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Extrait du documentaire "Notturno", de Gianfranco Rosi, en salles le 22 septembre, tourné aux frontières de l’Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban

En zones de guerre

58 min
À retrouver dans l'émission

Le Proche-Orient tout comme l’Occident sont devenues une vaste zone de guerre, mouvante et perpétuelle, qu’on peine souvent à appréhender. Les cinéastes Gianfranco Rosi, Giovanni Aloi et Jasmila Zbanic s'en sont emparé, au passé comme au présent. Rencontre.

Extrait du documentaire "Notturno", de Gianfranco Rosi, en salles le 22 septembre, tourné aux frontières de l’Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban
Extrait du documentaire "Notturno", de Gianfranco Rosi, en salles le 22 septembre, tourné aux frontières de l’Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban Crédits : Météore Films

20 ans que les tours jumelles du World Trade Center sont tombées, 20 ans aussi qu’en envahissant l’Afghanistan, les Etats-Unis et leurs alliés ont lancé leur guerre contre la terreur, avec les conséquences géopolitiques que l’on connaît. Des conséquences qu’on vit encore aujourd’hui, le procès des attentats de novembre 2015 à Paris nous le rappelle tous les jours, faisant du Proche-Orient comme de l’Occident une vaste zone de guerre, mouvante et perpétuelle. Nos invité.es se sont emparé de ces territoires pour en faire du cinéma.

Après Lampedusa, ça été un choix immédiat, de tourner le contrechamp de Fuoccoamare. Je me suis rendu compte, en faisant les recherches, que je me trouvais face à une vastitude de territoires. Je suis arrivé sans histoire écrite, l’histoire étant des rencontres de personnes qui sont devenues ensuite des personnages. Quand j’ai été prêt à tourner, je me suis rendu compte que j’appartenais à toutes ces histoires, qu’elles étaient détachées du lieu et des territoires, comme une carte mentale. Ce film est un paradoxe spatio-temporel, où les frontières qui sont les marges de l’histoire du Moyen-Orient, deviennent les marges des histoires du film. Les frontières deviennent les stratifications de la mémoire. Le récit est comme celui d’un espace mental, où se perd le caractère contemporain de l’adhésion au lieu. Les lieux se soustraient volontairement à une carte.                        
Gianfranco Rosi

Filmer le silence

Gianfranco Rosi arpente les marges et les frontières depuis longtemps : sur celle du Mexique et des Etats-Unis, il a filmé un tueur des cartels repenti dans El Sicario, Room 164, il a tourné le long du périphérique romain avec Sacro Gra, et filmé sur l’île de Lampedusa la rencontre impossible entre insulaires autochtones et réfugiés rescapés de la traversée de la Méditerranée dans Fuoccoamare. Avec dans sa besace un Lion d’or vénitien et un Ours berlinois du même métal, Gianfranco Rosi s’est immergé pendant trois ans le long des frontières indécises de l’Irak, du Kurdistan, de la Syrie et du Liban pour nous rapporter le poétique, émouvant et très beau Notturno. Gianfranco Rosi a construit son film comme une structure musicale, qui fonctionne par un jeu de résonance, avec un hors-champ omniprésent, qui tend à désorienter le spectateur. 

Quand je tourne, j’ai constamment dans mon esprit l’idée d’une hypothétique structure musicale, où il y a des notes qui représentent les lieux, les histoires des personnages et chaque note doit appartenir à la note successive, ça crée une symphonie, où l’espace est le plus important, qui existe entre moi et l’autre. Le grand défi dans ce film était de filmer le silence, donner au son et aux espaces une force. Je ne fais pas de différence entre le cinéma documentaire et la fiction, je tends à ouvrir la porte plutôt qu’à la fermer. Je tends à donner le moins d’informations possibles, je n’utilise pas de voix off, je limite beaucoup mon territoire narratif.                        
Gianfranco Rosi

Extrait de "Notturno", de Gianfranco Rosi en salles le 22 septembre
Extrait de "Notturno", de Gianfranco Rosi en salles le 22 septembre Crédits : Météore Films

L'ennemi invisible

Face à lui, son compatriote italien Giovanni Aloi, qui avec son premier long métrage, La Troisième Guerre, propose une vision inédite d’une des villes les plus filmées du monde, Paris, en zone de guerre potentielle et parfois avérée, via un regard tendu, voire franchement paranoïaque, celui d’une patrouille militaire de l’Opération Sentinelle, censée précisément depuis les attentats de 2015, lutter sur le territoire national contre le terrorisme. La question centrale du film, c'est de figurer une guerre contre un ennemi invisible. 

