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Image extraite du film Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma (2019)

F comme cinéma français, état des lieux avant travaux

59 min
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À première vue, tout va bien pour le cinéma français, doté d'un système de financement envié par le monde entier. Pourtant, ce modèle économique serait au bord du gouffre. A la veille d'une cérémonie des Césars en crise, que faut-il attendre des annonces du CNC et de la future loi audiovisuelle ?

Image extraite du film Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma (2019)
Image extraite du film Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma (2019) Crédits : Céline Sciamma / Pyramide Films

« On parle beaucoup en ce moment de crise du cinéma français. Il s’agit essentiellement d’une crise de surproduction. » La phrase n’est pas d’aujourd’hui : elle est signée François Truffaut, en 1956. C’est dire si, des crises, le cinéma français en a toujours connu. Et pourtant, à priori, tout va bien : un nombre de films produits chaque année en constante augmentation, près de 300, et régulièrement récompensés dans les festivals internationaux ; un système qui prélève des taxes sur ceux qui les exploitent pour les redistribuer à l’ensemble du secteur ; un parc de 6 000 salles où on peut voir des films du monde entier et qui affiche des entrées record, avec une part de marché très enviable pour les films nationaux. Et pourtant, les inquiétudes sont vives comme jamais. 

La mutation dans le cinéma français, c’est protéger certaines choses, pour en accueillir d’autres. La vraie question, c’est est-ce qu’on va et comment on va travailler avec les plateformes ? Dans ces négociations, il y a surtout, et c’est ma plus grande inquiétude, la question de la conservation des clauses de diversité, à la fois financières et esthétiques, quel sera le dialogue possible ? Comment on va pouvoir imposer cette diversité aux plateformes ? Bertrand Bonello

Un modèle économique unique au monde, au bord de la crise

Le modèle économique du cinéma français serait au bord du gouffre, avec la baisse du financement des télévisions, indexé sur leur chiffre d’affaire en chute, et l’incertitude quant à la bonne volonté des plateformes Internet de contribuer à leur tour. Il ne serait plus dans l’air du temps néolibéral, comme l’attestent des rapports parlementaires ou servant de marchepied à l’accession à la présidence du Centre National du Cinéma, qui stigmatisent l’insuffisante rentabilité en salle de nombre de films ou leur financement trop dépendant de la puissance publique, ou encore un pamphlet aigri, et récompensé d’un prestigieux prix littéraire, qui, par la formule : « cinéma français : oxymore », en déplore la médiocrité. Et la France de devenir, drôle de nouvelle exception culturelle, le seul pays au monde qui pense avoir trop de cinéma d’auteur !

Un état des lieux avant effondrement 

Vous parlez d’un état des lieux avant travaux, j’ai envie de dire avant effondrement. On rentre dans une ère très intéressante car ça va renvoyer à des questions importantes de financement mais surtout à des questions philosophiques, parce que d’une certaine façon la loi audiovisuelle part du constat que le financement du cinéma par les chaînes de télévisions classiques historiques s’étiole. La question philosophique, c’est se demander, face à cet étiolement généralisé, si c'est une bonne chose d’aller demander aux Américains de financer le cinéma d’auteur français ? C’est l’idée principale de cette loi audiovisuelle. Et se dire que Jeff Bezos (Amazon), Reed Hastings (Netflix) et Robert Iger (Disney) vont potentiellement décider du financement du cinéma français, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. On va devoir choisir entre Jedi ou Dark Vador, et je ne sais pas ce qui va se passer. Marie Masmonteil

A la veille de négociations cruciales et d’une remise à plat générale des quelques 150 aides dispensées par le CNC, et à deux semaines de la cérémonie des Césars, institution elle-même en crise et sous le coup de virulentes attaques qui ont provoqué le 13 février la démission collective de son conseil d'administration, et alors que la prise de parole d’Adèle Haenel provoque depuis novembre une profonde remise en cause des pratiques du secteur, Plan Large dresse un état des lieux avant travaux, avec nos invité.es : le cinéaste Bertrand Bonello, dont le dernier film, Zombi Child, nous avait captivés l’an dernier, et actuel vice-président de la Société des Réalisateurs de Films, la SRF ; Marie Masmonteil, productrice sous la bannière d’Elzévir Films et vice-présidente du Syndicat des Producteurs Indépendants, le SPI ; et Nicole Vulser, qui suit pour le journal Le Monde le cinéma sous son angle économique.

Extraits de films

  • Montage de films nommés aux Césars, comprenant La Belle Epoque, de Nicolas Bedos ; Hors Normes, de Olivier Nakache et Eric Toledano ; Roubaix, une lumière, d'Arnaud Desplechin ; Grâce à Dieu, de François Ozon ; J'accuse, de Roman Polanski ; Les Misérables, de Ladj Ly et Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma. 
  • Montage des films oubliés aux Césars, comprenant Perdrix, d'Erwan Le Duc ; Une fille facile, de Rebecca Zlotowsky ; Tu mérites un amour, de Hafsia Herzi ; Atlantique, de Mati Diop ; Sibyl, de Justine Triet ; Le Daim, de Quentin Dupieux et Zombi Child de Bertrand Bonello. 
  • Etre vivant et le savoir, d'Alain Cavalier (2019)
  • Extrait de la série documentaire Grégory, de Gilles Marchand (2019)
  • D’entre les morts (part I), extrait du film-disque My New Picture, de Bertrand Bonello (2007)
Intervenants
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