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Grève des techniciens de cinéma, devant les studios de la Paramount à Hollywood en 1946

Au-delà du mythe, une histoire des luttes syndicales à Hollywood

59 min
À retrouver dans l'émission

Derrière le glamour et les projecteurs de Hollywood, se cachent depuis le début des organisations syndicales puissantes et des combats féroces pour de meilleurs salaires et conditions de travail. Retour sur une histoire méconnue de la Mecque du cinéma, avec le chercheur Joseph Armando Soba.

Grève des techniciens de cinéma, devant les studios de la Paramount à Hollywood en 1946
Grève des techniciens de cinéma, devant les studios de la Paramount à Hollywood en 1946 Crédits : Ralph Crane/The LIFE Images Collection - Getty

Hollywood, c’est du glamour, des stars sublimes, des cinéastes démiurges, des producteurs autoritaires mais visionnaires, et des films universels qui encore aujourd’hui défient l’épreuve du temps. Ça, c’est pour le mythe et la légende. Car en réalité, c'est aussi une histoire de mépris et d’humiliations, de servitude dorée d’interprètes gérés comme un actif et un investissement, de scénaristes enchaînés à leur table de travail et rédigeant du script au mètre, et rarement crédités au générique des films issus de leur imagination. 

Manifestation de la Writers Guild of America lors de la grande grève des scénaristes américains en 2008, avant la cérémonie des Oscars
Manifestation de la Writers Guild of America lors de la grande grève des scénaristes américains en 2008, avant la cérémonie des Oscars Crédits : David Mcnew / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Derrière l'usine à rêve, 100 ans de luttes syndicales 

De 1918 à 1921, les techniciens des studios vont organiser une fronde avec trois grèves successives au lendemain de la Première Guerre mondiale, pour revendiquer des salaires, et de meilleures conditions de travail. Dans le domaine des artistes, notamment des acteurs et des scénaristes, on ne parle pas encore des syndicats. Et les premières grèves de Hollywood vont commencer avec des techniciens qui, eux, sont soutenus par les grandes fédérations ouvrières. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'au départ, avant d'avoir des syndicats spécifiques au cinéma, les techniciens des studios sont tout comme les ouvriers représentés par les grandes centrales syndicales américaines. (…) Finalement, après toutes ces batailles, lse premiers accords qui vont lier les techniciens de cinéma et les studios vont être signés en 1926. Et là, en contrepartie de cet accord qui vise à améliorer les conditions de travail, les studios vont demander à négocier avant d'arriver à un conflit. On voit déjà que derrière l'écran et le glamour, les combats commencent à se structurer. Alors même que les studios sont allés en Californie notamment parce que c'était un État où les syndicats n'avaient pas une place de choix.                  
Joseph Armando Soba

Ce qu’on sait moins, c’est que pour les ouvriers à la chaîne de l’usine à rêves, c’est aussi plus d’un siècle de combats féroces et souvent victorieux, allant jusqu’à de longues grèves qui paralysaient l’appareil de production, pour obtenir des droits, des conditions de travail et des rémunérations décentes. Des conflits qui ont autant concerné les ouvriers spécialisés que les techniciens qualifiés, autant les figurants que les stars de premier plan, autant les scénaristes que les compositeurs et les musiciens, et dont les têtes d’affiche composent un casting all stars : rien que pour les comédiens, Robert Montgomery, James Cagney, Ronald Reagan, Charlton Heston, et plus récemment Kevin Spacey

Procès de grève à Hollywood en 1947
Procès de grève à Hollywood en 1947 Crédits : Jack Birns / The LIFE Images Collection - Getty - Getty

Cette histoire secrète des luttes syndicales hollywoodiennes, qui a modifié le fonctionnement de l’industrie du cinéma et jusqu’à la forme et le fond des films réalisés, un livre la raconte, Dans les coulisses de Hollywood. Syndicalisme et mondialisation (1912-2012). Son auteur, Joseph Armando Soba, chercheur à l’université de Lille, spécialiste du syndicalisme et de la mondialisation du cinéma hollywoodien, est notre invité dans Plan Large, alors qu’avec la crise du Covid, les cinémas fermés et les tournages arrêtés, et la prise de pouvoir par les plateformes numériques, les majors de Hollywood font face à leur pire crise depuis la Grande Dépression de 1929, licenciant des dizaines de milliers de salariés et laissant sur le carreau les quelques centaines de milliers d’indépendants qui font tourner la machine à Los Angeles.

