles de rester dans leur contexte local c’est vraiment clé, et que partir en Europe vers un pseudo eldorado économique n’est pas une solution ». En tout, l’association aide quatre familles à travers le pays.

Les filles de Basma
Les filles de Basma Crédits : DR

Sur le site internet de l’association, on peut par exemple découvrir la vie de Basma. On partage avec elle ses malheurs : un déménagement précipité, un mari parti en Turquie mais rapidement revenu faute de trouver du travail. La pauvreté qui touche la famille qui, au plus dur de la crise, ne mangeait plus qu’une fois par jour.

Mais ce sont aussi des moments joyeux : des histoires d’amour, des naissances.

En plus de ces familles, Nazra Syria met en places des opérations ponctuelles. Ainsi, lors des dernières fêtes de Noël, les dons récoltés ont permis d’envoyer 200 colis de nourritures et d’habits. L’argent est envoyé par Western Union, spécialisée dans le transfert international de fonds, et qui a gardé des bureaux ouverts en Syrie. « Je ne pouvais pas ne pas essayer, à mon niveau de faire quelques chose » dit simplement Inès Gerbault.

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Inès Gerbault, présidente de Nazra Syria présente l'association

Les aléas d’Internet

Pour rester en contact avec les familles et recevoir des nouvelles, Nazra Syria s’en remet à la connexion internet disponible en Syrie.

« En fait les moyens de communication existent et fonctionnent encore assez bien avec la Syrie. Personnellement je communique par WhatsApp, cette application mobile qui passe par internet. On peut s’envoyer des messages vocaux… »

Pour les photos, on emprunte le Smartphone d’un voisin. Pour recharger, les batteries des téléphones, on se branche sur une batterie de voiture. Dans la majorité du pays, il n’y a que quelques heures d’électricité chaque jour.

Inès Gerbault
Inès Gerbault Crédits : DR

Avec son association, ils sont 8 bénévoles, Inès Gerbault permet aussi aux francophones de s’intéresser à la situation sur place. Parfaitement arabophone, elle constate « à quel point, si on ne parle pas arabe, on est coupé. Il y a pleins d’informations que l’on n’a pas. C’est difficile, et je pense que ça participe à la mésinformation sur la Syrie ,et sur les stéréotypes qu’on peut avoir ».

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Les réseaux de communication fonctionnent (Inès Gerbault)

Avec ses interlocuteurs syriens, il reste toutefois des sujets difficiles à aborder. « La question politique est très sensible. On ne parle pas des choix politiques ou du régime par exemple ».

« Il y a toujours cette crainte d’être écouté ».

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Inès Gerbault : Il y a des sujets tabous

Chroniques

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Syrie, cinq ans après : une guerre mondialisée

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