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Que se passe-t-il chez les patients jeunes, en bonne santé, qui d'un seul coup déclenchent une forme sévère qui s'avère fatale ?

Covid-19 : pourquoi des cas sévères chez les jeunes ?

4 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur les cas dits "sévères" en tentant de comprendre ce qui se produit dans l'organisme lorsque la maladie s'emballe.

Que se passe-t-il chez les patients jeunes, en bonne santé, qui d'un seul coup déclenchent une forme sévère qui s'avère fatale ?
Que se passe-t-il chez les patients jeunes, en bonne santé, qui d'un seul coup déclenchent une forme sévère qui s'avère fatale ? Crédits : Paul Biris - Getty

La semaine dernière, les médias se sont fait l'écho d'un cas tragique, très préoccupant, du décès d'une jeune fille de 16 ans, qui a succombé à une forme sévère du Covid-19 à l'hôpital Necker à Paris, alors même qu'elle ne présentait aucune forme de comorbidité, et que son état était certes préoccupant, mais bien loin de l'issue fatale que cette jeune femme a connu.

C'est pourquoi nous voulions revenir aujourd'hui sur ces cas dits « sévères », qui touchent des personnes qui ne sont a priori pas dans les populations les plus à risques de développer des complications pouvant entraîner la mort. Tout d'abord, il faut préciser que le cas de cette jeune femme n'est pas unique. Le 28 mars, aux États-Unis, un bébé de moins d'un an est décédé des suites d'une infection au Covid-19. Le 31 mars, c'est en Belgique qu'une adolescente de 12 ans est morte après trois jours de fièvre, suite à une détérioration soudaine de son état, idem au Royaume Uni pour un adolescent de 13 ans sans aucune pathologie sous-jacente, et cette liste n'est évidemment pas exhaustive.

Les taux de mortalité du Covid-19

Pour commencer, remettons en perspective ces décès avec les statistiques dont nous disposons sur la mortalité liée au Covid-19. Le taux de mortalité pour les personnes de plus de 60 ans est, selon les estimations actuelles, autour de 6,4% parmi les cas confirmés, il monte à 13,4% pour les plus de 80 ans, contre 0,32% pour les moins de 60 ans.

On comprend donc immédiatement que ces cas sévères dramatiques chez des personnes jeunes sont une exception. On peut ajouter que l'âge moyen du décès selon le rapport publié par Santé Publique France le 24 mars dernier est de 81,2 ans, que plus de la moitié des patients décédés, 57,4%, présentaient une ou plusieurs comorbidités – c'est-à-dire d'autres maladies comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, respiratoires, l'hypertension ou le cancer, qui fragilisent l'organisme et rendent le virus plus dangereux. Et enfin que les décès de personnes âgées de moins de 65 ans, sans comorbidité, ne représentent que 2,4% du total. De façon globale, seules 2% des personnes contaminées sont des enfants ou des adolescents, l'immense majorité ne développant que des symptômes légers à modérés.

Que se passe-t-il chez les patients jeunes, en bonne santé, qui d'un seul coup déclenchent une forme sévère qui s'avère fatale ?

Il faut avant tout comprendre ce qui se produit dans l'organisme lorsque la maladie s'emballe. Dans leurs formes les plus graves, les pneumonies déclenchées par le Covid-19 se transforment en ce qu'on appelle un Syndrome de détresse respiratoire aiguë, le SDRA, qui est une atteinte des deux poumons avec inflammation sévère qui entraîne la destruction des alvéoles pulmonaires ainsi qu'un important œdème.

En outre, il se passerait un événement immunitaire que l'on appelle « tempête de cytokines ». En résumé, des globules blancs, les macrophages, se mettent à libérer en quantité démesurées ces cytokines, qui sont des agents de communication entre les cellules, et notamment des agents pro-inflammatoires. Plus il y a de cytokines, plus elles vont recruter des cellules immunitaires qui vont elles-mêmes produire encore plus de molécules pro-inflammatoires, une réaction en chaîne de non-retour, conduisant à une inflammation généralisée de l'organisme, de très importantes poussées de fièvre, des hémorragies et in fine, la défaillance d'un ou plusieurs organes.

Comment ce SDRA et la tempête de cytokines sont-ils liés ? Ce n'est pas encore tout à fait clair. Il est raisonnable de penser que l'infection va fragiliser les parois pulmonaires, qui vont se détériorer et donc provoquer une réaction inflammatoire plus importante donc plus de cytokines qui vont abîmer encore plus les tissus et ainsi de suite jusqu'à aboutir à un SDRA.

Mais pourquoi ces réactions en chaîne chez des patients jeunes et en bonne santé ? Plusieurs pistes sont à l'étude. La première est bien sûr génétique. Plusieurs études sont en cours et devraient apporter des éléments de réponse dans les prochaines semaines. Ce que l'on peut dire, c'est qu'il existe des suspects, comme le récepteur ACE2 auquel s'accroche le SARS-CoV2 pour infecter les cellules. Une légère mutation du gène qui code pour ce récepteur pourrait permettre au virus de s'accrocher bien mieux, et à la maladie d'être plus virulente.

Mais selon Sandra Pellegrini, directrice de recherche à l'Institut Pasteur que nous avons interrogée, ce facteur génétique serait très marginal. On sait également qu'il ne s'agirait pas d'une charge virale plus importante – c'est-à-dire une plus forte de dose de virus dans l'organisme. Plusieurs études montrent qu'une charge virale plus élevée, notamment chez les personnels soignants qui sont en contact permanent et répété avec les malades, n'entraîne pas de symptômes plus graves – bien qu'une étude chinoise ait attesté d'un lien entre la gravité des symptômes et la quantité de virus présente dans le nez.

Que reste-t-il pour expliquer ces décès précoces et tragiques ? On ne peut pour l'heure que se réfugier derrière la statistique, et rappeler qu'avec l'augmentation du nombre de personnes infectées, inéluctablement, ces cas isolés vont apparaître, mais dans une proportion, rappelons-le, extrêmement faible – seuls 0,04% des jeunes entre 10 et 19 ans nécessitent une hospitalisation

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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