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France 2012 : géographie d'un vote

29 min
À retrouver dans l'émission

> Découvrez les résultats sous un autre jour : "Victoire de François Hollande : la carte que vous n'avez pas vue". "Carte inédite du vote blanc au second tour : la troisième France". "Election 2012 dans la presse : les biais des cartes du vote". Et dans : notre dossier spécial Présidentielle 2012 ; notre série géographique d'inventaire pour élection La France est morte, vive la France ! Avec l'article sur "insécurité culturelle" et "insécurité identitaire". C’est de la France comme espace politique dont il est question. Il ne s’agit pas, une fois de plus depuis trois jours, de plaquer sur une carte des départements ou des conseils régionaux des résultats électoraux. Schématiquement : d'une part, en 2012, dans la France d’aujourd’hui, on vote comme on habite et non plus comme on travaille le vote est bien plus corrélé au lieu d’habitat qu’à une catégorie socio-professionnelle. D'autre part, les grandes régions électoralement homogène s'effacent. Terminé, la France de l’Ouest qui vote à droite, celles du nord et du sud ouest qui votent à gauche, le midi rouge, la Vendée blanche et la Bretagne rose. Même si un héritage ou une trace de cette géographie électorale demeure, avec ses localités ou ses cantons buttes-témoins, place, partout sur un territoire français métropolisé, au gradient d’urbanité.

La localisation de l'abstention - dont le score relativement faible est la seule surprise de ce premier tour - est riche d'enseignements. Le vote Front national est lui une vraie-fausse surprise que toutes les rédactions feignent à renfort de gros titres outragés ou compassionnels de découvrir à chaque élection présidentielle depuis celle 1988 – cachez ce sein que je ne saurais voir. Devenu un vote dé-régionalisé, il se trouve que le vote FN régresse dans les villes centres des agglomérations, partout en France. Le vote FN est sur représenté dans les territoires péri-urbains, dont l'entrée sur la scène discursive des commentateurs politiques est fracassante. Mais le péri-urbain abrite 15% des français tout au plus. Et ceux qui l'habitent et votent Marine Le Pen peuvent être riches; ou à l'aise ; ou modestes ; ou pauvres. Agriculteurs, ouvriers, techniciens ou cadres. Ou chômeurs.

Il est possible de s'intéresser à cette dynamique électorale sans subitement recourir à au registre et au vocabulaire médical - pourquoi faudrait il naturaliser, psychologiser, essentialiser, et considérer comme une pathologie (nous allons diagnostiquer votre souffrance, vous soigner, vous n'aurez plus mal, faites confiance ), le vote de certains, pour ne réserver qu'à d'autres (82,1 %) la rigueur et les bénéfices de l'analyse politique et géographique? Mot d'esprit, lapsus : de quoi la saturation, depuis dimanche soir, de l'espace public par ce mot souffrance (veulent-ils dire, ceux qui l'emploient, "sous France " ?) est il le nom? Sous les pavés, la plage ; et sous la France, quoi ? SK

Le Front national : toile de fond du duel Hollande-Sarkozy
Le Front national : toile de fond du duel Hollande-Sarkozy Crédits : Radio France
Légende
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Cartogramme du vote Le Pen, 22 avril 2012
Cartogramme du vote Le Pen, 22 avril 2012 Crédits : Laboratoire Chôros, J. Lévy - EPFL

"Le Front national se renforce en France mais s'affaiblit dans les villes. Cette carte spectaculaire montre que la signification politique des gradients, autrement dit des degrés d'urbanité, est maximale lorsqu'il s'agit de l'extrême droite. Depuis 2002, le rejet de Jean-Marie puis de Marine Le Pen par les habitants des grandes agglomérations s'est confirmé".(...) "L'espace du lepénisme, tout en se renforçant en masse, tend à perdre une part de sa consistance territoriale. Il est fait de filaments nombreux mais interstitiels, qui tissent une trame en négatif de celle des grands réseaux de communication. C'est l'espace du retrait, imposé ou volontaire, vis-à-vis de l'espace public. Inversement, l'urbanité, ce mélange de densité et de diversité, se comporte, vis-à-vis du Front national, comme un bouclier renforcé. Cette élection montre donc une radicalisation de l'espace de l'extrême droite : l'adhésion ou le refus dessinent des espaces de plus en plus étanches les uns aux autres".

Jacques Lévy, © Le Monde daté du 24 avril 2012.

Cartogramme de l'évolution de l'abstention, 1ers tours  2012 et 2007
Cartogramme de l'évolution de l'abstention, 1ers tours 2012 et 2007 Crédits : Laboratoire Chôros, J. Lévy - EPFL

"Dans l'ensemble, on sait que l'abstention est plus forte dans les villes que dans les campagnes et plus marquée dans les couches populaires que dans les catégories à capital social élevé. Or, en 2012, la croissance de l'abstention est plus forte dans les grandes agglomérations : pas seulement dans les banlieues, mais aussi dans les quartiers à haut niveau culturel ou économique, comme dans les centres-villes. Que ces quartiers votent habituellement à gauche ou à droite, la croissance de l'abstention y a été très nette le 22 avril. Le grand écart entre les discours populistes ambiants et les strates de l'électorat en principe le mieux vacciné contre eux commence donc à provoquer une vraie déchirure".

J. L.

© Le Monde daté du 24 avril 2012

Les villes résistent à Marine Le Pen
Les villes résistent à Marine Le Pen Crédits : Jacques Lévy, laboratoire Chôros, EPFL
Intervenants
  • Géographe, directeur de la chaire “intelligence spatiale” de l’université Polytechnique Hauts-de-France
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