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Un lycée en guerre contre l'échec scolaire

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A Gennevilliers en région parisienne, le lycée Galilée vient de généraliser à toutes les classes de seconde un dispositif de lutte contre l'échec scolaire qui repose sur une nouvelle organisation des enseignements, de l'évaluation, de l'emploi du temps et, dans une moindre mesure, de la vie scolaire

Abdelhak El Idrissi - Radio France

A Gennevilliers, en région parisienne, le lycée Galilée vient de généraliser à toutes les classes de seconde un dispositif de lutte contre l'échec scolaire qui repose sur une nouvelle organisation des enseignements, de l'évaluation, de l'emploi du temps et, dans une moindre mesure, de la vie scolaire. La réussite de cette expérimentation a été rendue possible grâce à l'implication et l'adhésion de l'équipe pédagogique qui a exceptionnellement reçu carte blanche pour améliorer les résultats scolaires dans un établissement classé en **« ZEP ** » . Un reportage d'Abdelhak El idrissi.

*Tout le système ne fonctionnait plu*s

L'histoire est belle . Un lycée classé en Zone d'Education Prioritaire, dans un quartier réputé « difficile » de Gennevilliers, réussit à faire reculer l'échec scolaire et à augmenter le niveau des élèves de seconde.Mais pour en arriver là, il a fallu la volonté acharnée de plusieurs professeurs et l'adhésion de toute une équipe pédagogique. Il a également fallu le feu vert du rectorat et une dotation financière supplémentaire.

Pixel Gennevilliers - Olivier Jallu
Pixel Gennevilliers - Olivier Jallu Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Face à l'échec scolaire dans les établissements en ZEP de l'académie de Versailles, le rectorat avait encouragé en 2008 les chefs d'établissements à proposer des expérimentations pédagogiques pour les classes de seconde.

L'expérimentation est l'un des volets de la réforme du ministre de l'Education de l'époque Xavier Darcos en réponse à une situation dégradée en ZEP.

Car les dispositifs créés au fil des changements de ministres ne semble pas avoir d'impact sur l'échec scolaire dans les zones les plus défavorisées.

C'est le constat dressé par Olivier Jallu, professeur de physique-chimie au lycée Galilée de Gennevilliers. Il est l'un des piliers de l'expérimentation en classe de seconde :

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Mais encore faut-il que la réflexion sur une éventuelle expérimentation se fasse au bon « niveau » . A Gennevilliers, la proviseure de Galilée (qui est partie depuis) se tourne donc vers les professeurs. N'est-ce pas l'équipe des enseignants qui est la mieux placée pour identifier les principaux obstacles à la réussite scolaire et pour formuler des solutions ?

L'opportunité est saisie par plusieurs professeurs qui vont réfléchir et proposer des mesures qui touchent à tous les aspects de la scolarité. D’abord appliquées à quelques classes, ces mesures concernent désormais l’ensemble des élèves de seconde.

L’emploi du temps : Les cours finissent la plupart du temps à 16 heures. Finie la succession des matières tout au long de la journée, la règle est de ne pas dispenser plus de trois matières différentes par jour. Cela évite le « zapping » et permet aux élèves de se concentrer le soir sur ces seules matières lors des devoirs.

Pixel Gennevilliers - Lycée Galilée
Pixel Gennevilliers - Lycée Galilée Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

La plupart des matières sont dédoublées. Le travail en groupe réduit permet plus d’interactivité avec les élèves et un accompagnement individuel facilité.

Pour les cours « magistraux » , la règle est de les dispenser en tout début de journée, avant la récréation, qui est passée à 30 minutes. Les cours après la récréation et ceux de l’après-midi sont considérés comme moins propices à la concentration, d’où les cours en petits groupes.

Pour pouvoir multiplier les cours dégroupés dans un emploi du temps resserré, les enseignants ont dû faire des choix, dont celui de supprimer les enseignements d’exploration comme MPI (Mesures physique et informatique) ou PCL (Physique et chimie de laboratoire).

