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"Nos traces, le long des terres déteintes, Avaient l'ardeur des gorges d'oiseaux." Extrait du poème "Terres des songes", d'Andrée Chedid

"Terre intérieure" et "Terre des songes", deux poèmes d'Andrée Chedid

2 min
À retrouver dans l'émission

Andrée Chedid aimait à définir sa poésie comme "un lyrisme aux bords d’une crête qui pencherait vers le sensible plutôt que vers l’intellect". Deuxième femme à obtenir le prix Goncourt de la poésie, Andrée Chedid a construit une oeuvre humaniste et féministe.

"Nos traces, le long des terres déteintes, Avaient l'ardeur des gorges d'oiseaux." Extrait du poème "Terres des songes", d'Andrée Chedid
"Nos traces, le long des terres déteintes, Avaient l'ardeur des gorges d'oiseaux." Extrait du poème "Terres des songes", d'Andrée Chedid Crédits : Maurizio Fecchio - Getty

Poèmes : "Terre intérieure" et "Terre des songes", d'Andrée Chedid, extraits de Double-Pays (1965))

Lectures : Clément Hervieu-Léger et Félicien Juttner de la Comédie-Française

Extrait de "Terres des songes" :

J'ai ravi l'enfant-roi qui croyait au voyage

Par dessus les toits blêmes, j'ai jeté mon oubli.
Nous nous sommes absentés
Laissant l'ombre déchirée du grand chêne sur les
       marches
Le cri blanc des terreurs,
L'angle qui rive nos murailles.
Sur mon épaule droite, j'ai pris l'enfant-roi.
Nos traces, le long des terres déteintes,
Avaient l'ardeur des gorges d'oiseaux. 

Née au Caire en 1920, Andrée Chedid poursuit ses études dans des écoles françaises puis à l’Université américaine du Caire, au croisement d’une époque et d’un lieu où l’on grandissait fréquemment dans plusieurs langues. Elle adopte le français comme idiome de cœur. "Cette langue est ma chair, expliquera-t-elle, et je n’éprouve rien, par le sentiment ou par le geste, qui ne passe par elle." En 1942, elle part vivre pour un temps dans le Liban des églises coptes et des limousines anglaises. Mais elle finira par quitter l’Orient pour rejoindre "amoureusement" Paris.

C’est donc en 1946, après son installation en France, qu’elle commence à publier ses recueils de poèmes, encouragée par René Char : Textes pour une figure (1949), Textes pour un poème (1950), La Terre regardée (1957), jusqu’à Visage premier (1972), Andrée Chedid y utilise une langue soigneusement concrète, cherchant à saisir la présence mystérieuse et nue de la vie, sa chaleur lumineuse. Définissant sa poésie, elle écrivait : "Un lyrisme aux bords d’une crête qui pencherait vers le sensible plutôt que vers l’intellect." Andrée Chedid devint alors la poétesse du fugace, du "rien de nos petites existences". La scribe de notre étrange rapport au monde, dont elle sait qu’il se trouve "au-delà des mots". Elle sera aussi l’écrivain du déracinement, du Double-pays, pour reprendre le titre du recueil dont nous écoutons cette semaine quelques extraits.

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