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La sérothérapie consiste à transférer, à des patients malades, du sérum de patients guéris, ou le plasma - soit le liquide sanguin privé de ses globules, mais avec les anticorps développés pour lutter contre le pathogène ciblé.

La sérothérapie, une solution transitoire contre la Covid 19 ?

5 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur la sérothérapie, nouvelle piste dans l'arsenal thérapeutique en recherche et développement dans la lutte contre l'épidémie.

La sérothérapie consiste à transférer, à des patients malades, du sérum de patients guéris, ou le plasma - soit le liquide sanguin privé de ses globules, mais avec les anticorps développés pour lutter contre le pathogène ciblé.
La sérothérapie consiste à transférer, à des patients malades, du sérum de patients guéris, ou le plasma - soit le liquide sanguin privé de ses globules, mais avec les anticorps développés pour lutter contre le pathogène ciblé. Crédits : Nitat Termmee - Getty

En quoi consiste l'essai clinique Inserm Coviplasm qui a débuté hier ?

Oui c'est un autre outil dans l'arsenal thérapeutique qui est en recherche et développement dans la lutte contre l'épidémie, un essai français, qui vient en complément d'essais chinois ou américains, qui testent le même type de protocole mais à des stades différents de la maladie.

Alors de quoi s'agit-il ? Il s'agit de sérothérapie. C'est une méthode vieille non pas comme le monde, mais comme la médecine moderne puisqu'elle a été appliquée, dans des conditions évidemment plus lâches, pour lutter contre la grippe espagnole de 1918 notamment, mais plus récemment contre la grippe H1N1, ainsi que contre Ebola. On y reviendra.

L'idée est toute simple, et tombe sous le bon sens : il s'agit de transférer, à des patients malades, du sérum de patients guéris. Et dans sérum, on entend plasma – soit le liquide sanguin privé de ses globules, mais avec les anticorps développés pour lutter contre le pathogène ciblé.

Les anticorps, c'est la deuxième phase de la réponse immunitaire, la réponse immunitaire acquise, ou spécifique, lorsque l'organisme produit ces petites protéines, immunoglobulines ou anticorps, c'est pareil, qui sont spécifiques à une maladie, un virus ou une bactérie, ils se fixent dessus, et ça brise la chaîne infectieuse. Soit ça les empêche de se reproduire, soit ça permet à d'autres globules blancs de les reconnaître et de les détruire.

En l'occurrence, les anticorps ciblés en sérothérapie, ce sont des anticorps neutralisants à large spectre. Qu'est-ce que ça veut dire ? Eh bien que ces anticorps reconnaissent une partie assez générique du virus, une séquence génétique qui reste la même chez la plupart des souches et ils vont se fixer dessus ce qui va empêcher le virus SARS-CoV2 de s'attacher aux récepteurs pulmonaires, les ACE2 et donc si le virus ne peut pas entrer dans sa cellule hôte il ne peut pas se reproduire, et donc l'infection est interrompue.

On aboutit donc à une immunisation artificielle passive : on fournit à l'organisme les anticorps qu'il devrait finir par produire, mais plus tôt dans le cycle infectieux, ce qui permet d'éviter à la maladie de se développer et donc, empêche de basculer en stade grave ou critique.

Dans l'essai français, piloté par Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine que nous avons contactée, les patients qui sont visés sont les patients qui précisément ne sont pas encore au stade critique, mais qui sont en phase aiguë ou qui présentent des comorbidités sévères, soit entre 5 à 8 jours après apparition des symptômes, puisqu'on sait que la bascule vers la phase sévère se produit en général autour du dixième jour.

La technique est éprouvée, certes. Elle a fait ses preuves récemment pour le SRAS et contre la grippe H1N1. Elle est couramment utilisée en soin contre la rougeole ou la varicelle. Il y a donc des raisons d'avoir bon espoir, d'autant qu'un essai chinois, extrêmement parcellaire, sur seulement 5 cas, a donné de bons résultats -  même s'ils ne sont pas une preuve scientifique suffisante compte tenu de l'échantillon et de l'absence de groupe de contrôle.

Mais par exemple, cette technique a échoué contre le virus Ebola. Plusieurs essais, dont un réalisé en 2016, n'a pas montré d'amélioration significative de la survie des patients. Pourquoi, les chercheurs ne savent pas vraiment l'expliquer.

Ce que l'on peut dire c'est qu'il y a plusieurs facteurs qui influent sur le succès ou l'échec d'une sérothérapie, et qu'il est beaucoup question de timing. D'une part, au moment du prélèvement : il faut prélever un sérum de patients guéris qui contienne suffisamment d'anticorps pour pouvoir lutter efficacement contre le virus actif, on parle de « titre neutralisant », la quantité suffisante pour pouvoir bloquer la réplication du virus. Comme vous l'expliquait Olivier Schwartz hier Guillaume, si les titres d'anticorps ne sont pas suffisants, les particules virales peuvent être couvertes d'anticorps mais entrer malgré tout dans les cellules hôtes, voire faciliter leur entrée. 

Or comme nous l'expliquait Frédéric Altare, immunologiste et directeur de recherche Inserm à l'université de Nantes, le taux de production des anticorps par individu n'est pas linéaire, il y a un pic. Si on prélève trop tard, il y en a moins. C'est pourquoi une partie de l'équipe de l'essai Coviplasm, à l'IHU de Marseille, est en train de tester in vitro la dose nécessaire à l’effectivité de la sérothérapie. 

D'autre part, le succès dépend également de l'évolution de la charge virale de l'hôte. S'il y a trop de virus en circulation, les anticorps ne seront pas en nombre suffisant, et ainsi de suite.

Cette semaine, la collecte de plasma débute chez des patients guéris depuis au moins 14 jours. Les premières transfusions commenceront, elles, la semaine prochaine. Il faut bien comprendre que cette sérothérapie n'a pas pour vocation à aboutir à un traitement de masse mais peut permettre, en cas de succès, et dans l'attente d'un traitement pérenne, de protéger les personnes les plus à risque, ainsi que de désengorger les lits de réanimation dans les hôpitaux les plus sollicités. Elle peut également, si les essais sont concluants, servir à mieux protéger les personnels soignants, en leur inoculant une sorte de « boost » immunitaire qui leur éviterait de déclarer les formes sévères de la maladie. 

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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