Un moindre mal selon Olivier Jallu, le professeur de physique, qui considère que ces options ont en réalité une vocation « élitiste » en regroupant les meilleurs élèves entre eux. Ce qui va à l’encontre de la philosophie du lycée, à savoir : impliquer les professeurs dans la constitution des classes pour qu’elles soient homogènes entre elles : même part de têtes de classe, de redoublants, d’élèves à difficultés.En revanche, l’enseignement d’exploration SES (Sciences Economiques et Sociales) est maintenu et dispensé à toute la classe.

Le lycée a également fait la chasse, dans la mesure du possible, au cours d’une durée d’une heure. « Une entreprise qui fait changer de postes toutes les 50 minutes à ses salariés peut-elle fonctionner correctement ? Non. Et bien c’est la même chose au lycée » , explique Olivier Jallu.

Pixel Gennevilliers - Visite du lycée
Pixel Gennevilliers - Visite du lycée Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Les cours d’une heure et demie et deux heures permettent de varier les activités pédagogiques. Deux heures dans la semaine sont consacrées à l’aide personnalisée (AP) pour les élèves en difficulté. En début d’année tous les élèves en bénéficient, notamment pour recevoir des conseils sur la méthodologie : « apprendre à apprendre » .

Chaque classe de seconde peut compter sur deux professeurs principaux et dispose d’une demi-journée par semaine pour les activités culturelles et pour élaborer un projet culturel et un thème sur l’année. Cette année, la classe de seconde 2 d’Olivier Jallu et de Nathalie Mutero (Histoire-Géographie) va plancher sur le tango.Les élèves travailleront sur ce thème avec leurs camarades de seconde 1. Monique Rottenberg, professeure principale et professeure de physique-chimie , a été à l’origine des projets culturels, avant même l’expérimentation pédagogique en seconde.

« C’est très important de sortir nos élèves de Gennevilliers. Ils vont très peu à Paris » . Le but est de « donner de la culture autre que scolaire » . Mais est-ce que ces activités ont un impact sur l’échec scolaire ?

On ne va pas dire que les activités culturelles font 28 miracles sur 28 élèves. Mais il y a toujours un ou deux élèves qui ne s’en seraient pas sortis s’ils n’étaient pas passés par ces classes

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L’évaluation : là encore, l’élève est mis au centre de la réflexion et il est responsabilisé. Dans certaines matières comme l’Histoire-Géographie, il peut choisir certains chapitres à étudier.

Sur la notation, les professeurs pratiquent la « différenciation » : à partir du deuxième trimestre, l’élève est noté en fonction de l’orientation qu’il a choisie. En mathématiques, la barre est plus haute pour les élèves qui se dirigent vers un bac scientifique, et la notation moins stricte avec un élève qui a décidé de faire un bac technologique.

En physique-chimie, Olivier Jallu propose un « contrat de confiance » : à l’occasion de deux évaluations durant l’année, une partie du devoir reprend des exercices vus et corrigés en classe. Ce qui le pousse à revoir ses cours s’il veut obtenir (facilement) une bonne note.

L’esprit de ces mesures étant résumées ainsi par le professeur : « les bons élèves auront quoi qu’il arrive des bonnes notes. Mais il faut penser au reste de la classe, les moins bons ont besoin d’être stimulé pour avoir confiance en eux » .**

Nathalie Mutero est professeure d’Histoire-Géographie. Elle participe à l’expérimentation depuis le départ, et pratique l’évaluation différenciée :

**Dans une classe de seconde, quand vous avez 40% d’élèves qui passent en seconde générale et tous les autres en filière technologique, pourquoi faut-il évaluer en mettant la barre toujours à un niveau "première générale" ?

