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Claudia Cardinale, dans Le Bel Antonio, de Mauro Bolognini (1961)

B comme Mauro Bolognini, la vie avant la forme

59 min
À retrouver dans l'émission

Cinéaste incontournable de l'histoire du cinéma italien, Mauro Bolognini a pourtant longtemps été minoré par la critique. Réalisateur féministe, grand directeur d'acteurs et surtout d'actrices, ses portraits de femmes sont d'une pertinence et d'une actualité saisissante.

Claudia Cardinale, dans Le Bel Antonio, de Mauro Bolognini (1961)
Claudia Cardinale, dans Le Bel Antonio, de Mauro Bolognini (1961) Crédits : Théâtre du Temple

« La forme arrive après : je ne la recherche jamais. » Autrement dit : « Cherchez la forme, vous trouverez la mort ; cherchez la vie, vous trouverez la forme », se décriait Mauro Bolognini quand on l’accusait de privilégier une certaine « joliesse » aux dépens du contenu. Parce qu’il avait un sens aigu et instinctif de la composition plastique, un certain goût pour l’ornement, hérités de ses études d’architecture, mais pas ses moyens, la critique voyait en lui un « Visconti du pauvre ». Apparemment incohérent, inclassable et versatile, celui qui se décrivait comme un « Rossellini qui filmerait comme Visconti » a de fait inventé une sorte de synthèse impure de réalisme et d’artifice. 

Mauro Bolognini avait un génie du décor. Il voyait toujours les traces du passé dans n'importe quelle atmosphère. Il savait recréer des ambiances du 19ème siècle avec peu de moyens. (...) Chez lui, la dimension figurative arrive spontanément, ce n’est jamais prémédité. C’est quelqu’un qui fait le cadre. Quand il est sur le plateau, quand il tourne, et qu’il est lui-même à la caméra, je pense que la recherche de la forme n’existe pas. Elle vient naturellement sans faire de recherches particulières. Parfois, c’est si parfait qu’on se demande si ce n’est pas prémédité. On pourrait à, ce moment-là, le taxer de formaliste, assujettissant son récit à la forme. En réalité, il n’en est rien, c’est quelque chose qui arrive de surcroît. Il a ce génie visuel sur lequel il n’a jamais vraiment réfléchi. Il veut rester totalement disponible à l’image telle qu’elle s’offre à lui et telle qu’il va essayer de la saisir. Jean Gili

Une rétrospective à la Cinémathèque, des rééditions en salles et en DVD viennent fort opportunément mettre au jour que chez Bolognini, l’évidente beauté formelle est avant tout un formidable moyen de peindre et d’analyser, comme peut l’ont fait, toutes les composantes de la société italienne, sa diversité géographique et l’étendue de son échelle sociale, pour dévoiler avec son regard âpre, amer et souvent désespéré, les structures archaïques et secrètes qui assignent les rôles sexuels et déterminent les rapports de domination. 

Son approche des personnages féminins n’est pas celle d’un cinéaste qui cherche une relation avec ses comédiennes. Au contraire, ça se situe dans une admiration et une projection qui peut être une image maternelle, ou de femme distante. Il arrive à des choses sublimes dans sa direction d’actrices. Certaines vont d’ailleurs remporter des Prix d’interprétation. Claudia Cardinale considère que c’est le cinéaste qui la le mieux comprise. Il arrive à lui faire exprimer le plus intensément la souffrance d’une femme. Jean Gili 

Ses portraits de femmes évoluant dans un monde où les hommes édictent leurs lois, portraits riches et complexes, font par contraste font ressortir la médiocrité des hommes, lâches, vénaux ou corrompus. Pour évoquer ce cinéaste pictorialiste, mais toujours en mouvement, qu’est Mauro Bolognini, deux spécialistes du cinéma transalpin, l’historien Jean A. Gili, de l’Institut National de l’Histoire de l’Art, et Emmanuelle Meunier, docteure en études italiennes et enseignante à l’université de Franche-Comté.

Mauro Bolognini est un réalisateur féministe, il se place toujours du côté du personnage de la prostituée et des femmes, et place donc le spectateur de leurs côtés. Emmanuelle Meunier

En fin d'émission, la chronique de Fernando Ganzo, rédacteur en chef de la revue So Film sur Shah Rukh Khan, l'acteur le mieux payé du monde. Il a des centaines de millions de fans dans le monde entier, mais en France, où le cinéma de Bollywood, malgré quelques tentatives, n’a jamais vraiment réussi à percer, peu le connaissent. Suffisamment en tout cas pour provoquer des émeutes lors de ses passages à Paris. En Inde, en Afrique, dans tout le Moyen-Orient, en Asie et jusqu’en Allemagne, il est considéré comme un demi-dieu, « l’icône d’une époque, comme Marilyn Monroe », pour sa biographe. Celui qui fut longtemps Bollywood à lui tout seul, voit aujourd'hui son règne vaciller, à l'âge de 54 ans, face aux nouvelles stars émergentes et au nationalisme hindou. 

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Les recommandations de Plan Large 

En plus de la rétrospective Mauro Bolognini à la Cinémathèque française à Paris, qui court jusqu'au 25 novembre, trois de ses films ressortent en salles : Black Journal (Gran Bollito) le 6 novembre (et en DVD le 19 novembre), Chronique d’un homicide de Mauro Bolognini le 20 novembre et La Viaccia le 6 novembre. Jean Gili donne une conférence à la Cinémathèque française, le jeudi prochain 14 novembre à 19h : « Mauro Bolognini, au-delà du style », suivie de la projection de Quand la chair succombe, avec Claudia Cardinale.

Le coffret DVD Mauro Bolognini qui regroupe Les Garçons, Bubu de Montparnasse, Liberté, mon amour ! et Vertiges, est édité par Carlotta. 

Une rétrospective Marcello Mastroianni se tiendra du 27 novembre au 13 janvier 2020 au Cinématographe à Nantes. 

Le mythique festival de Pordenone, haut lieu du cinéma muet restauré, propose une sélection de sa 38ème édition, jusqu’au 19 novembre en ciné-concert à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à Paris. Et puis on vous recommande également le Dictionnaire du cinéma italien, de la marche sur Rome à la République de Salo (1922-1945) d’Alessandro Corsi aux éditions Vendémiaire. 

Expositions : Journée Blanche, première exposition photo d’Alain Guiraudie, est à voir du 13 novembre au 19 janvier à la Galerie de l’Entrepôt dans le 14ème arrondissement à Paris et les photographies du grand opérateur Vilmos Zsigmond sont à voir pour la première fois en France à l’Institut Hongrois du 8 novembre au 20 décembre.

Extraits de films 

  • Les Garçons (La notte brava), de Mauro Bolognini, 1959
  • Le Bel Antonio (Il bell’Antonio), de Mauro Bolognini, 1960
  • Bubu de Montparnasse (Bubù), de Mauro Bolognini, 1971
  • Chronique d’un homicide (Imputazione di omicidio per uno studente), de Mauro Bolognini, 1972
  • Vertiges (Per le antiche scale), de Mauro Bolognini, 1975
  • Black Journal (Gran bollito), de Mauro Bolognini, 1977
  • La Famille Indienne, de Karan Johar (2001)
  • Devdas, de Sanjay Leela Bhansali (2002)

Bibliographie

Le Cinéma Italien

Le cinéma italienJean A. GiliLa Martinière, 2011

Intervenants
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