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Abdel Bendaher, dans "Ibrahim", le premier long-métrage de Samir Guesmi en salles le 23 juin 2021

Une révélation, une résurrection et des fantômes

59 min
À retrouver dans l'émission

Un Plan Large de claques et de caresses, d'émotions et de fantômes, de pudeur et de justesse, avec le cinéaste Samir Guesmi pour son premier long-métrage "Ibrahim" et le critique Jérôme Momcilovic pour la rétrospective évènement Maurice Pialat.

Abdel Bendaher, dans "Ibrahim", le premier long-métrage de Samir Guesmi en salles le 23 juin 2021
Abdel Bendaher, dans "Ibrahim", le premier long-métrage de Samir Guesmi en salles le 23 juin 2021 Crédits : Anne-Françoise Brillot - Le Pacte - 2021

Ça faisait longtemps qu’on l’attendait, cet Ibrahim. Bardé de prix en 2020, il n’attendait plus que la réouverture des salles pour s’offrir à nos regards. C’est chose faite depuis ce mercredi 23 juin 2021, et on se réjouit de recevoir, pour son premier geste de cinéaste, Samir Guesmi, un acteur dont on a adoré le visage un peu lunaire, la longue silhouette, la "lenteur pleine d’assurance et puissamment drôle, commuée en force tranquille", selon Bruno Podalydès, qui a traversé depuis plus de 30 ans et en quelque 80 rôles la filmographie de cinéastes tant aimés, de Cyril Collard à Hafsia Herzi en passant, pour n’en citer que quelques-uns et unes, Alain Gomis, Arnaud Desplechin, Bruno Podalydès bien sûr, Noémie Lvovsky, et notre chère et si regrettée Solveig Anspach.  

Ibrahim est un film à l’image de son personnage principal, pudique et peu loquace, où tout passe par les silences et les regards, où le moindre geste prend une ampleur symbolique. Ibrahim, c’est aussi le nom du personnage de son précédent court-métrage C’est dimanche !, réalisé en 2007 (dans lequel le rôle du père était joué par le regretté Djemel Barek, à qui le film Ibrahim est dédié). Samir Guesmi a voulu prolonger cette histoire de père et fils avec ce premier long-métrage. Il y filme la ville de Paris comme rarement, et une humanité rare dans le cinéma français. 

Le père d’Ibrahim est buriné, avec une gueule de l’autre côté de la Méditerranée, mais néanmoins français et bien parisien. Il est le premier rôle. Je les raconte intimement, sans dimension sociale. Ces personnages m’ont manqué dans le paysage cinématographique. Je pense à Maurice Pialat, il a filmé les gens de peu, les gens sans fric, dans la précarité. Je m’y suis attardé par le cœur. J’ai envie d’une diversité de regards. J’avais envie de raconter des personnages communiquant avec d’autres choses qu’avec des mots. Je me suis rendu compte qu’un regard ne trichait pas. Le corps ne peut pas baratiner alors que les mots sont glissants et trompeurs. Je crois qu’on peut se dispenser des mots.            
Samir Guesmi

"Ibrahim", de Samir Guesmi en salles le 23 juin 2021
"Ibrahim", de Samir Guesmi en salles le 23 juin 2021 Crédits : Anne-Françoise Brillot - Le Pacte - 2021

Le réalisme fantastique de Maurice Pialat

Ça faisait encore plus longtemps qu’on l’attendait : pouvoir enfin revoir, sur grand écran, les douze films réalisés, sur une si courte période, par Maurice Pialat. Celui qui, pendant 20 ans, a occupé à la fois la marge et le centre du cinéma français, mélange rare et jamais reproduit depuis d’un cinéma à fleur de peau, à la fois radical et immensément populaire, dans tous les sens du terme, fait enfin l’objet d’une rétrospective en copies restaurées, au Festival de La Rochelle jusqu'au 4 juillet, puis en salles tout cet été à partir du 7 juillet. L’occasion pour toute une génération de découvrir une œuvre, qui de Xavier Beauvois à Abdellatif Kechiche, a profondément influencé tout le cinéma qui l’a suivi, mais aussi de se pencher sur un Pialat méconnu, voire inédit. C’est ce à quoi travaille en ce moment, à partir notamment des archives du cinéaste déposée à la Cinémathèque française, notre second invité, le critique Jérôme Momcilovic, pour son livre à paraître prochainement chez Capricci, au beau titre de Maurice Pialat, la main, les yeux. Jérôme Momcilovic revient aux sources d'une œuvre qui raconte l'arc de la vie humaine, et qui commence sous le signe de l'enfance, dans son premier film, produit par Pierre Braunberger en 1962 : L'amour existe. 

