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La Porte du Paradis, de Michael Cimino (1981)

C comme Michael Cimino, une élégie américaine

59 min
À retrouver dans l'émission

Auteur de sept films en 22 ans d'une carrière météorique et maudite, Michael Cimino a signé une oeuvre remarquable, mélancolique et déroutante, en dissonance avec l'industrie hollywoodienne. Plan large sur un cinéaste du collectif, de la perte et de la déréliction.

La Porte du Paradis, de Michael Cimino (1981)
La Porte du Paradis, de Michael Cimino (1981) Crédits : Carlotta (2013)

"Le Canardeur" m’a valu d’être traité de misogyne, avec "Voyage au bout de l’enfer", je me suis taillé une réputation de facho ; avec "La Porte du paradis", je suis devenu marxiste ; "L’Année du dragon" sort, et me voilà raciste. […] Aucun cinéaste n’a été attaqué aussi violemment que moi, à part D.W. Griffith et Orson Welles. Comme eux, j’ai voulu raconter une histoire de l’Amérique. Une histoire vraie. Michael Cimino dans un entretien donné au Nouvel Obs, en 2006

Et de fait, Michael Cimino a connu une carrière qui le vit passer coup sur coup de roi à paria d’Hollywood. De ses débuts dans la publicité, à son arrivée dans le cinéma, et la sortie de Voyage au bout de l'enfer, salué par cinq Oscars, en passant par le tournage devenu légendaire de La Porte du Paradis jusqu'au Sicilien, unanimement décrié par la critique, Michael Cimino a traversé une chevauchée de reconnaissance et de polémiques. 

C’est pourtant rien moins qu’une contre-histoire de l’Amérique qu’a proposée le cinéaste, une vaste entreprise de déconstruction du grand roman national qui n’a eu de cesse, depuis les migrations qui l’ont peuplée jusqu’à la grande normalisation néo-libérale, de traquer les origines ce qui a fait que ce pays n’a pas pu remplir les promesses du rêve qu'il a vendu. 

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« Faire des films, c’est inventer une nostalgie pour un passé qui n’a jamais existé » selon Michael Cimino. Car comme le disait Mickey Rourke, dans la peau de Stanley White, dans L’Année du dragon : « On oublie tout. Personne ne se souvient de rien, dans ce pays. » Un qui n’a rien oublié du cinéma de Michael Cimino, pour lui avoir consacré une thèse à l’œuvre du cinéaste disparu en juillet 2016, devenue un livre : Le Cinéma de Michael Cimino – L’Amérique, un rêve évanoui, (chez Classiques Garnier), c’est Cédric Donnat, professeur de cinéma à l’Université de Grenoble, avec à ses côtés Fernando Ganzo, rédacteur en chef de la revue So Film. 

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Delphine Seyrig ou la réinvention permanente

En fin d'émission, la chronique de Fernando Ganzo, rédacteur en chef de So Film, sur l'unique Delphine Seyrig, alors que So Film lui consacre un article-portrait, à l‘occasion (notamment), de la ressortie en salles le 11 mars, du film érotico-horrifique Les Lèvres rouges, signé Harry Kümel. 

Décédée prématurément en 1990, Delphine Seyrig est l'une des rares actrices française à avoir été formée chez Lee Strabserg à l'Actor Studio. Celle qui a joué tour à tour la femme sans nom de L’Année dernière à Marienbad, la Fabienne Tabard de Baisers volés, la fée des lilas de Peau d’Âne et la ménagère prostituée et homicide de Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, est aussi la réalisatrice, 40 ans avant le mouvement #meetoo, d'un film terriblement d'actualité, Sois belle et tais-toi, où de grandes actrices dénonçaient déjà les déviances du star system. Sa carrière se cristallise entre son travail d'actrice et ses convictions intimes en 1975, une année charnière durant laquelle elle joue sous la direction de trois femmes, et pas des moindres : Marguerite Duras, Chantal Akerman et Liliane de Kermadec, disparue en février 2020.

Delphine Seyrig revient ces jours-ci dans l’actualité du cinéma. Outre le film d’Harry Kümel, celui de Babette Mangold, Calamity Jane et Delphine Seyrig, a story est projeté en séance spéciale au Cinéma du Réel le 18 mars ; le jour-même commencera une rétrospective Delphine Seyrig au Cinématographe, à Nantes ; India Song de Marguerite Duras ressortira le 15 avril en salles en version restaurée, tandis que l'auteur Jean-Christophe Manuceau publie La Désirée, un roman en forme d'hommage à l'actrice aux éditions L'Harmattan ; et on peut voir sur Arte 7, le formidable documentaire de Callisto McNulty, Delphine et Carole, insoumuses, sur l’amitié créative et féministe entre l’actrice et la réalisatrice Carole Roussopoulos.

Autour de Michael Cimino

Il existe trois belles éditions restaurées en Blu-ray et DVD de Michael Cimino : Voyage au bout de l’enfer chez StudioCanal, La Porte du paradis en version longue director’s cut, chez Carlotta Films, tout comme L’Année du dragon, en coffret ultracollector. 

Pour aller plus loin dans l'oeuvre de Cimino, Plan large recommande la monographie signée Jean-Baptiste Thoret, Michael Cimino, les voix perdues de l'Amérique chez Flammarion et le livre de Florence Arié et Alain Korkos, Filmer la légende - Comment l'Amérique se raconte sur grand écran, aux Prairies Ordinaires.

Le directeur de la photographie Vittorio Storaro est à l’honneur la semaine du 10 au 15 mars, au Festival de Valencienne, en sa présence, en parallèle d'une exposition qui lui est consacrée Ecrire avec la lumière, à voir jusqu'au 14 avril. 

Les extraits de films

  • Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot), de Michael Cimino (1974)
  • Voyage au bout de l'enfer, (The Deer Hunter), de Michael Cimino (1978)
  • La Porte du paradis (Heaven's Gate), de Michael Cimino (1980)
  • L'Année du Dragon, de Michel Cimino (1985)
  • Le Sicilien, de Michael Cimino (1987)
  • La Maison des otages (Desperate Hours), de Michael Cimino (1990)
  • The Sunchaser, de Michael Cimino (1996)
  • Les Lèvres rouges, de Harry Kümel (1971)
  • Peau d'âne, de Jacques Demy (1975)
Intervenants
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