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Eric Judor dans le film Wrong, de Quentin Dupieux (2012)

N comme Nonsense, la logique jusqu'à l'absurde

1h
À retrouver dans l'émission

Plan Large sur le cinéma nonsensique, au cœur de l’incohérence, de l’absurde et de la folie, de l’autre côté du miroir et de l’écran, dans le monde inversé, de Lewis Carroll à Quentin Dupieux, en passant par les Monty Python avec Antoine Angé.

Eric Judor dans le film Wrong, de Quentin Dupieux (2012)
Eric Judor dans le film Wrong, de Quentin Dupieux (2012) Crédits : UFO Distribution

Le nonsense respecte la syntaxe et les règles de grammaires, mais en inversant le sens et la logique. Le cinéma est l’outil propre du nonsense qui va récupérer à la fois de la littérature, à la fois des images incohérentes et il va transformer tout ça, avec un facteur temps différent. Les réalisateurs utilisent des moyens proprement cinématographiques et petit à petit dérivé vers quelque chose de loufoque et d’absurde. Antoine Angé

Si le nonsense, ce périlleux équilibrisme entre terre à terre et merveilleux, a fait les beaux jours de la littérature, depuis Edward Lear et Lewis Carroll, (on pourrait même remonter à Rabelais, Shakespeare, Edgar Poe et Victor Hugo), avec ses jeux de langage propulsant le lecteur dans un monde absurde et paradoxal dont le sens lui échappe, il a trouvé son équivalent dans le cinéma dès ses origines, provoquant chez le spectateur un sentiment d’étrangeté et de mystère dont il ne s’est jamais vraiment remis. 

On retrouve chez les pères fondateurs du nonsense que sont Edward Lear et Lewis Carroll, le jeu sur les mots et le langage, suivi de l’illustration. Les personnages sont créés à partir de ces mots. La principale qualité du nonsense c’est de dire « Non, moi j’ai raison, mais dans mon sens » et pas forcément dans le sens de la raison commune. Antoine Angé

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Car « s’il existe un instrument plus propre que tout autre à enregistrer et souligner le décalage immense qui existe entre l’homme et sa propre image, c’est bien le cinéma », écrivait en 1957, dans son Anthologie du Nonsense, le surréaliste, grand critique et historien du cinéma qu’était Robert Benayoun. Celui-ci a étudié le cinéma nonsensique avec un livre qui a fait date, Les Dingues du nonsense, de Lewis Carroll à Woody Allen, qui trouvait chez les grands burlesques américains : Laurel et Hardy, W.C. Fields et les Marx Brothers, mais aussi chez Tex Avery, Jerry Lewis ou les Monty Python, et donc Woody Allen, cette façon, par le gag, « cet atome nonsensique dont la fission provoque l’éclat de rire en champignon », d’explorer les failles et les limites de la raison commune. Restait à étudier en détails les dispositifs propres au cinéma qui provoquent ce vertige de l’esprit, et à ouvrir une nouvelle voie, celle d’un nonsense à la française. C’est ce qu’a fait, des pionniers Emile Cohl, George Méliès et Jean Durand, jusqu’à Quentin Dupieux aujourd’hui, en passant par Luis Buñuel et Luc Moullet, notre invité aujourd’hui dans Plan Large : Antoine Angé, qui publie aux éditions Lobster un précieux essai, Nonsense et cinéma. Il hante également les couloirs de l’Assemblée nationale pour y raconter en dessins, sous le pseudonyme de Kokopello, le quotidien des députés, c’est dire s’il s’y connaît en absurde !

Le nonsense est pleinement ancré dans le réel. Paradoxalement, il engendre du merveilleux et est à la fois utilisé comme un pastiche du réel. Penser qu’il y a un merveilleux nonsensique, ce n’est pas simplement de l’absurde, c’est monde ordonné avec ses propres règles. Antoine Angé

En fin d’émission, le compte-rendu de la 69ème édition de la Berlinale par Michel Ciment. The Kindness of Strangers, de la Danoise Lone Scherfig, avec Tahar Rahim, a ouvert le 7 février la compétition du Festival International du Film de Berlin, dernière édition pour son inamovible directeur, Dieter Kosslick, qui laisse la place après 18 années de bons et loyaux services à Carlo Chatrian, son homologue du festival de Locarno. Peu de poids lourds du cinéma international en compétition cette année à Berlin, contrairement à ce qu’on voit à Cannes ou à Venise, mis à part Fatih Akin, François Ozon ou Zhang Yimou, aucun film américain, mais beaucoup de réalisatrices : 7 sur 16, soit 44%, ce qui a valeur de manifeste à l’ère de #MeToo, tant cette quasi parité n’avait jamais été atteinte par aucun des grands festivals internationaux. Alors que le palmarès est révélé dans la soirée du samedi 16 février, et que du classement établi par le magazine Screen à partir d’un panel de critiques internationaux, se dégage en tête le turc Emin Alper, suivi de près par la Macédonienne Teona Strugar Mitevska et le Chinois Wang Quan'an (« Wang Tchuen an »).

Zorica Nusheva dans le film Dieu existe, son nom est Petrunya de la cinéaste macédonienne Teona Strugar Mitevska, présenté en Compétition à la 69ème édition de la Berlinale
Zorica Nusheva dans le film Dieu existe, son nom est Petrunya de la cinéaste macédonienne Teona Strugar Mitevska, présenté en Compétition à la 69ème édition de la Berlinale Crédits : sistersandbrothermitevski

Les recommandations de Plan Large 

En plus d'éditer l'ouvrage Nonsense et cinéma d'Antoine Angé, Lobster Films vient de sortir en DVD un programme de films d’Ub Iwerks, le véritable créateur graphique de Mickey : Ub Iwerks, de Flip la grenouille à Willie Whopper

Le film Stan et Ollie, de Jon S. Baird, avec Steve Coogan et John C. Reilly dans les rôles titres, sort en salles le 6 mars et l'ouvrage Laurel et Hardy : la véritable histoire de Roland Lacourbe est à paraître aux éditions de l'Archipel le 27 février.

Le cycle Chaplin’s Comedies est à voir à la fondation Pathé à Paris du 23 février au 12 mars, en plus de la parution d'un beau livre, rassemblant des photographies de Chaplin en famille lors de son exil en Suisse, à la fin de sa vie : Chaplin Personnal 1952-1973, d’Yves Debraine, aux Editions Noir sur Blanc.

Publication de l'ouvrage Une vie de cinéma, de Michel Ciment, préfacé par Edouard Baer, édité chez Gallimard le 21 février. 

Ressorties en salles : Les Recrues, le premier film de Bernardo Bertollucci et en version restaurée, Tommy, l’opéra-rock des Who filmé par Ken Russell.

Avant première du film Funan, de Denis Bo, présenté au Majestic Bastille à Paris, dans le cadre des séances France Culture, le mardi 19 février à 20h, suivie d'une discussion avec le cinéaste Denis. 

Extraits de films 

  • Alice, de Jan Svankmajer (1988)
  • La Soupe au canard, de Leo McCarey (1933)
  • Señor Droopy, de Tex Avery (1949)
  • Le Fantôme de la liberté, de Lui Bunuel (1974)
  • La Comédie du travail, de Luc Moullet (1988)
  • Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, d'Alain Chabat (2002)
  • Wrong, de Quentin Dupieux (2012)
  • Extrait de la bande originale du film Le Sens de la vie, de Terry Jones et Terry Gilliam (1983)
  • The Kindness of Strangers, de Lone Scherfig (2019)
  • Chanson Voz Damassa, de Seu Jorge, dans le film Marighella, de Wagner Moura (2019)
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