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Extrait du film "Ne croyez surtout pas que je hurle", de Frank Beauvais disponible en DVD et livre aux éditions Capricci

Frank Beauvais : "Les films invisibles n'existent pas, il n'y a que des films invisibilisés"

59 min
À retrouver dans l'émission

Rencontre avec le cinéaste Frank Beauvais, cinéphile acharné, défenseur d'un cinéma pauvre en dehors des schémas préétablis, écumeur invétéré de films, dans lesquels il sombre et qu'il détourne pour mieux les mettre en lumière, à l'instar de son film essai "Ne croyez surtout pas que je hurle".

Extrait du film "Ne croyez surtout pas que je hurle", de Frank Beauvais disponible en DVD et livre aux éditions Capricci
Extrait du film "Ne croyez surtout pas que je hurle", de Frank Beauvais disponible en DVD et livre aux éditions Capricci Crédits : Les Bookmakers / Capricci

Avec la réouverture des salles, le 19 mai, ce sont 450 films qui vont tenter, dans les prochains mois, de se frayer un chemin jusqu’au grand écran, et jusqu’à vos regards. L’échec des tentatives des distributeurs de s’entendre sur un calendrier concerté des sorties risque fort, comme c’était déjà le cas avant la crise sanitaire, de bloquer l’accès aux salles, et donc encore une fois, à vos regards, aux films les plus fragiles, les plus indépendants, et bien souvent les plus intéressants. 

Frank Beauvais, Autoportrait d'un cinéfou

Le cinéma j'y cherche un plaisir et un contentement esthétique, c'est une recherche ardue, un long cheminement, c'est beaucoup de défrichage. Le cinéma tel que je le vis est ponctué de retour aux sources, pour se régénérer, avec des auteurs comme Blake Edwards et Douglas Sirk auxquels je reviens toujours. C'est ce que j'appelle un peu des films doudous, ces films auxquels on retourne à chaque fois. Vous avez passé une journée à essayer de voir quatre films qui ne vous ont apporté aucune satisfaction et on commence à désespérer du cinéma. Et le remède c'est le film doudou, ce sera "Mirage de la vie", de Douglas Sirk ou "Running on Empty" de Sidney Lumet. On n'est jamais le même spectateur mais ce sont des films où je sais pertinemment qu'à telle minute je verserai ma première larme, et qu'à une autre, la deuxième suivra, et ça fait du bien.            
Frank Beauvais

Comment en quelques mois, même pour les plus assidu.e.s d’entre vous, est-il possible d'ingurgiter une telle masse d’images, de sons et de propositions plus ou moins esthétiques ? Eh bien 450 films en 6 mois, d’avril à octobre 2016, c’est précisément ce qu’a regardé, sur son petit écran domestique, notre invité, le cinéaste Frank Beauvais. Sauf que lui, il en a fait un film : le beau, mélancolique, parfois enragé Ne croyez surtout pas que je hurle. Quelque part entre Jonas Mekas, Chris Marker et Guy Debord, il y revenait, en prélevant des plans furtifs dans l’ensemble de ces films, et en les montant dans la tradition du found footage, sur une année de réclusion dans un petit village alsacien, alors que la France, à la suite des attentats, basculait dans l’état d’urgence. 

Pendant cette période, j'ai vu beaucoup plus de films que ce dont je me suis servi. J'ai pris la décision de ne pas utiliser de films documentaires, ni de films d'animation, ni de cinéma expérimental qui déjà retravaillaient une forme. Mais ça m'intéressait de détourner l'image de fiction et de voir ce qu'elle pouvait représenter de documentaire pour moi. La richesse du film c'est l’ambivalence, c'est qu'il soit à la fois une fenêtre et un miroir. Quand il n'est plus que miroir, il y a quelque chose de vertigineux et dangereusement narcissique. Ce qui m'intéresse dans ces segments que j'utilise, c'est de récupérer des plans qui souvent sont fonctionnels dans une narration et donc qu'on tend à oublier en tant que spectateur, où il n'y a pas le visage des interprètes-vedettes en premier plan. Une star c'est le capital, et j'aime bien décapiter, sortir le capital de ce que j'utilise. De ces plans qui sont là pour servir une grammaire de narration, faire autre chose. (...) C'est un cri de rage qui s'adresse à un maximum de gens.        
Frank Beauvais

Extrait du film "Ne croyez surtout pas que je hurle", de Frank Beauvais disponible en DVD et livre aux éditions Capricci
Extrait du film "Ne croyez surtout pas que je hurle", de Frank Beauvais disponible en DVD et livre aux éditions Capricci Crédits : Les Bookmakers / Capricci

Manifeste pour un "cinéma povera"

La parution d’un long entretien dans l’excellente revue Répliques avec ce passeur acharné et un peu pirate (comme en son temps  Henri Langlois, le fondateur de la Cinémathèque française) de cinématographies oubliées, également programmateur et conseiller musical sur les films des autres, nous a donné l’envie de revenir avec lui, dans Plan Large, sur ses films, courts et long, et en particulier donc sur ce Ne croyez surtout pas que je hurle, qui préfigurait ce qu’ont vécu pendant un an, d’un confinement à l’autre, les cinéphiles qui ont trouvé, sur la toile, et notamment via le groupe Facebook privé La Loupe, de quoi étancher leur soif de films en temps de fermeture des salles.

