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Extrait de "Michel-Ange", d'Andreï Konchalovsky en salles le 21 octobre

Andreï Konchalovsky : "Les visages au cinéma, c’est comme la couleur en peinture"

59 min
À retrouver dans l'émission

Depuis plus de cinquante ans, Andreï Konchalovsky réinvente son cinéma en permanence, en témoigne son nouveau film, impressionnant de beauté et de maîtrise sur la figure de Michel-Ange. Rencontre inédite et exclusive avec un cinéaste irréductible et inclassable.

Extrait de "Michel-Ange", d'Andreï Konchalovsky en salles le 21 octobre
Extrait de "Michel-Ange", d'Andreï Konchalovsky en salles le 21 octobre Crédits : UFO Distribution

Pendant ma quarantième année de cinéma, j’ai senti que j’avais tout compris du cinéma. A ce moment-là, j’ai cherché à comprendre ce que signifiait l’image au cinéma, j’ai donc relu "Notes sur le cinématographe" de Robert Bresson, qui est une bible pour un cinéaste. Le plus important, c’est de ne pas se tromper dans ce que tu ne montres pas. Un cinéaste, c'est un artiste, un serveur, comme un grand clown dans le cirque.                    
Andreï Konchalovsky

Andreï Konchalovsky, nous en avions parlé, déjà, dans Plan Large, à l'occasion de la sortie du livre d’entretiens entre le grand cinéaste russe et Michel Ciment : Andreï Konchalovsky, ni dissident, ni partisan, ni courtisan. Nous avions tenté de cerner la figure singulière et irréductible d'Andreï Konchalovsky, tour à tour célébré et interdit par le pouvoir soviétique, notamment pour avoir à ses débuts filmé sans fard et dans toute sa crudité un kolkhoze, à rebours du réalisme socialiste, dans Le Bonheur d’Assia en 1966. 

L'insaisissable Konchalovsky 

L'histoire russe et soviétique est toujours en noir et blanc, très manichéenne. La mentalité russe n’a pas de gris, de neutralité, c’est toujours les extrêmes. C’est très médiéval finalement. La génération des "homo sovieticus" est assez innocente, dans le sens où elle a essayé de créer un système communiste. Ils sont assez purs, naïfs et tragiques à la fois. La tragédie vient de la pureté et de l’innocence, qui tout à coup découvre que la réalité n’est pas du tout celle que l’on croyait. L’idéalisme revient, on doit passer par le scepticisme de l’existence pour aller vers un idéalisme du futur. Je préfère avoir cette illusion.                
Andreï Konchalovsky

Andreï Konchalovsky est un cinéaste déroutant, capable de représenter l’URSS au Festival de Cannes avec une fresque à la gloire de l’industrie du pétrole, Sibériade, pour mieux filer au même moment à Hollywood voir si l’herbe y est plus verte et la liberté de créer plus grande. Malgré quelques chefs d’œuvres tournés en Amérique, comme Maria’s Lovers ou le génial Runaway Train, et quelques navets aussi, comme Tango & Cash (dont il fut en fait chassé du tournage par sa star, Sylvester Stallone), ayant compris que la dictature de l’argent valait bien celle d’un comité central, et que la rigidité du système hollywoodien l’empêchait d’improviser comme il aimait à le faire, Konchalovsky est retourné en Russie à la chute du Parti communiste, et réinvente depuis en permanence son cinéma, avec l’appui de mécènes, oligarques et nouveaux riches, à qui il soutire de quoi financer ses rêves monumentaux, sans autre promesse de retour sur investissement qu’un supplément d’âme, dans un pays qu’il compare volontiers à Florence au temps de la Renaissance. 

Image tirée du film "Chers Camarades", d'Andreï Konchalovsky, primé à la Mostra de Venise en septembre 2020
Image tirée du film "Chers Camarades", d'Andreï Konchalovsky, primé à la Mostra de Venise en septembre 2020 Crédits : Production Center of Andreï Konchalovsky' studio

Michel-Ange ou le parfum d'une époque 

C’est dire si son nouveau film, l’impressionnant Michel-Ange (Il Peccato) en salles depuis le 21 octobre, moins biopic que portrait de l’artiste en misanthrope vitupérant et génial, âpre au gain et capable d’extraire une beauté divine et sensuelle d’un bloc de pierre aux allures de monstre, résonne plus que jamais comme l’autoportrait furieux, à 83 ans, d’un cinéaste inclassable, qui nous accorde aujourd’hui un entretien exclusif, en attendant la sortie en France de son prochain long-métrage, Chers Camarades, récompensé par le Prix Spécial du Jury à la 77ème Mostra de Venise. 

