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Sandrine Kiberlain, Bruno et Denis Podalydès dans "Les 2 Alfred", de Bruno Podalydès, en salles le 16 juin

Seize printemps, 2 Alfred et deux Truffaut, le compte est bon

58 min
À retrouver dans l'émission

Ils ont commun ce sens de l'observation, de la vie ordinaire et quotidienne, Bruno Podalydès et Suzanne Lindon signent respectivement "Les 2 Alfred", et "Seize Printemps", deux exercices de mise en scène, où la danse des corps côtoie le romantique et le burlesque.

Sandrine Kiberlain, Bruno et Denis Podalydès dans "Les 2 Alfred", de Bruno Podalydès, en salles le 16 juin
Sandrine Kiberlain, Bruno et Denis Podalydès dans "Les 2 Alfred", de Bruno Podalydès, en salles le 16 juin Crédits : Anne-Françoise Brillot - 2020

Une émission tout en extérieur jour, puisque Plan Large quitte les studios de la Maison de la radio (et son masque), pour aller rencontrer, dans la ville, deux cinéastes qui ont bien plus de points communs qu’on ne pourrait le penser, et pas seulement parce que la mère de l’une, Sandrine Kiberlain, joue dans le film de l’autre. Ce sont des préoccupations communes : une façon de beaucoup regarder les gens dans la rue et à la terrasse des cafés pour restituer, à l’écran, ce que révèlent les corps ; une façon aussi de s’entourer de fétiches et d’objets, qui induisent leur mise en scène ; une façon enfin, puisqu’on parle de mise en scène, de la faire de l’intérieur du plan, puisqu’ils sont chacun le protagoniste de leur film. 

La première est une jeune femme qui, à 19 ans, a réalisé le film écrit et rêvé par celle qu’elle était quand elle en avait 15 : Suzanne Lindon, fille, donc, des acteurs Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain, propose avec Seize printemps, l'histoire d’une adolescente qui tombe amoureuse d’un acteur de théâtre de deux fois son âge, un premier film aussi touchant qu’inventif, parfois maladroit mais fort de ses audaces. Inspirée à la fois par le travail de Pina Bausch et plus inconsciemment de figures comme la Charlotte Gainsbourg de L'Effrontée, ou encore A nos amours, de Maurice Pialat, Suzanne Lindon a souhaité, à l'instar de la chorégraphe allemande, "traduire les émotions par les mouvements". 

Depuis mes 15 ans, tout a évolué autour de moi sauf mon film et l'idée que j'en avais. J'ai profité d'être jeune, et de filmer la jeunesse en la vivant, je n'avais pas besoin de me justifier ou de prouver quoi que ce soit, en passant par des trucs caricaturaux. J'étais très libre d'être moi-même et ça m'a rassurée. J'ai tellement voulu garder l’innocence, que je n'ai même pas vu une once de scandale. Quand j'ai écrit le film, c'était avant la grande prise de conscience. Ça n'a pas déplacé mon regard sur le sujet car il ne traite pas de la différence d'âge, du consentement, c'est vraiment deux solitudes qui n'ont pas le même âge certes, mais qui se retrouvent à deux moments de leur vie, au même endroit. Une histoire d'amour, c'est une question de moment. C'est deux personnes qui sont d'accord pour se rencontrer à un moment et qui ont la place de se retrouver. Il n'y a rien de scandaleux car tout est pur, pudique, sans aucun rapport de pouvoir, ni aucune emprise. C'était aussi important pour moi de montrer aux jeunes femmes de mon âge un personnage décisionnaire.              
Suzanne Lindon

Suzanne Lindon dans son premier long-métrage "Seize Printemps", en salles le 16 juin 2021
Suzanne Lindon dans son premier long-métrage "Seize Printemps", en salles le 16 juin 2021 Crédits : Paname Distribution - 2021

Bruno Podalydès, lui, en est à son neuvième long métrage, et raconte avec Les 2 Alfred une merveilleuse et hilarante histoire d’entraide entre quinquagénaires mis à mal par la "start-up nation", sa novlangue et sa virtualisation des rapports humains, et y résistant comme ils le peuvent. Après Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoit Delépine, et Adieu les cons, d’Albert Dupontel, encore une comédie qui satirise le monde absurde dans lequel nous sommes tous forcés de vivre aujourd’hui, nous direz-vous. Sauf que l’auteur de Dieu seul me voit, Liberté-Oléron, et plus récemment Adieu Berthe, Comme un avion et Bécassine ! le fait avec la finesse, l’intelligence, l’humanité et la précision du tempo qu’on lui connaît, tout en reformant et raffinant pour notre plus grand plaisir le couple comique et tendre qu’il a développé de film en film avec son frère Denis : le naïf un peu perdu d’un côté, le malin limite filou de l’autre, auquel s’adjoint la cadre sup au bord de la crise de nerf qu’incarne Sandrine Kiberlain, membre à part entière de la troupe de Podalydès depuis Comme un avion.

L'enfance est le maître mot du film, avec ses deux faces : la résistance par le jeu et l'infantilisation de l'autre. En regardant Les 2 Alfred, on pense aux Temps Modernes de Chaplin ou au cinéma de Jacques Tati, un cinéma très visuel, où la gentillesse fait acte de résistance. 

