LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Marilyn Monroe et Montgomery Clift dans Les Désaxés (The Misfits), de John Huston (1961)

H comme John Huston, l'aventure avant tout

59 min
À retrouver dans l'émission

Du Faucon Maltais en 1941, aux Gens de Dublin en 1987, John Huston a tourné sans discontinuer, nombre de films qui ont fait la légende, voire le mythe du cinéma américain. Plan large sur un créateur de formes avec le dessinateur Luz, l'historien du cinéma Christophe Leclerc, et Fernando Ganzo.

Marilyn Monroe et Montgomery Clift dans Les Désaxés (The Misfits), de John Huston (1961)
Marilyn Monroe et Montgomery Clift dans Les Désaxés (The Misfits), de John Huston (1961) Crédits : Ciné Sorbonne / Park Circus / MGM Studios

John Huston est un cinéaste de l’échec peut-être mais ce n’est pas ce qui lui importe le plus. Ce qui compte pour Huston, ce n’est pas la finalité, ce n’est pas le but, c’est le voyage. C’est l’aventurier au long court, c’est le fait de se chercher, de se dépasser, de se transcender. John Huston est le cinéaste de la condition humaine. (...) Huston est un existentialiste, John Huston filme à hauteur d'hommes et de femmes. Christophe Leclerc

Pour Orson Welles, c’était « le meilleur, le seul à faire une “œuvre”, c’est-à-dire à poursuivre de films en films une pensée personnelle. » Pour Jean-Pierre Melville, il avait « forgé une œuvre exemplaire, une œuvre qui sert d’exemple ». Dans leurs débuts de carrière, Scorsese, Rafelson, Altman et Coppola lui ont fait allégeance. Du Faucon Maltais, en 1941, aux Gens de Dublin, en 1987, John Huston a fait preuve d’une longévité exceptionnelle, et tourné sans discontinuer bon nombre des films qui ont fait la légende, voire le mythe, du cinéma américain : Le Trésor de la Sierra Madre, Key Largo et African Queen, avec son complice Humphrey Bogart, Quand la ville dort, Moby Dick, Les Désaxés, Freud, passion secrètes, La Nuit de l’iguane, Reflets dans un œil d’or, Fat City, L’Homme qui voulut être roi, et j’en passe. Des films plus méconnus ou incompris aussi, comme Promenade avec l’amour et la mort ou Le Malin

Que ce soit le polar, ou que ce soit le western, "Le Faucon Maltais", de John Huston c’est l’Amérique. C’est presque un exotisme à conquérir, qui devient finalement une extraction de nous-même puisqu’on est possédés par Sam Spade interprété par Humphrey Bogart. Il incarne une composition parfaite entre la personne, l’acteur et le personnage. Luz

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Et puis pas mal de films oubliables, aussi, il faut le dire. A cause de cette prolixité, 40 longs métrages, cette irrégularité, qui lui a longtemps collé une étiquette tenace de dilettante, pour avoir beaucoup adapté d’œuvres littéraires aussi, John Huston a fait l’objet de violentes controverses critiques, notamment entre Positif, qui l’encensait, et les Cahiers du cinéma, qui lui déniait la qualité d’auteur. Or cette œuvre éclectique, collection de fieffés buveurs et de losers magnifiques, d’aventuriers errants, d’âmes égarées et de gueules cassées, lui ressemble indéniablement, à ce colosse bourlingueur et libertaire, frondeur et fort en gueule, mais aussi fragile et cabossé qu’était Huston. 

Chez Huston, on trouve cette réflexion sur la masculinité, les hommes sont souvent en crise. Paradoxalement, il a passé son temps à affirmer qu’il était viril. "Je veux paraître bravache, je veux être un Hemingway" et en réalité, on peut penser que Huston est tout autre chose. Il est hanté par la lâcheté, c’est ce qu'affirme d’ailleurs Guy Hamilton qui a dit que John Huston était terrifié à l’idée d’être pris pour un lâche. Cela renvoie à une définition d’Hemingway, Jérôme Charyn disait à propos de l’écrivain : "La vérité de son odyssée est que toute sa vie, il a lutté contre sa lâcheté". On touche à la vérité de l’homme très probablement. Christophe Leclerc

Pour parler dans Plan Large de cette œuvre volontiers blasphématoire et foncièrement existentialiste, un historien du cinéma, Christophe Leclerc, auteur du Cinéma de John Huston, entre l’épique et l’intime (éditions Publibook) et un dessinateur, Luz, qui a tiré de sa fréquentation forcenée des Misfits, vu une vingtaine de fois, la matière d’une bande dessinée habitée sur les coulisses de son tournage, un cri furieux contre l’industrie du spectacle en général et Hollywood en particulier : Hollywood menteur, qui vient de paraître aux éditions Futuropolis. 