Un des premiers films réalisé sur la banlieue, et en même temps un film éminemment personnel. Il parle d’un moment de sa vie, où il a vécu à Montreuil et Courbevoie. Mais très vite on comprend qu’il s’agit de plus que ça, il mêle trois choses : la banlieue, les trains et le cinéma. A partir de là, il y a une définition de ce qu’est son regard de cinéaste en gestation. On a beaucoup répété que le thème de ses films, c’était l’abandon. Et si on s’arrête sur l’étymologie du mot banlieue, c’est la même chose, c’est l’abandon, être mis au ban. Pialat finalement regarde depuis la banlieue, qui n’est pas seulement parisienne, qui est l’idée d’une certaine place dans le monde.          
Jérôme Momcilovic

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Rencontre avec Fanny Liatard et Jérémy Trouilh 

Il y a ce film, qui résonne admirablement avec celui de Samir Guesmi. Il a remporté ce mois-ci le prix Cinéma des Etudiants France Culture, c’est Gagarine, premier film impressionnant de maîtrise et de liberté de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh. L’histoire d’une résistance, par le rêve et l’imagination, à la destruction d’un espace commun, en l’occurrence la cité ouvrière Youri Gagarine, à Ivry-sur-Seine. Youri, c’est le prénom du héros du film, un jeune garçon qui va finir par construire dans cette barre de brique rouge en cours d’abandon une station spatiale qui n’a rien à envier à celle dans laquelle se trouve actuellement Thomas Pesquet. Après un premier court-métrage du même nom, tourné 5 ans auparavant et fruit d’un travail commun avec les jeunes de la cité, c’est comme si le lieu lui-même avait dicté le film.

Extrait du film "Gagarine", de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, en salles le 23 juin 2021 - Prix France Culture Cinéma des étudiants
Extrait du film "Gagarine", de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, en salles le 23 juin 2021 - Prix France Culture Cinéma des étudiants Crédits : Margaux Opinel - Haut et Court Distribution - 2021

La chronique de Raphaël Clairefond

En fin d'émission, Raphaël Clairefond de la revue Sofilm nous raconte l'histoire de Polly Platt, grande scénariste et productrice américaine, figure de l'ombre et faiseuse de talents hors pair : outre Bogdanovitch, James L. Brooks, Ryan O’Neal, Cameron Crowe, jusqu’à Wes Anderson et le Matt Groening des Simpsons, tous lui doivent leur carrière, et personne pourtant ne connaît son nom. Un oubli réparé par le numéro 85 de notre partenaire Sofilm.

Sur vos écrans cette semaine

La relecture d’un classique de l’enfance, et on ne parle pas de la réhabilitation de la terrible Cruella façon Le Diable s’habille en Prada, c’est le Peter Pan plongé dans le Sud des Etats-Unis par Benh Zeitlin, l’auteur des Bêtes du Sud sauvage, renommé du nom de son héroïne féminine, #metoo oblige, c’est donc Wendy. 

Une expatriée au bord de la crise de nerfs dans le Japon des séismes et de la catastrophe de Fukushima en direct, c’est Tokyo Shaking d’Olivier Peyon, une comédie terrifiante emmenée par Karin Viard, dont on aurait aimé (voir plus haut) qu’elle soit un rien moins explicative ;

Des danseurs de krump, voguing, flexing, waacking et autre électro, qui en savent plus long sur Jean-Philippe Rameau qu’une présentatrice de journaux télévisés, c’est le passionnant Les Indes Galantes de Philippe Béziat, qui documente la revisitation du célèbre ballet par le vidéaste et plasticien Clément Cogitore, créé en 2019 à l’Opéra Bastille

Une petite fille qui n’a pas la langue dans sa poche, elle, quand elle visite Paris avec son oncle, c’est évidemment Zazie dans le métro, le chef d’œuvre pataphysique de Louis Malle et Raymond Queneau, qui revient en salle accompagné de La Guerre des boutons d’Yves Robert, sous la bannière commune des Enfants terribles.

Des adultes qui partagent une enfance d’adoptés, et qui racontent la recherche de leurs racines, c’est le très émouvant documentaire Une histoire à soi d’Amandine Gay. 

Le journal du cinéma 

Jusqu’à 1er juillet, on peut voir au Centre Pompidou, à la Cinémathèque du documentaire, l’intégrale des documentaires de l’Italien Gianfranco Rosi, en attendant la sortie à la rentrée de son nouveau film, le magnifique Notturno, plongée dans l’Interzone de l’Irak, de la Syrie, du Kurdistan et du Liban en guerre. 

Et puis au Forum des Images, toujours à Paris, du 2 au 4 juillet, vous aurez un avant-goût de Tigritudes, une exploration des formes et des genres qui irriguent la création cinématographique panafricaine, programmée par les cinéastes Dyana Gaye et Valérie Osouf, en prologue au cycle complet qui aura lieu du 12 janvier au 27 février 2022.

Vous pouvez aussi prendre le frais au Louvre, dans la cour carrée : projections en plein air de classiques comme 2001, l’Odyssée de l’espace ou Que la fête commence, des avant-premières, des concerts, c’est du 1er au 4 juillet.

Et puis n’oubliez pas, la Fête du Cinéma, c’est à partir de mercredi prochain.

Extraits et musiques de films 

Intervenants
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