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Extrait du film documentaire "L'Affaire Collective", de Alexander Nanau, en salles le 15 septembre

Des cinéastes face à l’injustice et à la corruption

57 min
À retrouver dans l'émission

Ce qui n’aurait pu être que de tragiques faits divers devient, dans les films de nos invité.es, les révélateurs de sociétés malades. Rencontre avec Alexander Nanau pour son film enquête "L'Affaire Collective" et Sabrina Van Tassel pour le très émouvant "L'Etat du Texas contre Melissa".

Extrait du film documentaire "L'Affaire Collective", de Alexander Nanau, en salles le 15 septembre
Extrait du film documentaire "L'Affaire Collective", de Alexander Nanau, en salles le 15 septembre Crédits : Alexander Nanau Production - Dulac Distribution

Quel point commun entre la Roumanie social-démocrate d’il y a 5 ans, et le Texas républicain d’aujourd’hui ? Entre l’incendie mortel d’une boite de nuit à Bucarest et la mort d’un enfant dans un taudis texan ? Ce qui n’aurait pu être que de tragiques, mais banals faits divers, devient, dans les films de nos invités, les révélateurs d’une incurie politique et de la destruction délibérée d’un système de santé, d’un populisme et d’une corruption qui, au-delà des cas particuliers qu’ils évoquent, nous concernent tous, tant ces maux qui gangrènent nos sociétés impactent toujours, au bout du compte, et jusqu’à la mort parfois, celles et ceux qui ont le moins les moyens de se défendre. 

L’Affaire Collective et L'Etat du Texas contre Melissa sont sortis tous les deux ce mercredi 15 septembre, deux documentaires qu’on dira "d’intervention", tant ils entendent peser sur la réalité qu’ils décrivent, mais qui n’oublient pas pour autant de faire du cinéma, prenant souvent la forme du plus haletant des thrillers. Les cinéastes Alexander Nanau et Sabrina Van Tassel sont nos invités dans Plan Large.  

Melissa Elizabeth Lucio, condamnée à la peine de mort au Texas pour le meurtre de sa fille de 2 ans. Elle est dans le couloir de la mort depuis plus de 11 ans
Melissa Elizabeth Lucio, condamnée à la peine de mort au Texas pour le meurtre de sa fille de 2 ans. Elle est dans le couloir de la mort depuis plus de 11 ans Crédits : ALBA FILMS

L'individu face à l'ombre du collectif

Le 30 octobre 2015, le groupe d’heavy metal Goodbye to Gravity fête la sortie de son deuxième album. Alors que le chanteur achève le morceau The Day We Die, le club souterrain prend feu. Le bilan sera de 64 morts, des dizaines de grands brûlés succombant à leurs blessures à l’hôpital. C’est la catastrophe la plus grave de la Roumanie post-communiste, elle va provoquer des manifestations en nombre, la révélation d’un scandale d’Etat, et la chute d’un gouvernement. Alexander Nanau va alors découvrir le travail d’enquête de trois journalistes du quotidien Gazeta Sporturilor, La Gazette des Sports, et va décider de filmer cette longue entreprise de dénonciation d’un immense scandale sanitaire. 

Nous avons essayé de trouver des personnages que nous pourrions suivre pendant longtemps, j’aime faire des films d’observation, et trouver des personnes que je peux observer sur la longueur. Nous avons rencontré beaucoup de victimes, de parents, de politiques, de docteurs … Mais finalement, je me suis rendu compte que les enquêtes de ces journalistes concernant le système de santé et le système politique pourraient être le meilleur angle, pour comprendre de quelle manière fonctionne la Roumanie, qui depuis 30 ans continue à être prise dans les griffes de politiciens corrompus. Et le système de santé roumain est tellement féodal, vieux et corrompu, que théoriquement c’était la meilleure description possible d’un état communiste qui n’est pas encore tout à fait mort. Alexander Nanau

Cinq ans après son précédent documentaire Toto et ses sœurs (Prix France Culture Cinéma des Etudiants en 2016), Alexander Nanau revient avec un film enquête haletant, digne d’un thriller hollywoodien, dans la tradition des grands films d’investigation journalistique, à l’instar des Hommes du Président, ou plus récemment Spotlight, le tout avec des coups de théâtre sidérants. 

Les grands documentaires tendent vers la fiction, comme certains films de fiction, ils peuvent mettre au jour une réalité incroyable. Et c’est ce qui se passe ici, qui ressemble beaucoup aux films américains des années 1970, où le héros était amené à une prise de conscience. Ça rejoint le motif de l’individu contre le système. Ce qui est frappant dans ce film, c’est l’ampleur que prennent les découvertes successives du journaliste, et qui sont quasiment apocalyptiques. Mathieu Macheret

Dans le regard de Melissa

En 2015, sortait en salles, La Cité Muette, le précédent long métrage de Sabrina Van Tassel, qui racontait l’histoire du camp de Drancy, et partait à la rencontre de ceux qui habitent aujourd’hui les logements sociaux où avaient été internés les futurs déportés. Réalisatrice et journaliste, Sabrina Van Tassel revient avec un documentaire qui s’intéresse à l’histoire de la première femme hispano-américaine à avoir été condamnée à mort au Texas : Melissa Lucio. Depuis 2008, elle attend son exécution, pour l’assassinat présumé de fille de 2 ans. Avec ce film, elle reprend à zéro l’enquête sur les faits, et s’inscrit dans la longue tradition des films sur la peine de mort et les erreurs judiciaires. 