Il y a eu des cinéastes qui ont facilité le passage à l'acte, notamment la découverte du cinéma de Jonas Mekas, de Joseph Morder, le cinéma d'Arte Povera. Le premier film dans lequel je me suis lancé, "A genoux", j'étais seul avec une caméra dans le jardin de ma mère et ce sont ces films qui m'ont prouvé qu'on pouvait faire du cinéma à partir de rien, voire seul, où la question des enjeux économiques n'était pas cruciale mais le geste l'était. Cavalier est toujours dans un coin de mon esprit, évidemment il y a aussi le cinéma de Debord car c'est un cinéma de recyclage, une idée qui me tient à cœur. Un cinéma de mots et d'images, qui se fait hors de l'industrie.          
Frank Beauvais 

La chronique de Sophie-Catherine Gallet

En fin d'émission, la chronique de Sophie-Catherine Gallet à propos du film Apocalypse 2024, de L.Q. Jones, qui paraît en DVD et Blu-Ray aux éditions Artus Films. A Boy And His Dog, dans la version originale, d’après une nouvelle de 1969 de l’écrivain de SF Harlan Ellison, qu’adaptera plus tard Richard Corben en bande dessinée sous le nom de Vic & Blood. Le film date de 1975, quatre ans avant Mad Max, auquel il fait beaucoup penser, et y figure, dans le rôle du garçon, un jeune homme pas encore starifié par sa participation à la série télé Miami Vice, Deux flics à Miami comme on l’appelait alors en France dans les années 1980 : Don Johnson. 

Mi-conte initiatique mi-fable loufoque au sein d’un monde en ruine, car si l’on en croit ce film l’apocalypse ne devrait pas tarder : d’ici trois ans, vous êtes prévenus, le monde sera devenu un désert aride, à l’horizon infini, où les quelques hommes qui subsistent tenteront de survivre, avec deux uniques préoccupations-en tête : l’acte sexuel et la nourriture. (...) La présence du cinéma, même au cœur de l’apocalypse, met en abîme un monde regretté où la force de l’imagination et du récit était primordiale, où la sexualité était érotisée - et ce faisant met en valeur la misère affective de ce monde présent, où elle est condamnée à n’être qu’un besoin animal.                  
Sophie-Catherine Gallet

Les recommandations de Plan Large

Ne croyez surtout pas que je hurle, et l’ensemble des courts métrages de Frank Beauvais, sont disponibles en coffret DVD aux éditions Capricci, qui édite également, en livre, le texte de son film

Chaîne Youtube de Frank Beauvais où il met à disposition de nombreux et passionnants films disponibles sur la plateforme.

Deux des films du cinéaste finlandais Teuvo Tulio, le grand inspirateur d’Aki Kaurismäki, sont disponibles en coffret chez Tamasa : Le rêve dans la hutte bergère, et Le chant de la fleur écarlate.

Plan Large recommande le dernier numéro de Répliques, revue d’entretiens autour du cinéma avec au sommaire pour ce n° 14 : Frank Beauvais, Nadav Lapid, Danielle Arbid,Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, et d’autres encore.

Toujours côté revues, le numéro 2 printemps-été 2021 de French Mania, consacre un long dossier sur les avanies et rares réussites des français pour s’implanter à Hollywood, de Maurice Tourneur, Charles Boyer et Maurice Chevalier à Julie Delpy, Michel Gondry, Marion Cotillard, Alexandre Aja et Omar Sy ...

La BPI du Centre Pompidou propose jusqu’au 14 mai, la rétrospective intégrale en ligne, des films de Dominique Cabrera.

Extraits et musiques de films

  • Ne croyez surtout pas que je hurle, de Frank Beauvais, disponible en DVD et livre aux éditions Capricci
  • 12 instants d’amour non partagé, de Frank Beauvais (2007)
  • La Guitare de diamants, de Frank Beauvais (2009)
  • Ne croyez surtout pas que je hurle, de Frank Beauvais, disponible en DVD et livre aux éditions Capricci
  • La France contre les robots, de Jean-Marie Straub (2020), film disponible en intégralité sur Youtube
  • La Loterie de la vie, de Guy Gilles (1977)
  • Ecran Total, de Françoise Breut, de l'album Zoo (2016)
  • Deux extraits de Apocalypse 2024, de L.Q. Jones (1975), disponible en DVD et Blu-Ray aux éditions Artus Film
Intervenants
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