Michel-Ange était comme un clochard, il ne changeait jamais ses souliers. Il me rappelle les poètes Beatnik des années 1960 comme Bukowski ou Ginsburg, il est très moderne finalement. J'ai voulu plonger dans la mentalité d’un homme de la Renaissance, qui était extrêmement superstitieux, convaincu de la présence de Dieu, et par conséquent de la présence du diable. Prendre des acteurs non-professionnels donne la possibilité de chercher la vérité. Un acteur non-professionnel ne sait pas jouer, il existe. Les visages au cinéma, c’est comme la couleur en peinture, ou les notes en musique. Chaque visage vous donne le destin, le symbole, et la vie du personnage. Pour Michel-Ange, j’ai cherché des visages de l’époque, grâce à ses propres dessins. Ce sont des visages divins ou infernaux.                    
Andreï Konchalovsky

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Le journal du cinéma 

Les éditions NOUS viennent de publier La Rage, un scénario intégral en forme de "poème filmique" en prose et en vers du film La Rabbia de Pier Paolo Pasolini réalisé en 1963, dans une nouvelle traduction de Patrizia Atzei et Benoît Casas. 

Le Festival du film italien de Villerupt rend hommage en sa présence à la cinéaste Cristina Comencini et propose une rétrospective en dix films de l'acteur italien Alberto Sordi, du 23 octobre au 8 novembre. 

Garçon Chiffon, de Nicolas Maury est présenté en avant-première, en sa présence, le mardi 27 octobre au Majestic Bastille à Paris, suivi d'un débat entre le réalisateur et Antoine Guillot. 

Les sorties de la semaine du 21 octobre : le chef-d'œuvre de David Cronenberg Crash, dernier grand scandale au Festival de Cannes sort en version restaurée, en coffret ultra-collector chez Carlotta ; 4 ans après Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho revient avec le très effréné Peninsula ; Petit Vampire, l'adaptation en dessin animé du prolifique Joann Sfar de sa bande dessinée à succès ; On The Rocks, de Sofia Coppola (Apple TV) pour voir un Bill Murray en paternel fantasque et désespérément séducteur ; et la fable post-apocalyptique Last Words, du cinéaste agriculteur Jonathan Nossiter.

Rencontre avec Albert Dupontel

Vous pouvez aller rire de notre société telle qu'elle est devenue, entre travail qui tue et violences policières qui énucléent, dans le nouveau film d’Albert Dupontel, Adieu les cons. Un film dédié à la mémoire de Terry Jones, où un autre Monty Python et autre Terry, Gilliam, fait un caméo en enthousiaste vendeur d’armes sur Internet, et où des personnages s’appellent Kurtzman, Tuttle et Lint : autant dire qu’y flotte un fort parfum de Brazil, la dystopie visionnaire de Terry Gilliam en 1985.

Adieu les cons, d'Albert Dupontel, en salles depuis le 21 octobre
Adieu les cons, d'Albert Dupontel, en salles depuis le 21 octobre Crédits : Jérôme Prébois – ADCB Films

"City Hall" de Frederick Wiseman : un plaidoyer pour la parole

En fin d'émission, la chronique de Charlotte Garson sur City Hall, en salles depuis le 21 octobre, le nouveau film fleuve du vétéran Frederick Wiseman, grand portraitiste du mode de vie américain par le prisme de ses institutions, et qui s'intéresse pour ce nouveau documentaire, pendant un peu plus de 4h30, à la mairie de Boston comme contre-modèle de l'Amérique de Donald Trump. Maire de Boston depuis 2013, Marty Walsh en est le héros, presque tout droit sorti d’un John Ford ou d’un Frank Capra. Le film est une défense et une illustration de ce que peut être vraiment, selon la terminologie de Lincoln, un "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple", et qui, comme beaucoup des films tardifs de son auteur, et principalement ceux qui s’attachent à un territoire, comme récemment In Jackson Heights ou Monrovia, Indiana, le précédent, récapitule bon nombre des thèmes et figures de l’ample filmographie de Frederick Wiseman, initiée en 1967 avec Titicut Follies.

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Extraits de film et musiques 

  • Michel-Ange, d'Andreï Konchalovsky (en salles le 21 octobre 2020)
  • Michel-Ange, d'Andreï Konchalovsky (en salles le 21 octobre 2020)
  • Le Bonheur d'Assia, d'Andreï Konchalovsky (1966)
  • Chers Camarades (Dear Comrades), d'Andreï Konchalosky (sortie prochainement)
  • Giuseppe Verdi, Requiem, par le Sinfonetta de Rome, sous la direction de Fabio Cerroni
  • Montage des sorties de la semaine du 21 octobre 2020 : Crash, de David Cronenberg (en coffret DVD et Blu-Ray) ; Peninsula, de Yeon Sang-ho ; Petit Vampire, de Joann Sfar ; On The Rocks, de Sofia Coppola (Apple TV) ; Last Words, de Jonathan Nossiter. 
  • Adieu les cons, d'Albert Dupontel (en salles le 21 octobre 2020)
  • Deux extraits de City Hall, de Frederick Wiseman (en salles le 21 octobre 2020)
Intervenants
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Production
Avec la collaboration de
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Chronique
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