LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Keynote, un nouveau genre théâtral

5 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine, nous avons assisté, à quelques heures d’intervalle à deux exercices scéniques relevant de ce qui est en passe de devenir un genre communicationnel à part entière : la « keynote ».
<source type="image/webp" srcset="/img/_default.png"data-dejavu-srcset="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/03/84b8769b-cbea-11e4-adec-005056a87c89/838_jobs-keynote.webp"class="dejavu"><img src="/img/_default.png" alt="Steve Jobs faisant un Keynote à la convention Macworld de 2008 à San Francisco" class="dejavu " data-dejavu-src="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/03/84b8769b-cbea-11e4-adec-005056a87c89/838_jobs-keynote.jpg" width="838" height="567"/>
Steve Jobs faisant un Keynote à la convention Macworld de 2008 à San Francisco Crédits : Robert Galbraith

                                                                                                            <em itemprop="copyrightHolder">Reuters</em></span></figcaption></figure> 

Je parle de l’intervention, mardi soir, de Tim Cook, PDG d’Apple qui présentait l’Apple Watch, le nouveau Mac Book Air (et d’autres trucs de geek relatifs à la santé). Et mercredi matin, de Xavier Niel PDG d’Iliad, maison mère de Free, qui présentait la nouvelle Freebox Mini.

Dans les deux cas, nous avons assisté, donc, à des « keynote ». Qu’est-ce que c’est qu’une Keynote ?

D’abord, comme tous les genres, la keynote a une histoire qui est très liée à Apple. Car celui qui a popularisé le genre, c’est Steve Jobs, le célèbre et décédé fondateur d’Apple. Il y a même une date, 1984, quand Steve Jobs présenta au monde le Macintosh, avec son costume et son nœud papillon. Ce n’était pas la première keynote, mais ce fut l’inaugurale. Inaugurale d’une longue histoire qui ne s’arrêta que quelques mois avant sa mort. Il y a un site où l’on peut revoir, par ordre chronologique, toutes les keynotes de Jobs et où on observe que le genre s’est codifié au fil du temps. Le célèbre polo à col roulé noir, par exemple, est vraisemblablement apparu en 1996, avant de devenir le costume de presque toutes les présentations (au point que toute déviation à la règle faisait l’objet de longues exégèses). Même chose avec les postures corporelles, qui se sont affinées. D’assis, Jobs fut debout. Derrière un pupitre, puis mobile sur la scène. Puis, quand il maîtrisa l’occupation de l’espace, il put à nouveau se rassoir à certains moments, créer des effets de dramatisation intense. Bref, Steve Jobs a créé un genre, une sorte de norme à partir de laquelle toutes les keynotes qui ont lieu dans le monde s’évaluent. Et cette semaine, en regardant Tim Cook et Xavier Niel, on pensa évidemment à lui.

Ca paraît anecdotique, mais ça ne l’est pas. Pour plusieurs raisons, d’ordres différents :

D’abord parce c’est quand même quelque chose d’avoir réussi à transformer une annonce technologique en une sorte de spectacle. Pour faire rêver les foules, mêmes les foules de journalistes tech ., avec une Free Box 4k, sous Androïd, cinq fois plus légère que la précédente, il faut le faire. Et ça n’est pas pour rien dans l’entrée progressive des technologies informatiques dans nos vies. Les expositions universelles ont eu un temps cette fonction, avec d’autres technologies (l’électricité, la sidérurgie…), les keynotes l’ont sans doute joué avec les ordinateurs et autres outils numériques. Alors bien sûr, il faut parfois, ça confine au ridicule. Quand Tim Cook raconte que l’Apple Watch va donner une nouvelle dimension au fait de savoir l'heure, c’est sûr qu’on a un peu envie de se marrer. Mais quand même, le fait de jouer sur la surprise (en faisant précéder tout cela de quelques fuites savamment maîtriser), de réussir à transformer en glamour ces PDG de boites tech . qui, quand même, sont moyennement excitants, ça produit un effet intéressant.

La fonction économique

Ensuite parce que ces keynotes ont une fonction économique : le cours de la Bourse peut bouger (et il bouge) en fonction de la réussite ou pas de la prestation et du fait qu’elle ait convaincu les personnes y assistant (pas seulement dans la salle, bien sûr, parce qu’être dans la salle peut confiner au privilège le plus extrême, mais qui y assistent de part le monde, part tous les moyens qu’offre la technologie). Et même, parfois, le fait d’annoncer un keynote peut faire bouger les cours, comme ce fut le cas quand lundi, Xavier Niel convoqua à sa « keynote surprise » des journalistes triés sur le volet, ce qui entraîna une baisse des cours des 4 opérateurs mobiles français – Free inclus – pour des raisons qui m’échappent. Et quand ça touche Apple, fleuron de l’économie américaine et mondiale, l’échelle est autre.

La performance

Alors même, et c’est mon troisième point, qu’il est très difficile de savoir ce qu’on évalue. La performance ? Le rôle des applaudissements de l’assistance et des commentaires à la sortie est essentiel. Mais bon, l’essentiel, c’est le fond, c’est l’objet présenté : va-t-il révolutionner les usages ? va-t-il s’imposer partout ? Et ce qui est beau, c’est que personne ne le sait. Savait-on, quand Jobs, de retour chez Apple après quelques années d’absence, présenter l’iPod, que ce petit machin pour écouter de la musique allait entrer dans la plupart des poches et des foyers occidentaux, et relancer Apple dont on prédisait la mort ? Et l’iPhone ? Et l’iPad ? Et puis il y a tout ce qu’on a oublié, dans les keynotes d’Apple, mais dans toutes les keynotes du monde entier, qui ont lieu partout et tout le temps, qui ont présenté et présente tout les temps des objets et fonctionnalités dont on ne se souvient plus, dont on n’a rien à faire, contrant la mégalomanie de ces ingénieurs qui ont la prétention admirable et tellement infantile de changer le monde avec des processeurs, de la fibre optique et des bits.

Xavier de La Porte .

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......