Avant même de vouloir rendre un gros plan à Marilyn Monroe, j’ai voulu être derrière elle, pour savoir ce qu’elle voyait. La première chose que j’ai dessiné, c’est elle de dos, devant cette équipe. En y réfléchissant, je me suis dit, elle sort de la méthode Lee Strasberg. Donc forcément pour tenir ce rôle, et faire cette scène en particulier, la seule scène de colère de toute sa vie d’actrice, elle a dû s’investir de son passif. Quelque part, il est possible que cette scène soit la plus vraie qu’elle ait eu à faire, la seule qui n'était pas un rôle de composition. Tout à coup, tout devait sortir, toute sa colère de femme maltraitée par Hollywood et les hommes. Luz

Planche extraite de la bande dessinée Hollywood menteur, de Luz (2019)
Planche extraite de la bande dessinée Hollywood menteur, de Luz (2019) Crédits : Editions Futuropolis

En fin d'émission, la chronique de Fernando Ganzo, rédacteur en chef de So Film, sur la cinéaste Patricia Mazuy. Coup de maître de Patricia Mazuy en 2000 avec Saint-Cyr et son Isabelle Huppert en Madame de Maintenon, maquignonne de jeunes filles. Des coups de maître, il y en a eu beaucoup dans sa carrière, à Patricia Mazuy, depuis Peaux de vaches, qui l’a révélée il y a 30 ans, en 1989, en passant par Travolta et moi, pour la collection Tous les garçons et les filles de leur âge produite pour Arte par le très regretté Pierre Chevalier, et puis encore Basse Normandie et Sport de filles. Et pourtant, son dernier film, l’excellent thriller Paul Sanchez est revenu !, est sorti dans une certaine discrétion et indifférence au milieu de l’été dernier. Heureusement, Sofilm, dans son dernier numéro, s’intéresse à cette amoureuse du western fascinée par l’érotisme des moissonneuses-batteuses en lui consacrant une interview. On y apprend que son premier film, Peaux de vaches, est un remake masqué du Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood, qu’elle a grandi à Dijon en regardant des films avec Charles Bronson et des westerns de Sam Peckinpah, qu’elle a voulu réaliser la suite du Privé de Robert Altman avec Elliott Gould, et que ce qu’elle aime par dessus tout, ce sont les vaches. 

Les recommandations de Plan Large 

Exposition Hollywood Menteur (planches originales) à la Huberty & Breyne Gallery du 5 avril au 4 mai à Paris

Publications relatives à John Huston : Hollywood Menteur, de Luz (Futuropolis) ; Le cinéma de John Huston, entre l'épique et l'intime de Christophe Leclerc (Publibook) ; John Huston par Lillian Ross : textes issus de The New Yorker, 1949-1986 et François Truffaut, Lilian Ross, Textes issus de The New Yorker (1960-1976), édité par Carlotta le 24 avril. L'ouvrage La sagesse du septième art, de Jean-Philippe Costes, paru aux éditions Liber en février 2019, avec un chapitre entièrement consacré à John Huston. 

The Intruder, de Roger Corman est édité en DVD et Blu-Ray par Carlotta, le 10 avril. 

Rétrospective Anthony Mann est à voir à la Cinémathèque de Toulouse du 7 avril au 31 mai. 

Extraits de films 

  • Le Faucon Maltais, de John Huston (1941)
  • Quand la ville dort (The Asphalt Jungle), de John Huston (1950)
  • Les désaxés (The Misfits), de John Huston (1961)
  • La Nuit de l'Iguane, de John Huston (1964)
  • L'Homme qui voulut être Roi, de John Huston (1975)
  • Les Gens de Dublin (The Dead), de John Huston (1987)
  • Casino Royale, de John Huston (1967)
  • Saint-Cyr, de Patricia Mazuy (2000)
  • Mickaël Jackson, Shake Your Body, dans le film Travolta et moi, de Patricia Mazuy (1993)
Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
Chronique
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......