Le combat qui semble s'ouvrir actuellement, c'est notamment celui pour les figurants, qui une fois de plus commencent à payer le plus lourd tribut. Pour faire des économies, les studios commencent à utiliser des acteurs générés par ordinateur. La quête des économies et la pandémie actuelle font qu'actuellement, on commence à y penser de plus en plus, alors que la convention collective impose un certain nombre de figurants. La façon qu'ils auront de la contourner, ce sera d'avoir de plus en plus de figurants générés par ordinateur. Et c'est ça probablement la prochaine bataille. On voit que le petit écran est en train de prendre le pas sur le plus grand depuis un an maintenant. On prédit depuis des décennies la mort de Hollywood, mais on voit qu'il résiste et fait face à toutes ces mutations. Est ce qu'il va y avoir une alliance entre la Silicon Valley et Hollywood, ou un conflit naîtra-t-il ? Aujourd'hui, il y a une vraie inquiétude, non seulement parce que les comédien.nes et les scénaristes travaillent beaucoup moins, mais parce qu'il y a en plus deux craintes et deux défis de la part des syndicats : est-ce que les acteurs ou les comédiens générés par ordinateur, l'intelligence artificielle, vont prendre de plus en plus l'ampleur ? Est-ce que va donner un coup de boutoir aux métiers, ou les métiers continueront juste à exister et vont s'adapter à l'intelligence artificielle ? Ça reste à voir ….                
Joseph Armando Soba

La chronique d'Axel Cadieux 

En d'émission, Axel Cadieux, co-rédacteur en chef de la revue Sofilm, revient sur l'histoire mouvementée d'un des plus grands films du 21ème siècle, Mulholland Drive, de David Lynch, qui fête ses 20 ans cette année. 20 ans qu’on ne peut plus penser à ce film sans avoir dans les oreilles la musique voluptueuse et inquiétante d’Angelo Badalamenti, et les images tout aussi troublantes du chef d’œuvre du même nom de David Lynch, son Sunset Boulevard à lui. Un film qu’on peut voir et revoir sans en épuiser les mystères, qui pousse à tous les délires d’interprétation, et dont l’histoire même de la réalisation est stupéfiante. Mulholland Drive, sa structure duale et son existence même tient du miracle, c’est ce que raconte le nouveau numéro de notre partenaire Sofilm, dans un très fouillé dossier. 

  • SoFilm propose une projection virtuelle inédite de Mulholland Drive le jeudi 11 mars à 20h avec la plateforme La 25ème heure. Toutes les informations sont à retrouver sur l'event Facebook.

Les recommandations de Plan Large 

En attendant la réouverture des salles de cinéma, l'incontournable Festival du court métrage de Clermont-Ferrand se découvre en ligne pour 12 euros seulement. A Plan Large, on vous recommande tout particulièrement deux films de la compétition, signés de très prometteuses jeunes cinéastes : Mat et les gravitantes, de Pauline Pénichout, et Le Temps d’une nuit, d’Alice Fargier.

Le très rare Fantôme du Moulin Rouge de René Clair, restauré par Lobster Films, est diffusé ce dimanche 31 janvier à 16h en direct sur Youtube, sur la chaîne d'Angers Nantes Opéra, accompagné par le groupe Living Ruins, sur une musique de Mathieu Goudot.

Le prestigieux prix Louis-Delluc a été remis pour cette année 2021 à Adolescentes, de Sébastien Lifshitz, et celui du premier film à Josep, le film d’animation d’Aurel, deux très beaux films dont les auteurs étaient venus parler dans l'émission. 

Extraits de films et musiques

  • If You Knew Susie, de Gordon Douglas, chanson de 1948
  • Extrait de Mank, de David Fincher, disponible sur Netflix (décembre 2020)
  • Extrait de The Dark, Dark Hours, de Don Medford (1954)
  • Bande annonce du film Midnight in the Garden of Good and Evil (Minuit dans le jardin du bien et du mal), de Clint Eastwood (1987)
  • Solidarity Forever, de Pete Seeger & The Song Swappers, chanson de 1955
  • Extrait de la bande originale du film Mulholland Drive, composée par Angelo Badalamenti (2001)
  • Extrait du film Mulholland Drive, de David Lynch (2001), disponible sur Netflix
  • The Beast, musique de Milt Buckner, dans la bande originale du film Mulholland Drive, de David Lynch (2001)
Intervenants
  • Ingénieur de recherche à l'université de Lille
  • Journaliste, critique de cinéma, rédacteur en chef adjoint de la revue So Film
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
Chronique
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