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Jean-Luc Godard, dans King Lear en 1987

G comme Jean-Luc Godard, chapitre III : les années 1980

59 min
À retrouver dans l'émission

De Sauve qui peut (la vie) à King Lear, c'est dans les années 1980 que se sculpte le mythe Godard. Portrait du cinéaste en poète, prophète et pitre.

Jean-Luc Godard, dans King Lear en 1987
Jean-Luc Godard, dans King Lear en 1987 Crédits : Cinémathèque française / DR

Jean-Luc Godard est le plus puritain des cinéastes, ce n’est pas un naturaliste. La chose la plus importante pour lui, c'est la tenue de l'image. Il arrive à faire de grandes choses avec très peu de moyens. Alain Bergala

Troisième volet de notre feuilleton consacré à ce cinéaste en perpétuelle réinvention qu’est Jean-Luc Godard. Résumé des épisodes précédents : après avoir dissous son nom d’auteur dans le groupe Dziga Vertov et inventé une manière politique de faire du cinéma, après avoir expérimenté la vidéo, et tenté d’appliquer à la télévision, en la sabotant de l’intérieur, le traitement de choc qu’il avait réservé au cinéma, Jean-Luc Godard est revenu au pays natal, la Suisse, en s’installant sur les bords du Lac Léman, à Rolle où il réside encore aujourd’hui, et dont la géographie va considérablement imprégner son cinéma. De là, il va orchestrer, avec succès, son retour au cinéma plus « traditionnel », si tant est que ce mot ait un sens avec lui. Avec succès, puisqu’après avoir été presque oublié pendant dix ans, il va se retrouver à incarner le cinéma à lui seul, au point de devenir plus connu que ses propres films. 

Un des enjeux principaux pour Jean-Luc Godard dans les années 1980, c’est "comment est-ce qu’on peut approcher la beauté ?". Dans les années 1960, il n’avait pas ce problème, il mettait la caméra, il tournait, la beauté était là. Ça devient très difficile dans les années 1980 à cause des images qui encerclent le cinéma, comme la pub, le porno etc. (..) Dans les années 1960, il fallait une actrice, une femme comme Anna Karina, et le monde passait au prisme de son propre rapport au monde, et Godard pouvait filmer ça. Dans les années 1980, il revient du côté des hommes. Il y a un décentrement. Alain Bergala

Car de Sauve qui peut (la vie) à King Lear, c’est dans ces années-là aussi que se sculpte le mythe Godard. Une figure paradoxale, entre pape du septième art aussi vénéré que craint, tortionnaire de stars et de techniciens sur les plateaux et révélateurs de figures bouleversantes, prophète de la mort du cinéma et pythie aux formules aussi percutantes que sibyllines en conférences de presse à Cannes, star enfin de la télévision où, à l’instar d’un Diogène, il joue en véritable performer le rôle du trublion médiatique, qui tente par le dévoilement de sa machinerie de pousser le système à l’implosion. Pendant toutes ces années, un jeune critique des Cahiers du Cinéma le suit de très près, fait à chaque film le pèlerinage à Rolle, l’observe au travail sur ses tournages et rassemble textes et documents godardiens dans un livre qui fera date, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard : c’est Alain Bergala, notre invité dans Plan Large aujourd’hui.

En fin d'émission, la chronique de Fernando Ganzo, rédacteur en chef de la revue So Film, sur l'actrice transformiste et vampirique Tilda Swinton, icône queer, qui a toujours cherché à briser les frontières de ce qui est sensé définir une actrice. Ex-égérie underground de Derek Jarman, actrice extravagante, transgénique et transgenre, icône de la mode et adepte du grand écart permanent entre des productions Disney type Narnia ou Dr. Strange et les univers radicaux d’un Béla Tarr et prochainement d’Apichatpong Weerasethakul et George Miller, elle est devenue la mascotte fétiche de Wes Anderson, Bong Joon-ho et autres Jim Jarmusch. C’est d’ailleurs en Eve vampirique tout droit sortie du Only Lovers Left Alive de ce dernier qu’elle fait la couverture du dernier numéro de notre partenaire Sofilm, entre toile de Klimt dorée à l’or fin et néo-Christ en lévitation.

Les recommandations de Plan Large

La rétrospective Jean-Luc Godard est à voir à la Cinémathèque française du 8 janvier au 1er mars. Alain Bergala et Bernard Benoliel discuteront le jeudi 9 janvier, à 19h30 à l'issue de la projection de Pierrot le fou. Le cycle se clôturera le dimanche 1er mars avec un dialogue entre Jean-Luc Godard, Nicolas Brenez et Frédéric Bonnaud à 14h30 à la Cinémathèque française. 

La rétrospective Anne-Marie Miéville est à voir début février à la Cinémathèque française à Paris. 

Actualité des revues : le numéro 5 de Revus & corrigés, en partie consacrée à Godard, est disponible en kiosque tout comme le numéro 89 de la revue d'histoire du cinéma 1895

Extraits de films 

  • Sauve qui peut (la vie), de Jean-Luc Godard (1979)
  • Passion, de Jean-Luc Godard (1982)
  • Prénom Carmen, de Jean-Luc Godard (1983)
  • Je vous salue Marie, de Jean-Luc Godard (1983)
  • Détective, de Jean-Luc Godard (1984)
  • Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma, de Jean-Luc Godard (1986)
  • King Lear, de Jean-Luc Godard (1987)
  • Soigne ta droite, de Jean-Luc Godard (1987)
  • The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson (2014)
  • Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch (2013)
Intervenants
  • Critique de cinéma, essayiste, scénariste et réalisateur français
  • Rédacteur en chef du magazine "So Film"
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
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Chronique

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