LE DIRECT
Pourquoi ces molécules suscitent-elles de l'espoir ?

Deux nouvelles molécules prometteuses contre le Covid

5 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur deux nouvelles molécules thérapeutiques prometteuses : la chlorpromazine et l'ivermectine.

Pourquoi ces molécules suscitent-elles de l'espoir ?
Pourquoi ces molécules suscitent-elles de l'espoir ? Crédits : Westend61 - Getty

Un grand nombre de questions à ce propos nous ont été adressées. Je vais donc tâcher de vous expliquer ce que sont ces molécules, comment elles fonctionnent et pourquoi elles suscitent de l'espoir.

Commençons par la chlorpromazine. C'est une molécule bien connue, développée dans les années 50 par Rhône Poulenc, et utilisée en psychiatrie pour ses propriétés antipsychotiques. Or à partir des années 80, des propriétés antivirales ont commencé à être découvertes, contre la grippe, le VIH ou le chikungunya. 

Récemment, c'est une équipe de l'hôpital Sainte-Anne à Paris qui s'est rendu compte que l'incidence de Covid-19 symptomatique était nettement moindre chez certains patients, traités à la chlorpromazine que chez les soignants, 4% contre 14%. L'équipe a donc publié un communiqué de presse pour annoncer non seulement, la pré-publication prochaine d'une étude in vitro mais également le lancement d'un essai clinique de phase 3 randomisé et contrôlé.

Pourquoi un antipsychotique aurait-il une action antivirale me direz-vous ? Cet effet a été constaté in vitro dans plusieurs études consacrées au CoV1 et au MERS-CoV. La chlorpromazine, en agissant sur deux types de protéines à l'intérieur de la cellule, empêchent l'endocytose, c'est à dire l'intégration du virus à l'intérieur du cytoplasme de la cellule. Elle empêche que se forme la petite vésicule après contact des protéines de surface qui conduisent le virus de l'extérieur vers l'intérieur, où il va se répliquer.

Mais ce n'est pas tout. Dans les années 90, des chercheurs ont également constaté un effet immunomodulateur de la chlorpromazine, avec réduction notable de la production de cytokines pro-inflammatoires. Effet antiviral plus effet anti-inflammatoire, la molécule semble donc très bien adaptée au SARS-CoV2, d'autant plus qu'elle aurait un tropisme tout particulier pour les cellules pulmonaires – où on la retrouve en concentration 20 à 200 fois plus élevée que dans le sang et dans la salive, 20 à 60 fois, ce qui pourrait conduire à réduire considérablement la contagiosité, en plus d'agir sur l'infection.

Et enfin, dernier atout : la chlorpromazine, comme antipsychotique, peut traverser la barrière hémato-encéphalique : c'est une barrière très imperméable que peu de molécules peuvent traverser, et qui protège notre cerveau. Mais la chlorpromazine, si, ce qui pourrait, en plus, agir sur les formes neurologiques que peut avoir la maladie et dont je vous ai déjà parlé.

Reste maintenant à confirmer tout ceci à travers un essai clinique qui permette de démontrer nettement l'amélioration clinique des patients, un diminution de l'activité virale et de l'évolution défavorable de l'infection sans effet secondaire notable. Or on sait que l'un d'entre eux est un allongement de l'intervalle QT sur l'électrocardiogramme au même titre que l'hydroxychloroquine, qui a conduit à des cas d'arythmie sévère, parfois fatale. L'équipe de Marion Plaze, cheffe du service hospitalo-universitaire de Sainte-Anne, qui a conduit l'étude qui doit être pré-publiée prochainement, espère recruter dans un premier temps 40 patients à répartir en 2 groupes, un de contrôle et un traité à la chlorpromazine – résultats attendus d'ici un mois environ.

L'ivermectine, c'est aussi un médicament connu puisqu'il s'agit d'un antiparasitaire, qui sert notamment à traiter la gale une prépublication américaine du 19 avril indique que cette molécule semble être efficace, sur la base d'une étude rétrospective. 

Des études antérieures avaient montré l'efficacité antivirale in vitro de la molécule, contre la grippe, la dengue ou le VIH. Les chercheurs sont donc allé chercher dans les archives médicales les patients Covid qui étaient traités avec cet antiparasitaire, et ils les ont mis en regard de patients équivalent non traités. Ils ont abouti à la conclusion que l'aggravation de l'infection était moindre pour les patients traités, dont seuls 7% sont morts, contre 21% dans le groupe témoin.

Alors évidemment, cette étude rétrospective n'est pas une étude clinique, et il faut se méfier des biais qu'elle peut induire – notamment sur la non équivalence des patients comparés, les différences de soins prodigués en fonction des établissements, etc.

D'autant plus qu'à l'heure actuelle, on a du mal à comprendre quelle est la mécanique cellulaire qui conduit à l'action antivirale de l'ivermectine. La molécule bloque en effet des molécules qui permettent le passage du cytoplasme, c'est-à-dire du « corps » de la cellule, vers le noyau. Or on sait que le SARS-CoV2 n'intègre pas son matériel génétique au noyau cellulaire. Il y a donc là une énigme à percer en biologie moléculaire de façon à comprendre ces mécanismes et ne pas se contenter d'en observer l'effet. Quatre essais cliniques sont aujourd'hui déclarés au registre américain des essais sur le Covid. 

Dans un cas comme dans l'autre, ce qu'il est essentiel de rappeler, c'est que jusqu'à ce que la preuve non seulement de l'efficacité, mais aussi de l’innocuité de ces molécule soit apportée, il ne faut évidemment surtout pas essayer de s'en procurer en pharmacie pour tenter de jouer aux apprentis sorciers de l'automédication. Les effets hors protocole de contrôle et de surveillance peuvent être bien pires et bien plus délétères que bénéfique, et cela reste une pratique extrêmement dangereuse.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......