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Affichage dans une rue de Paris, décembre 2019. Le mot "féminicide" s'est imposé dans le débat public notamment par ce type d'actions militantes.

La guerre des mots, un combat très politique

29 min
À retrouver dans l'émission

"Féminicide", "écocide" : les mots des militants se sont imposés dans le débat public ces dernières années. Ce combat sémantique est loin d'être symbolique : qui impose ses mots maîtrise les termes du débat. Qu'en sera-t-il du "séparatisme islamiste" dénoncé par Emmanuel Macron ?

Affichage dans une rue de Paris, décembre 2019. Le mot "féminicide" s'est imposé dans le débat public notamment par ce type d'actions militantes.
Affichage dans une rue de Paris, décembre 2019. Le mot "féminicide" s'est imposé dans le débat public notamment par ce type d'actions militantes. Crédits : LP/ Matthieu de Martignac - Maxppp

Dans un monde politico-médiatique où la parole semble peser davantage que les actes, le combat des idées n’en passe que davantage par le vocabulaire.

Celui qui impose ses mots et le sens qu’il leur associe obtient un avantage concurrentiel conséquent sur ses adversaires : il maîtrise les termes du débat. C’est un peu comme jouer à domicile pour une équipe de foot.

Exemple le plus récent : le "séparatisme islamiste" d’Emmanuel Macron.

Le chef de l’Etat était à Mulhouse cette semaine pour annoncer des mesures visant à lutter contre ce phénomène.

En imposant, avec une facilité déconcertante, ce terme de "séparatisme", il donne l’impression de décrire une réalité objective, alors qu’il s’agit tout autant de défendre, à travers lui, une politique. "Dire, c’est faire".

Mais ceux qui détiennent le pouvoir ne sont pas les seuls à malaxer le vocabulaire dans le sens qui leur convient.

On a vu ainsi ces derniers mois apparaitre des termes comme "féminicide", "écocide", "effondrement" : là encore, il ne s’agit pas seulement d’approcher la vérité d’une situation mais de mener un combat, contre les violences faites aux femmes, contre la destruction de l’environnement.

Est-ce à dire que la lutte politique en sort régénérée ?

Cela se discute. Car en parallèle de ces mots très offensifs s’est installée une sémantique beaucoup plus fade, une novlangue bureaucratique teintée de culture "start-up" qui, en donnant l’illusion du renouvellement, appauvrit considérablement la pensée.

Au point qu’on finit par perdre le sens d’autres mots que l'on croyait universels comme la "démocratie" par exemple.

A lire :

« Séparatisme islamiste » : « Le mot et son contenu sont loin de pouvoir nommer toute la réalité », tribune de l'islamologue Rachid Benzine parue dans Le Monde

Féminicide : mot masculin qui tue. Article paru dans M, le Magazine du Monde

Ruffin, les boules Quies et le "core business", chronique de Daniel Schneidermann dans Libération

Intervenants
  • professeur de littérature française à l’université de Stanford, chercheuse associée au Cevipof – Sciences Po
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