C’est une plongée dans le milieu latino-américain, avec leurs codes, leur culture, leur musique, pour comprendre qui était Melissa et comprendre le climat qui règne à la cour de justice de Brownsville, qui se trouve à 10 minutes de marche de la frontière mexicaine. (…) La diffusion du film sur les plateformes aux Etats-Unis a tout changé. Du jour au lendemain des associations de défense de condamnés à tort se sont jointes à l’affaire, elle qui était une anonyme et dont les procès en appel étaient perdus à chaque fois. Aujourd’hui, elle a une vraiechance  devant la Cour Suprême des Etats-Unis. Et vu tout ce que je montre dans le film, elle sera difficilement exécutable. Sabrina Van Tassel

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Le journal du cinéma : rencontre avec Guy Maddin

Plan Large vous invite à découvrir les images immobiles, mais pas moins fascinantes, que confectionne depuis une vingtaine d'années le cinéaste canadien Guy Maddin, l’auteur des poétiques, surréalistes et déjantés Archangel, The Saddest Music in the World et autres My Winnipeg. Ça s’appelle The Secret of the Milky Moonfrocks présenté à la Film Gallery, et ce sont des collages, beaux, étranges et mélancoliques. Une pratique que l’artiste rapproche de celle du cinéma. Nous l’avons rencontré, en plein accrochage à la Film Gallery, à l'occasion également d'une rétrospective au Cinéma l’Archipel en sa présence du 17 au 26 septembre. (L’ensemble de ses films sont disponibles, en DVD, chez ED Dsitribution). 

Guy Maddin, Tint (d'après Henry James), 2019. L'exposition "The Secret of the Milky Moonfrocks" est à voir à la Film Gallery à Paris jusqu'au 29 octobre 2021
Guy Maddin, Tint (d'après Henry James), 2019. L'exposition "The Secret of the Milky Moonfrocks" est à voir à la Film Gallery à Paris jusqu'au 29 octobre 2021 Crédits : Guy Maddin

La chronique de Mathieu Macheret

En fin d’émission, la chronique de Mathieu Macheret sur The King of New York d’Abel Ferrara qui paraît en coffret Blu-Ray et 4K Ultra HD, en édition limitée chez Carlotta. C'est avec ce film culte que Christopher Walken débarque dans le cinéma d’Abel Ferrara en 1990. Il lui sera fidèle jusqu’à New Rose Hotel 10 ans plus tard, en passant par Nos funérailles et The Addiction. Ce dernier partage avec The King of New York sa ville d’élection, nocturne, grouillante et monstrueuse, ses interrogations métaphysiques, et donc Christopher Walken, en ange déchu au regard plus étrange que jamais. 

Christopher Walken, dans le film "The King of New York", de Abel Ferrara (1990), disponible en coffret prestige aux éditions Carlotta
Christopher Walken, dans le film "The King of New York", de Abel Ferrara (1990), disponible en coffret prestige aux éditions Carlotta Crédits : 1989 MEDIASET / CAPRICORNE FILM. Tous droits réservés.

Dans les salles cette semaine 

Summertime, de Carlos Lopez Estrada, un portrait composite de la ville de Los Angeles, mélange de film choral et de teen movie, qui suit façon marabout de ficelle une vingtaine de jeunes gens, poètes et musiciens, adeptes du spoken word, qui expriment à peu près toutes les problématiques et combats de la jeunesse engagée d’aujourd’hui. 

Une jeune fille beaucoup moins sensible à ces combats, toute préoccupée qu’elle est de la place qu’elle pourrait occuper dans un Paris très littéraire et par ses pérégrinations amoureuses, c’est Les amours d’Anaïs, premier long métrage de Charline Bourgeois-Tacquet, avec Anaïs Demoustier dans le rôle-titre. 

Un Américain, pur red-neck de Louisiane, quoique d’origine coréenne, qui se découvre un jour expulsable du jour au lendemain faute pour ses parents adoptifs d’avoir régularisé sa situation quand il était enfant, c’est le mélodrame engagé Blue Bayou, de Justin Chon, qui confirme, après le Minari de Lee Isaac Chung, la vivacité d’un courant asio-américain dans le cinéma indépendant des Etats-Unis. 

Et enfin, d’un désert à l’autre, celui de la Arava cette fois, Le Genou d’Ahed, de Nadav Lapid, reparti du festival de Cannes de juillet dernier avec le Prix du jury, où le cinéaste israélien établi en France règle ses comptes, avec force discours éructant et caméra secouée de rage, avec le gouvernement de son pays et ces ministres de la culture nationalistes qui tentent d’étouffer toutes les voix dissidentes. Un film politiquement nécessaire, mais esthétiquement un rien exténuant !

Et enfin l’inévitable Dune, adaptation monumentale des livres cultes de Frank Herbert, très beau à l’image, mais tellement empesé d’esprit de sérieux, pour ne pas dire pompeux, qu’on doit avouer avoir eu quelque peine à y entrer.

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