LE DIRECT
Charlton Heston et Jennifer Jones dans La Furie du Désir (Ruby Gentry) de King Vidor en 1952

V comme King Vidor, un auteur américain à Hollywood

59 min
À retrouver dans l'émission

Du polar au mélodrame, du film social au western, en passant par la grande fresque en costume, l’œuvre de King Vidor a pensé comme personne l'articulation entre l'intime et le politique. Plan large sur un poète épique et visionnaire, parangon du classicisme hollywoodien et grand inventeur de formes.

Charlton Heston et Jennifer Jones dans La Furie du Désir (Ruby Gentry) de King Vidor en 1952
Charlton Heston et Jennifer Jones dans La Furie du Désir (Ruby Gentry) de King Vidor en 1952 Crédits : Deutsche Kinemathek

C’est une carrière extrêmement longue que celle de King Vidor, de ses premiers essais cinématographiques, en 1913, avec la scène inaugurale d’un défilé militaire, jusqu’en 1980, et ce documentaire tourné seul en 16 mm, La Métaphore. Au milieu, 56 longs métrages, dont la moitié de muets, qui recouvrent presque tous les genres, et rend à première vue inclassable ce cinéaste prolifique. 

Pour comprendre King Vidor, il faut savoir qu’il avait une confession particulière, il appartenait à la Christian Science, qui prônait la prééminence de l’esprit, où la matière était secondaire. Tout était esprit. Cela pourrait donner, à priori, un cinéma complètement désincarné et abstrait. Et au contraire, cette idée qu’absolument toute chose matérielle exprime le divin fait que chez Vidor il va y avoir un poids de concret et de matérialité incroyable. Chez Vidor, on ne parle pas du métier, mais du travail, le travail de la matière. C’est une des obsessions qu’il arrive à faire passer dans des films qui sont à chaque fois des paris, qui le rapproche d’un de ses amis intimes Chaplin. Vidor a eu cinq grands paris dans sa filmographie, dont "La Grande Parade", "La Foule" et "Hallelujah" … Il arrivait à faire passer ses obsessions très intimes, dans des films qui à l’époque étaient des événements culturels majeurs, comparable à la sortie de grands romans, au-delà du seul cinéma considérable. Jean-François Buiré

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Un créateur de formes

Dans tous ses films, de l’optimisme des débuts à la noirceur de la fin, ce grand poète épique et lyrique de la démesure a développé des thématiques, dont les deux principales sont l’articulation entre l’individualisme et le collectif, l’intime et le politique, mais aussi la fureur pulsionnelle qui anime ses personnages, en particulier des femmes libres qui expriment sans retenue leur désir et leur volonté de puissance. 

Pour nous plonger dans le cinéma selon King Vidor, et alors que le 70ème Festival de Berlin lui rend hommage avec une vaste rétrospective : Jean-François Buiré, qui enseigne notamment le cinéma à l’ENS de Lyon et a consacré de nombreux textes au cinéaste, et Françoise Zamour, maîtresse de conférences en études cinématographiques à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, et co-autrice avec Jean-Loup Bourget d’un dense opuscule consacré à King Vidor, aux éditions Vrin. 

King Vidor est un inventeur de forme. C’est aussi quelqu’un qui s’intéresse profondément à toutes les innovations techniques. Jean Douchet le compare à Abel Gance, c’est une juste comparaison dans la mesure où c’est quelqu’un qui pense en image. Il le dit, s’il est un auteur, c’est avec sa caméra. (...) Il y a chez Vidor une vraie tentation de l’autoportrait notamment dans toute la période d’après-guerre, la question de l’artiste, la relation à l’action en générale, les questions métaphysiques, le questionnement sur la morale, le rapport à l’autre, ce sont les questions qui travaillent son film "Guerre et Paix" en 1956. Dans ce film, il y a une très forte projection de Vidor sur les personnages masculins, comme artiste, comme cinéaste, comme celui qui hésite à faire, parfois est empêché et particulièrement sur la question : est-on artiste quand on tourne, ou est-ce qu’on est tout le temps artiste ? Cela préfigure la fin de la carrière de Vidor, où il va tourner tout seul, des films presque abstraits, tout en restant un auteur américain. Françoise Zamour

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

En fin d'émission, la chronique de Mathieu Macheret sur Satantango, la fresque du cinéaste hongrois Béla Tarr. Satantango est une œuvre monstre du cinéma moderne et un film-monde. Deux ans de tournage, deux ans de montage pour 7h20 de film, auscultant des hommes et des femmes abîmés, dans des paysages désolés par une météo apocalyptique. Le Tango de Satan, Satantango est une splendeur noire, "une oeuvre charnière" dans le travail de Béla Tarr, un de ces "films dont on ne revient jamais" selon Mathieu Macheret, un film qui "sous son apparente austérité, regorge d’un romanesque dont le détail se révèle à mesure que se dissipe la brume du temps. Et derrière ses allures ténébreuses, son objet le plus précieux n’est autre que cette étincelle de vie souffrante que la caméra surprend dans cet abîme de la nature humaine où notre regard est souvent invité à plonger". Plus de 25 ans après, l’opus magnus de Béla Tarr trouve enfin, depuis le 12 février, son chemin dans les salles françaises, dans une splendide restauration numérique.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Les actualités cinéma

Rétrospectives : Georg Wilhem Pabst à l’Institut Lumière de Lyon, du 11 février au 3 avril ; à la Cinémathèque de Toulouse, on peut y voir un cycle Andreï Konchalovsky et une rétrospective Jean-Daniel Pollet jusqu'au 18 mars. Quant à Paris, il y a une rétrospective Léonide Monguy à la Cinémathèque française jusqu'au 1er mars, et au Forum des Images, une carte blanche posthume à Eric Rohmer, jusqu'au 1er mars, à l'occasion du centenaire de sa naissance, et de la parution du livre Le Sel du présent, aux éditions Capricci, sous la supervision de Noël Herpe. 

Sorties DVD : La Ronde et Lola Montès, de Max Ophüls en Blu-Ray et DVD aux éditions Carlotta. Le temps du châtiment, de John Frankenheimer en DVD et Blu-Ray chez Rimini éditions. Vsevolod Poudovkine en coffret 3 DVD chez Lobster Films.

Les extraits de film

  • Hallelujah, de King Vidor (1929)
  • Notre pain quotidien (Our Daily Bread), de King Vidor (1934)
  • Le grand passage (Northwest Passage), de King Vidor (1940)
  • La Furie du désir (Ruby Gentry), de King Vidor (1952)
  • Guerre et paix (War and Peace), de King Vidor (1956)
  • Gotta get me somebody to love, par Martha Tilton dans la bande originale de Duel au soleil, de King Vidor (1948)
  • Deux extraits de Satantango (Le Tango de Satan), de Béla Tarr (1994)
Intervenants
  • Maîtresse de conférence en études cinématographiques à l'Ecole Normale Supérieure de Paris
  • Critique et enseignant en cinéma à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
Chronique

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......