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Plusieurs indices amènent à penser aujourd'hui que moins les symptômes sont prononcés, moins les risques de transmission sont importants.

Enfants, asymptomatiques : quelle contagiosité ?

4 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur la contagiosité des enfants et des personnes peu ou pas symptomatiques.

Plusieurs indices amènent à penser aujourd'hui que moins les symptômes sont prononcés, moins les risques de transmission sont importants.
Plusieurs indices amènent à penser aujourd'hui que moins les symptômes sont prononcés, moins les risques de transmission sont importants. Crédits : andresr - Getty

Beaucoup de questions et beaucoup d'inquiétudes des parents et des professeurs à l'annonce de la réouverture progressive des établissements scolaires le 11 mai, d'autant plus qu'on a beaucoup entendu que les enfants étaient des « réservoirs viraux », et qu'ils étaient potentiellement un gros foyer d'infection.

Alors, je ne vais pas revenir sur les raisons pour lesquelles les enfants développent essentiellement des formes légères de la maladie, je vous renvoie à la chronique qui y était consacré jeudi dernier et nous allons nous intéresser aujourd'hui à la contagiosité des enfants en particulier, et des personnes peu, ou pas symptomatiques en général. Pour l'heure, les pédiatres et infectiologues que nous avons contactés se veulent plutôt rassurants. 

Les enfants ne constitueraient pas un foyer infectieux important

A l'inverse de l'idée selon laquelle les enfants seraient un foyer infectieux important, aujourd'hui, le consensus va plutôt dans le sens inverse. A savoir que les enfants se contaminent a priori plus au contact des adultes qu'entre eux, ou que l'inverse.

Il y a encore peu de données pour soutenir cela, mais un certain nombre d'indices qui vont dans ce sens. Par exemple, l'enfant symptomatique qui a été contaminé en février en Savoie et qui a eu plus de 80 contacts plus ou moins proches n'a contaminé personne. On sait également que pour les enfants qui déclarent des symptômes, légers ou modérés, les prélèvements PCR positifs de ceux qui sont hospitalisés sont trois à cinq fois moins importants que chez l'adulte. 

Par ailleurs, plusieurs indices amènent à penser aujourd'hui que moins les symptômes sont prononcés, moins les risques de transmission sont importants et parce que l'on s'orienterait – je parle avec beaucoup de précautions – vers une contagiosité qui serait « symptôme dépendante », c'est-à-dire plus on est malade, plus on est contagieux fort et longtemps, et inversement. 

Nous allons en savoir plus très vite, puisqu'une étude épidémiologique vient d'être lancée, hier sur 600 enfants en Île-de-France, qui présentent pour moitié des symptômes bénins, et pour l'autre aucune forme de symptômes, étude qui va durer un mois, jusqu'aux alentours du 11 mai et qui devrait permettre non seulement d'estimer précisément le taux d'enfants asymptomatiques, mais également leur charge virale et la dissémination précise du virus dans ces populations plus jeunes.

Quelles données sur la contagiosité des adultes ?

La question c'est surtout, pour le déconfinement, quelle est la persistance de la contagiosité, après avoir contracté la maladie, y compris pour les asymptomatiques.

Commençons par eux : déjà, il faut dire que jusqu'à présent, on estimait leur nombre à environ 30% des cas. Une récente étude chinoise sur une cohorte, certes très petite, de 166 personnes infectées, a recensé 130 asymptomatiques, soit un taux de 78% - en grande partie des enfants et adolescents ! Alors c'est certainement trop élevé, mais cela ouvre le champ à ce que ce taux initial de 30% puisse être revu à la hausse.

Ensuite, le risque de contagion de ces personnes asymptomatiques a été revu et considéré, finalement, comme « très faible » - d'une part parce qu'il est très probable que leur charge virale soit elle-même plus faible, mais aussi parce qu'en l'absence de toux et d'éternuement, elles contribuent nettement moins à la dispersion du virus.

Qu'en est-il pour les personnes qui ont déclaré la maladie ? 

Des chiffres très disparates circulent selon les études. Selon une étude publiée dans The Lancet, la contagiosité serait en moyenne de 20 jours et pourrait aller jusqu'à 37 après la déclaration des signes cliniques mais ces chiffres sont très théoriques et restent difficiles à estimer.

D'autant que d'autres études, plus récentes et sur des panels plus importants tendent à les faire baisser. Une prépublication allemande indique que l'excrétion du virus est la plus importante au cours de la première semaine d'infection, et qu'elle chute au jour 10 des symptômes, pour des patients hospitalisés – à tel point que ces patients pourraient être renvoyés en auto-isolement chez elles au-delà du 10ème jour.

Quid des personnes qui n'ont pas été hospitalisées, et qui ont eu des symptômes légers ou moyens ? Une étude du 23 mars qui a suivi la cinétique temporelle de la clairance virale – c'est-à-dire de la faculté des tissus à se débarrasser d'une substance donnée – chez des patients atteints d'une forme légère montre que sur une durée de symptômes moyenne de 8 jours, la moitié d'entre eux restaient positifs à la fin de leurs symptômes, pour une durée médiane de 2 jours et demi pouvant aller jusqu'à 8. 

Si on prend en compte ces résultats avec une certaine marge de sécurité, on peut estimer raisonnable de s'estimer contagieux jusqu'à 14 jours après l'apparition des symptômes lorsque ceux-ci ont été relativement conséquents pendant plusieurs jours. Mais il manque encore des données pour être tout à fait certain de la durée exacte de contagiosité. 

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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