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Portrait de Joan Crawford, circa 1935

C comme Joan Crawford, un monstre dans la jungle d'Hollywood

57 min
À retrouver dans l'émission

Plan large sur l'oeuvre de Joan Crawford, actrice hollywoodienne par excellence. Du cinéma muet à Spielberg, si Joan Crawford est inventée par Hollywood, c'est à travers près de 50 ans de cinéma, mue par une ambition dévorante, qu'elle déploie et façonne ses multiples visages.

Portrait de Joan Crawford, circa 1935
Portrait de Joan Crawford, circa 1935 Crédits : George Hurrell/John Kobal Foundation/Getty Images - Getty

« La vie m’a appris qu’il faut toujours se battre, que vous aimiez le faire ou pas, (...) il faut être autosuffisante et forte pour survivre. Sinon, vous serez détruite », confessait-elle à son ami Gilbert Guez. Il en a fallu, de l’ambition, de la volonté de fer, du perfectionnisme intraitable, à Joan Crawford, pour se tailler un chemin à la hache dans la très patriarcale et phallocrate jungle hollywoodienne. 

Joan Crawford est un véritable caméléon. Elle veut durer, vieillir à l’écran, et son visage va se transformer. Elle va véritablement s’inventer un visage. Au départ il y a ces sourcils presque à la Marlene Dietrich, le maquillage à la « flapper ». Elle se trouve un nom, une date de naissance, elle se crée une silhouette comme elle va se créer ce visage qui la rend reconnaissable. C’est-à-dire deux grands sourcils extrêmement noirs, extrêmement larges, deux traits calligraphiés au-dessus de ses yeux et des lèvres arborant un « effet barbouillé ». Ce qui est très beau, c’est qu'on comprend que chez Crawford, le maquillage c'est de la mise en scène. C’est un visage de cinéma muet, qui en lui-même raconte une histoire, qui sera servi par le gros plan. Murielle Joudet 

Avec une carrière d’une longévité exceptionnelle, près de cinquante ans, de l’âge d’or à l’agonie des studios, de l’apogée du cinéma muet aux premiers pas d’un Steven Spielberg, celle qui s’était « rêvée, conçue puis élaborée comme une œuvre d’art cinématographique », pur produit de la machine à fabriquer les stars de la MGM, celle dont le nom d’écran fut choisi à l’issue d’un concours national, parce que son patronyme d’origine, Lucille LeSueur, évoquait trop, prononcé à l’américaine, les remugles puants d’un égout, a fini par incarner le monstre sacré par excellence, mélange d’énergie virile et de sensualité féminine. 

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Un monstre tout court, à la fin, névrosée et mégalomane, un des « 50 plus grands méchants du cinéma », selon l’American Film Institute, à cause de l’image terrifiante et grotesque qu’en donna Faye Dunaway en 1981 dans Maman très chère, d’après le livre à charge de la fille adoptive de la star. Sauf qu’il « y a généralement une profonde tristesse derrière la rudesse de ses personnages, un regard inquiet qui trahit une furieuse solitude » et qu’elle « était certes connue pour son ambition dévorante, mais ses sourcils sévères cachaient une vive inquiétude, celle de voir sa carrière d’actrice s’éteindre avec l’âge », comme l’écrit dans un court et palpitant récit, Joan Crawford, Hollywood Monster, notre invité aujourd’hui, Maxime Donzel. A ses côtés, les critiques de cinéma Murielle Joudet, et Charlotte Garson.

Crawford et Gable se reconnaissent, avec cette même énergie, un peu virile d’une certaine manière pour l’époque, cette envie de se battre, et du coup il y a un respect mutuel dès le premier film. Dans La pente, quand ils se regardent, le public sent instantanément une alchimie alors qu’il y a très peu de scènes entre eux deux. Mais lorsqu’il y en a une il y a des étincelles. Avant ça, le public avait l’impression que Crawford regarde les hommes mais surtout qu’elle se fait regarder par la caméra, qu’il n’y a pas vraiment d’échange qui se crée. Jusqu’à Gable, là, il se passe quelque chose entre eux. Tout de suite, le public en raffole et en redemande. Maxime Donzel

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En fin d'émission, la chronique de Charlotte Garson sur Le journal d’un maître école, le film, un livre, aux éditions L’Arachnéen. Celui-ci accompagne le DVD du film réalisé par le cinéaste italien Vittorio De Seta. Aristocrate sicilien formé à l’architecture, il est connu des amateurs de documentaire pour ses films quasi ethnographiques, tournés dans son Mezzogiorno natal, en Sicile et en Calabre, qui enregistraient techniques et savoirs ancestraux. L’œuvre immense de Vittorio De Seta est d’autant plus mal connue en France qu’elle y a été fort mal distribuée. C’est donc un événement que la parution en DVD, accompagnée d’un livre, d’un film inédit de 4h30, tourné en 1971 et diffusé à l’époque par la télévision italienne, qui rassembla alors 15 millions de spectateurs et provoqua un débat national.

Bruno Cirino dans le rôle du maître, Bruno d’Angelo, dans le film Journal d'un maître d'école, de Vittorio de Seta (1973)
Bruno Cirino dans le rôle du maître, Bruno d’Angelo, dans le film Journal d'un maître d'école, de Vittorio de Seta (1973) Crédits : L'ARACHNÉEN / RAI (2019)

Les extraits de films 

  • Femmes (The Women), de George Cukor 1939
  • Le Roman de Mildred Pierce (Mildred Pierce), de Michael Curtiz 1945
  • Humoresque (id.), de Jean Negulesco 1946
  • Johnny Guitare (Johnny Guitar), de Nicholas Ray 1954
  • La Meurtrière diabolique (Strait Jacket), de William Castle 1964
  • Dancing Lady, de Robert Z Leonard (1933)
  • Journal d'un maître d'école, de Vittorio de Seta (1973)

Réécoute du 22 juin 2019

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