"Les 2 Alfred" est un titre plutôt tendre, qui renvoie au doudou dans un monde difficile qui est celui des start-up. C'est toujours intéressant de prendre un acteur gentil pour un rôle de méchant. C'est tout le plaisir de jouer les méchants, de prendre conscience de sa méchanceté. Chaque acteur amène son rythme, sa démarche, son pas. Et c'est là où je suis souvent surpris, je les laisse libre, je suis trop friand de voir où il vont marquer une respiration, où il vont accélérer. Ce petit pas de côté par rapport à ce que j'imaginais amène toute la richesse, toute l'étrangeté de la scène. La plupart des grands comédiens sont des grands observateurs, ce sont des éponges des gens qu'ils côtoient. Je suis épaté à quel point la langue nous permet de dire en peu de mots. C'est du travail, c'est pour ça que j'improvise plus sur un plateau car je réalise que la brièveté est génératrice de comédie.              
Bruno Podalydès

Le journal du cinéma - sur vos écrans cette semaine 

Pour prolonger le plaisir des internationaux de Roland-Garros, 5ème Set, de Quentin Reynaud, l’histoire d’un ancien champion atteint par l’âge qui tente un ultime retour sur les terres battues de la Porte d’Auteuil, encore une démonstration de virtuosité de cet acteur toujours stupéfiant qu’est Alex Lutz. 

Des jeunes lycéens de Seine-Saint-Denis qui s’éveillent à la politique en débattant de l’opportunité du faramineux projet d’Europa City, en plein cœur du triangle de Gonesse, c’est Douce France, le documentaire de Geoffrey Couanon, un film réjouissant et qui pose d’excellentes questions. 

Un batteur de heavy metal qui devient sourd, et qui a valu à son designer sonore, le Français Nicolas Becker, de recevoir un Oscar à Hollywood pour sa création d’un son qu’on n’aurait jamais entendu, c’est Sound of Metal, de Darius Marder, avec l’excellent Riz Ahmed. 

Une vénéneuse écrivaine libertine, Sharon Stone, qui trouble un inspecteur au passé trouble, Michael Douglas, et un pic à glace qui est resté dans l’Histoire du cinéma, c’est le toujours aussi sulfureux Basic Instinct de Paul Verhoeven, qui fête ses bientôt 30 ans en ressortant en salles, et en DVD/Blu-ray.

Et enfin, une vieille dame, la magnifique Malika, qui tient gargote au milieu du Sahara, à l'adresse du 143, rue du désert, c’est le superbe documentaire, en forme de road movie immobile, de Hassen Ferhani, l’auteur de Dans ma tête un rond-point. Le film s’est vu décerner, par le jury du Prix France Culture Cinéma des étudiants, le Coup de cœur des jeunes ACID-France Culture, et c’est bien mérité. 

Rencontre avec la cinéaste Eléonore Weber

En salles cette semaine, cet essai documentaire tout à fait fascinant, Il n'y aura plus de nuit, d’Eléonore Weber, un montage d’images, trouvées sur Internet, de ce que filment les hélicoptères de combat américains et français sur les terrains d’affrontement d’aujourd’hui, en Irak, Afghanistan et au Sahel, via des caméras couplées à ces armes dites de "frappe chirurgicale", qui par la technologie infrarouge abolissent effectivement la nuit en produisant des images d’une étrange beauté, des images "opératoires", comme les décrivait le cinéaste Harun Farocki, qui avait déjà travaillé sur elles, et dont la finalité est de surveiller, et le cas échéant de donner la mort. Des images dont, pour comprendre ce qu’on y voit, l’analyse critique est indispensable, ce que fait avec talent la voix-off dite par l’actrice Nathalie Richard, et qui placent le spectateur dans une position d’inconfort permanent, entre malaise et désir de voir la mort se produire sous nos yeux.

Image extraite du film "Il n'y aura plus de nuit", de Eléonore Weber en salles le 16 juin 2021
Image extraite du film "Il n'y aura plus de nuit", de Eléonore Weber en salles le 16 juin 2021 Crédits : UFO DISTRIBUTION - 2021

La chronique de Charlotte Garson

En fin d'émission, Charlotte Garson nous parle de la sortie de deux grands films de François Truffaut, que sont La Peau Douce, et Le Dernier Métro, tous deux édités en édition prestige et coffret collector DVD aux éditions Carlotta. Le premier a été longtemps mal-aimé, à cause sans doute de son insuccès public et critique à sa sortie en 1964. Le second est celui de sa consécration, 10 Césars en 1981, dont ceux du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleure actrice, et son plus grand succès en salle. Quels point communs entre ces films ? Un compositeur, George Delerue, des seconds rôles, Sabine Haudepin et Jean-Louis Richard, et bien sûr des sœurs, Françoise Dorléac dans le premier, Catherine Deneuve dans le second.

Françoise Dorléac dans "La Peau Douce", de François Truffaut en 1964, disponible en coffret prestige DVD et Blu-Ray aux éditions Carlotta
Françoise Dorléac dans "La Peau Douce", de François Truffaut en 1964, disponible en coffret prestige DVD et Blu-Ray aux éditions Carlotta Crédits : LES FILMS DU CARROSSE / SEDIF / SIMAR FILMS

Extraits et musiques de films

Bibliographie

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