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Mais les professeurs réfléchissent également sur eux mêmes. « Les enseignants ne demandent que ça : mettre en œuvre de nouvelles formes d'enseignement » précise Olivier Jallu. « Surtout l’interdisciplinaire. Travailler en équipe. Quand vous avez des difficultés avec une classe remuante, vous ne pouvez pas résoudre le problème tout seul. Si par contre les élèves ont pris conscience qu’il y a une équipe qui travaille de concert, ça fonctionne différemment ». Et d’ajouter :

L’une des difficultés de notre métier, c’est l’isolement

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Cette semaine, un moment de la pré-rentrée des professeurs, lundi 1er septembre, a été consacré à des ateliers entre enseignants d’une même classe pour harmoniser les méthodes de travail et d’évaluation.**Extrait :***

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(cliquez sur l'image ci-dessus pour écouter)

Pixel Gennevilliers - Valérie Monfort, professeure de Lettres
Pixel Gennevilliers - Valérie Monfort, professeure de Lettres Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

**Cette année, tous les professeurs de seconde doivent s’adapter à ces nouvelles méthodes de travail, puisque l’expérimentation est étendue à toutes les classes de seconde. Ce sera la première fois pour Valérie Monfort, professeure de lettres :

**Jusqu’à présent, je n’avais pas fait cette demande (de participer à l’expérimentation) mais je ne m’y opposais pas. (…) Cette année, ce que je trouve bien c’est que ça a été discuté tous ensemble. On a décidé collectivement de ce qu’on gardait et ce qu’on modifiait. Donc je suis partante.

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L’orientation et l’implication des parents

Pixel Gennevilliers - Lionel Pinard
Pixel Gennevilliers - Lionel Pinard Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

De nombreuses mesures sont pensées en fonction de l’orientation souhaitée par l’élève. C’est l’un des axes de travail au lycée Galilée pour éviter que les élèves se découragent et quittent le système scolaire. Le travail d’orientation commence très tôt dans l’année, comme le raconte Lionel Pinard, le proviseur de l’établissement depuis 2012 :

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Le travail d’orientation se fait aussi en collaboration avec les parents d’élèves. De manière générale, le lycée Galilée sollicite plus les parents que dans d’autres établissements. Et les résultats se voient, notamment sur la question de l’absentéisme.C’est « fondamental » , affirme Olivier Jallu :

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L’accueil des élèves

Pixel Gennevilliers - Les entretiens individuels
Pixel Gennevilliers - Les entretiens individuels Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Cette semaine, les élèves ont été confrontés aux nouvelles méthodes pédagogiques du lycée Galilée dès la rentrée. Mardi matin, les élèves ont tous été reçus individuellement par des professeurs. Pour la classe de seconde 2, trois binômes d’enseignants se sont répartis les élèves. Les questions portent sur tous les aspects de la vie de l’élève : niveau scolaire, questions personnelles, etc…

*(cliquez sur l'image ci-dessus pour écouter)

*D’abord surprise, Sofia a rapidement apprécié ce moment :

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A la fin de la matinée, c’est le moment pour les enseignants de faire le bilan des entretiens :

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Mais au fait, quel est l’intérêt de ces entretiens ? La réponse de Nathalie Mutero, professeure d’Histoire-Géographie :

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Dans l’après-midi, les élèves découvrent leur classe. Ils sont accueillis par leurs deux professeurs principaux. **L’occasion de répéter, encore et encore, les conseils les plus importants pour les lycéens. A commencer par l’assiduité :

**Vous êtes ici chez vous !

(cliquez sur l'image ci-dessus pour écouter)

Pixel Gennevilliers - Le proviseur s'adresse aux élèves
Pixel Gennevilliers - Le proviseur s'adresse aux élèves Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

En fin d’après-midi, le proviseur Lionel Pinard ajoute la dernière touche de solennité avant le coup d’envoi de cette année scolaire :

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**Cette année encore, les élèves de seconde du lycée Galilée devraient en moyenne mieux réussir que leurs camarades d’autres lycées en ZEP.

**Mais Galilée reste une exception. L’établissement profite d’une convergence exceptionnelle de facteurs qui font la réussite de l'expérimentation.

**Cette situation reste néanmoins fragile car elle dépend beaucoup de la personnalité et de l’implication de l’équipe pédagogique. Une équipe qui peut être amenée à changer, même si le turn-over des enseignants à Galilée est plus faible que dans les autres lycées en ZEP.

**Voici vos nombreuses contributions au sujet, via notre compte Twitter @FcPixel :

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