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Katharine Hepburn, dans Sylvia Scarlett, de George Cukor (1936)

H comme Katharine Hepburn, l'excentrique mainstream

59 min
À retrouver dans l'émission

Près de 60 ans de carrière, oscarisée par quatre fois (et encore jamais égalée jusque là), Katharine Hepburn est une actrice iconique, anticonformiste, au jeu polyphonique et au rythme sans précédent. Plan large sur une comédienne en avance sur son temps avec Marguerite Chabrol et Charlotte Garson.

Katharine Hepburn, dans Sylvia Scarlett, de George Cukor (1936)
Katharine Hepburn, dans Sylvia Scarlett, de George Cukor (1936) Crédits : RKO Radio Pictures Inc.

Katharine Hepburn, la « plus grande actrice de légende du cinéma américain » selon l’American Film Institute, est, vue d’aujourd’hui, l’incarnation des plus modernes d’une femme libre, fière, spirituelle, énergique, entière, insoumise, une icône de l’indépendance féminine. Mais cette image, telle qu’elle s’est cristallisée aujourd’hui, a connu bien des étapes. 

Depuis l’année 1947 et le début de l’inquisition à Hollywood, elle a pris beaucoup de positions, pas forcément sur les sujets attendus comme le féminisme. Elle été étiquetée socialiste à ses débuts, alors que c’est sa mère qui était une militante féministe. Au départ, les positions qu’elle prend sont soit sur un terrain social, soit sur le terrain de la culture. Elle a beaucoup défendu l’idée que le cinéma faisait partie du domaine de la culture, ce qui avant 1952 n’est pas du tout une évidence à Hollywood. Elle a toujours défendu des choses qui relèveraient aujourd'hui de la politique culturelle. Marguerite Chabrol

De la « nouvelle Garbo », anticonformiste et « fille étrange », « queer » comme on disait alors, de ses débuts, « personnalité dérangeante » et surnommée « Katharine of arrogance », au porte-étendard des valeurs américaines, « grande dame de l’écran » et trésor national qu’elle fut à la fin de sa vie, Katharine Hepburn, aura joué, tout au long d'une carrière à la longévité exceptionnelle, aussi bien des idéalistes que des garçons manqués, des intellectuelles féministes et des sportives, des vieilles filles et des excentriques de tous âges, des héroïnes de drames et de mélodrames, et incarné par excellence, parce que dans l’esprit de ses spectateurs il lui ressemblait le plus, le type même de l’héritière capricieuse de Nouvelle-Angleterre. 

Le jeu des contradictions

Dans les années 1930-1940, il y a une grosse contradiction entre le récit, et tout ce qu’elle fait autour. Ce qui l’intéresse c’est deux choses contradictoires : d’abord elle cherche sa liberté artistique dans le jeu et l’idée de performance, c’est ce qui fait le propre de son identité en tant que star mais elle a compris qu’il fallait utiliser les conventions hollywoodiennes, elle n’a jamais cherché à être en dehors du système. Elle développe une obsession à la fin des années 1930 pour la comédie romantique, il faut trouver une solution pour avoir des récits de types hollywoodiens. Donc elle se fait un peu violence, ce n’est pas le cœur de son aspiration artistique, mais elle comprend que c’est clairement un registre qui lui convient. Chaque film romantique est un catalogue de son jeu. Marguerite Chabrol

Au sein de tous ces rôles, toutes les nuances de jeu étaient possible, incarnés en une série de contradictions : star glamour, mais au corps étrange et agité, au visage aussi bien loué pour son ossature architecturale que décrié pour son caractère chevalin ; hiératique mais sportive ; affranchie mais puritaine etc., qui reposaient toutes sur un sens particulier du tempo. Un jeu que celui de Katharine Hepburn, capable d’envoyer sur un rythme soutenu une multitude de signaux, méticuleusement écrit, à partir d’un répertoire de gestes forgés au théâtre, et qu’analyse brillamment notre invitée : Marguerite Chabrol, autrice d’un livre précis et passionnant, Katharine Hepburn, paradoxes de la comédienne aux Presses Universitaires de Rennes, avec à ses côtés Charlotte Garson.

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En fin d'émission, le bilan de la 70ème Berlinale avec Michel Ciment. Une édition marquée par l’arrivée d’un nouveau directeur artistique, venu du festival de Locarno : l’Italien Carlo Chatrian, co-directeur avec la Néerlandaise Mariette Rissenbeek, après 18 ans de règne sans partage de Dieter Kosslick. La tonalité toujours très politique du festival, qu’il avait insufflé tout en l’ouvrant largement au public et aux stars américaines, n’est pas en reste : avec 6 réalisatrices sur les 18 films en compétition pour l’Ours d’Or, un cinéaste, l’ukrainien Oleg Sentsov, qui a dirigé son film du goulag, un autre, l’iranien Mohammad Rasoulof, interdit de sortie du territoire, ou encore près d’une vingtaine de films brésiliens sélectionnés, alors que Bolsonaro sabre à tour de bras les subventions dans le secteur, le tout pour un festival qui s’est ouvert le lendemain de la double fusillade de Hanau, et qui doit faire face au passé nazi d’Alfred Bauer, ancien directeur du Festival entre 1951 et 1976, qui a donné son nom à un de ses prix les plus prestigieux, débaptisé en conséquence. Mais ce qui compte avant tout, dans un festival de ce niveau, ce sont bien sûr les films. 

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Festivals et rétrospectives : le Festival international du film restauré Toute la Mémoire du Monde se tient à la Cinémathèque française à Paris du 4 au 8 mars,  sous la présidence d’Isabella Rossellini, avec notamment un hommage à Mary Pickford. Du 4 au 12 mars se tient le FestivalEcrans Mixtes à Lyon, où on pourra entre autres voir, en sa présence exceptionnelle, les films de John Waters, ex-roi de l’underground américain. Et du 3 au 8 mars, à Rouen, c’est le Festival A l’Est, avec un hommage à Milos Forman, tandis qu’à Nantes, c’est Jerzy Skolimowski qui est à l’honneur du Cinématographe, jusqu’au 16 mars

Ressorties en salles du mercredi 25 février : Nuits blanches de Luchino Visconti, et Dracula de Francis Ford Coppola.

Les extraits de films

  • Sylvia Scarlett, de George Cukor (1935)
  • L'Impossible Monsieur Bébé, d'Howard Hawks (1938)
  • La Femme de l'année, de George Stevens (1942)
  • African Queen, de John Huston (1951)
  • Soudain, l'été dernier, de Joseph L. Mankiewicz (1959)
  • La Maison du Lac, de Mark Rydell (1981)
  • Montage de films en compétition à la 70ème Berlinale : Numbers d'Oleg Sentsov ; Pinocchio de Matteo Garrone ; First Cow de Kelly Reichardt ; Charlatan d'Agnieszka Holland ; Effacer l’historique de Benoît Delépine et Gustave Kervern ; Siberia Abel Ferrara ; Le sel des larmes de Philippe Garrel ; Domangchin yeoja de Hong Sangsoo et Onward (En avant) de Dan Scanton.

Bibliographie

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