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"Et lui enseigne des harmonies sauvages, suaves aussi parfois comme la flûte d'un oiseau" Extrait du poème "Écoutez-le qui grignote à petit bruit" de Louis-René des Forêts

"Écoutez-le qui grignote à petit bruit ...", un poème de Louis-René des Forêts

3 min
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Contre les leurres et les illusions qu'un homme construit pour oublier sa responsabilité, le poète français Louis-René des Forêts en appelle au déploiement d'une musique par où l'être, jeté dans le temps, déploiera lui-même l'acte et le lieu d'une parole en résonance avec soi et le monde.

"Et lui enseigne des harmonies sauvages, suaves aussi parfois comme la flûte d'un oiseau" Extrait du poème "Écoutez-le qui grignote à petit bruit" de Louis-René des Forêts
"Et lui enseigne des harmonies sauvages, suaves aussi parfois comme la flûte d'un oiseau" Extrait du poème "Écoutez-le qui grignote à petit bruit" de Louis-René des Forêts Crédits : Behrouz MEHRI / AFP - AFP

Poème : "Écoutez-le qui grignote à petit bruit …", de Louis-René des Forêts, issu des Poèmes de Samuel Wood, édités chez Poésie/Gallimard.

Lecture : Suliane Brahim, de la Comédie-Française

Écoutez-le qui grignote à petit bruit, admirez sa patience
Il cherche, cherche à tâtons, mais cherche.
Saura-t-il du moins mettre en ordre,
Débarrasser, décrasser, les coins et les recoins
De cette tête encombrée qui est la sienne
Où il tourne en rond sans trouver sa voix,
Sinon quand le vent souffle à travers bois,
Que la mer roule fort, couvre d'écume les digues,
Quand la nature met la langue à sa rude école
Et lui enseigne des harmonies sauvages,
Suaves aussi parfois comme la flûte d'un oiseau,
Qu'elles viennent de cet oiseau même ou du roulis d'un
ruisseau.
Dirait-on qu'il faut accorder sa voix à celle des éléments
Mais soit qu’on dise l’inverse, c’est les deux fois ne rien dire.

Louis-René des Forêts est un écrivain français, né à Paris en 1918, mort le 30 décembre 2000. Ses débuts littéraires datent de la période de l'Occupation ; entre 1941 et 1943, il écrit Les Mendiants, publié par Gallimard, qui sera suivi en 1946 du Bavard. Il se lie alors d'amitié avec Raymond Queneau et André Frénaud. En 1953, il participe chez Gallimard (dont il sera membre du comité de lecture de 1966 à 1983) à la conception de "L'Encyclopédie de la Pléiade", avec Raymond Queneau. Il se lie d'amitié avec Michel Gallimard, Robert Antelme, Georges Bataille et Maurice Blanchot. Il fonde en 1954 le Comité contre la guerre d'Algérie, avec Dionys Mascolo, Edgar Morin et Robert Antelme. L'année 1960 est marquée par un retour à l'écriture, avec la publication de La Chambre des enfants, prix des Critiques. En 1967, il fonde la revue L'Ephémère, avec Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Paul Celan, Jacques Dupin, Michel Leiris et Gaétan Picon.

Tels sont les renversements dont les livres de Louis-René des Forêt procèdent : comme le montre Jean Roudaut dans son essai sur Louis-René Des Forêts, y préside toujours sur toute l'étendue de l'oeuvre, l'expérience du manque et de la déception, celle de l'exil, d'une remémoration "démentielle". Le projet des récits et des poèmes, comme Les Mégères de la mer (Mercure de France, 1965) et Poèmes de Samuel Wood (Fata Morgana, 1988), est, dans sa plus grande obstination, d'effacer une expérience première et immémorable du monde, comme celle de l'innocence de l'enfance, afin de "composer", dit Roudaut, "un lieu où quelque chose d'espéré et d'inattendu puisse se produire, où quelque chose "ait lieu", quelque chose qui, en advenant, abolirait le souvenir de l'instant premier". 

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