Je ne m’habituais pas à cette vue de militaires dans Paris. Ce sont des jeunes à la vingtaine, des gamins presque avec une arme mortelle à la main, avec une image de la guerre sur eux, qui marchent dans les rues de Paris, face à des gens qui font semblant de pas les voir. J’étais intéressé par les regards de ces militaires sur la ville de Paris. En me documentant, ce qui m’intéressait le plus était le regard. Comment ces jeunes militaires voient la ville de Paris, pour la première fois. La plupart viennent de province, de la campagne et se retrouvent en plein Paris non pas comme des touristes mais comme des militaires. Le principe de l’ennemi invisible m’a intéressé car cela peut générer de la tension, porter le film vers un aspect documentaire parfois, et en même temps, amener le spectateur vers un thriller psychologique.                  
Giovanni Aloi

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"La guerre est un jeu d'homme"

Rencontre avec la cinéaste bosnienne Jasmila Zbanic, qui a elle aussi filmé une zone de guerre, au passé cette fois, puisque son film, La Voix d’Aïda, sorti lui aussi en salles le 22 septembre, retrace les circonstances qui ont amené au massacre de Srebrenica en 1995, et en particulier comment les Casques Bleus de l’ONU ont abandonné, en connaissance de cause, les civils aux mains criminelles du général Ratko Mladic. L’occasion aussi, pour la réalisatrice, en 2006, du très réussi Sarajevo mon amour, de mettre en pratique une réflexion sur le film de guerre, et les valeurs, notamment patriarcales, qu’il véhicule.

La guerre est l’essence même de la société patriarcale car c’est basé sur l’héroïsme, l’autorité, l’injustice et sans considération pour la vie. A travers mon personnage d’Aïda, j’ai voulu montrer que le combat d’une femme pour garder une once d'humanité est crucial, et ce que la vie humaine signifie, car nous voyons trop souvent dans les films actuels des scènes de tueries où les personnages continuent leur vie comme si de rien n’était.        
Jasmila Zbanic

"La Voix d'Aïda", de Jasmila Zbanic, traite par la fiction, du massacre de Serebrenica en juillet 1995
"La Voix d'Aïda", de Jasmila Zbanic, traite par la fiction, du massacre de Serebrenica en juillet 1995 Crédits : Condor Distribution

La chronique de Raphaël Clairefond 

En fin d’émission, Raphaël Clairefond, le rédacteur en chef de notre partenaire Sofilm, nous parle de 7h58 ce samedi-là, ultime chef-d’œuvre du grand cinéaste américain Sidney Lumet, auquel la revue consacre un volumineux dossier dans leur nouveau numéro #87. 7 h 58 ce samedi-là aura donc été le dernier tour de piste pour Sidney Lumet, un film qui parachève une carrière incroyablement riche en grandes œuvres, de 12 hommes en colère à Serpico ou encore Network. Nous sommes alors en 2007, et Lumet a plus de 80 ans quand il tourne 7h58, avec Philip Seymour Hoffman et Ethan Hawke dans les rôles principaux.

Extrait de "7h58 ce samedi-là", l'ultime film de Sidney Lumet
Extrait de "7h58 ce samedi-là", l'ultime film de Sidney Lumet Crédits : UGC - 2007

En salles cette semaine 

Une jeune adolescente passionnée de skate-board, dans un univers très masculin, c’est Je m’appelle Bagdad, de la cinéaste brésilienne Caru Alves de Souza, tourné au cœur de Freguesia do O, quartier périphérique de Sao Paulo, un film initiatique aussi punk que féministe. 

Une mère mexicaine à la recherche de son fils disparu lors de sa migration vers les Etats-Unis, c’est le très réussi et glaçant Sans signe particulier, de Fernanda Valadez, premier film d’une cinéaste à suivre, qui s’interroge très finement sur la représentation du Mal. 

Un film d’animation français qui adapte, avec génie, un manga du Japonais Jiro Taniguchi, c’est Le Sommet des Dieux, de Patrick Imbert, le réalisateur d’Ernest et Célestine et du Grand Méchant Renard. Il y a notamment des scènes d’escalade impressionnantes, par la précision des gestes et le sentiment du vide, c’est époustouflant ;

La ressortie en salle d’une évocation de la bohème artistique romaine du début des années 1960, c’est Via Margutta, sorti à l’époque en France sous le titre La Rue des amours faciles, tout un programme, et c’est signé du cinéaste italien, assez méconnu en France, Mario Camerini. 

Une bonne surprise, parce que le synopsis faisait très peur : un redneck américain vient à Marseille au secours de sa fille, emprisonnée pour un meurtre qu’elle nie avoir commis, c’est bien sûr Stillwater, de l’imprévisible Tom McCarthy, l’auteur de Spotlight, qui marque par la finesse de son écriture, du jeu de ses acteurs et son regard précis sur la cité phocéenne.

Et enfin, ressort le très culte, et toujours aussi dérangeant, Perdita Durango, d’Alex de La Iglesia. 

Le journal du cinéma 

Les festivals : Jusqu’au 3 octobre se déroule le festival Biarritz Amérique Latine, avec notamment une rétrospective du cinéaste chilien Ignacio Agüero et un focus sur le cinéma péruvien contemporain. 

Et puis bien sûr, honneur aux cinéastes transalpins, le Festival d’Annecy propose comme chaque année, jusqu’au 3 octobre, le meilleur du cinéma italien d’aujourd’hui comme d’hier.

Intervenants
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