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La hausse du nombre de contamination dans plusieurs pays d'Asie relève-t-elle des prémices d'une nouvelle vague ?

L'Asie subit-elle une deuxième vague ?

5 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur la situation dans les pays asiatiques.

La hausse du nombre de contamination dans plusieurs pays d'Asie relève-t-elle des prémices d'une nouvelle vague ?
La hausse du nombre de contamination dans plusieurs pays d'Asie relève-t-elle des prémices d'une nouvelle vague ? Crédits : SOPA Images - Getty

Vous avez certainement entendu, ou lu ces derniers jours des articles qui parlent d'une remontée du nombre d'infections en Corée, en Chine, à Singapour ou au Japon. A tel point que ces pays, qui sont cités comme modèles depuis le début de la crise, et qui avaient commencé à déconfiner, se remettent à fermer les écoles ou certains lieux publics pour éviter cette fameuse « seconde vague ».

Mais d'abord, c'est quoi la « seconde vague » ? Ce qui a l'air a priori évident ne l'est pas tant que ça sur le plan épidémiologique. Il s'agit d'une reprise du nombre de contaminations après une période de régression ou de stabilisation. Certes, mais à partir de quel niveau peut-on parler d'une « seconde vague » ? Il n'y a pas de réponse claire à cette question. Mais il devrait s'agir a priori d'une reprise de contamination d'une ampleur au moins équivalente à la première.

Dans l'épidémie de grippe espagnole en 1918, il y a bien eu une seconde vague qui a été nettement plus meurtrière que la première, mais elle était due à une mutation du virus qui en avait augmenté fortement la létalité, la faisant passer de 0,001 à 3, voire 5%.

Pour les épidémies de SRAS ou de MERS, il n'y a pas eu de seconde vague d'une part parce que le taux de contagiosité de ces deux premiers coronavirus n'était pas le même que celui du CoV2 mais aussi parce que le seuil pandémique n'a jamais été atteint. 

La hausse du nombre de contaminations dans plusieurs pays d'Asie relève-t-elle des prémices d'une nouvelle vague ? Pour l'heure, il est beaucoup trop tôt pour appliquer cette terminologie. Par ailleurs, les différentes stratégies de lutte contre le virus en Asie diffèrent assez largement de celles utilisées en Europe.

Et cette différence de stratégie entre les pays asiatiques et la France, c'est ce qui fait toute la différence. De quoi parle-t-on exactement quand on parle d'une reprise des contaminations ? La Chine faisait état de 353 nouveaux cas le 17 avril, contre 34 le 3 avril. La Malaisie 185 nouvelles contaminations le 19, contre seulement une vingtaine le 15 mars. Et le cas le plus flagrant, c'est celui de Singapour qui a vu le nombre de nouveaux cas multiplié par 10, passant de 142 cas le 8 avril à 1426 le 20.

Que s'est-il passé dans chacun de ses pays ? Comme vous pouvez l'imaginer, des situations très différentes. A Singapour, qui n'avait pas confiné sa population comme en France, mais choisi un contrôle strict aux frontières couplé avec un traçage numérique des personnes infectées, les nouveaux foyers d'infection viennent essentiellement des travailleurs migrants, originaires d'Asie du Sud et souvent entassés dans des dortoirs bondés. La cité-Etat a décidé, face à cette reprise importante du nombre de contaminations, de décréter un confinement général prolongé jusqu'au 1er juin. Il ne s'agit donc pas d'une « deuxième vague » à proprement parler, mais d'une accélération de la première via des foyers épidémiques qui avaient échappé au contrôle des autorités.

En Chine, la hausse du nombre de cas est principalement due au rapatriement de Chinois vivant à l'étranger, et notamment à la frontière russe – où la ville d'Harbin a dû réimposer des mesures de contrôle dans certains quartiers face à l'affluence de résidents de retour qui sont passés par la frontière terrestre, plus difficile à contrôler que les frontières aériennes. Face à ces cas de reprise épidémique, la Chine procède de la même façon qu'à Wuhan : par la fermeture et la mise en quarantaine stricte de la ville ou de certains quartiers, jusqu'à ce que le nombre de contagions chute à nouveau.

Quant à la centaine de patients coréens testés à nouveau positifs après avoir été déclarés « guéris » de la maladie, il y a peu de doutes sur le fait qu'il ne s'agisse pas tant de résurgence virale que d'une simple rechute, due au fait que le virus n'avait pas été totalement éliminé du corps de ces malades.

Toutes ces informations font dire à Antoine Bondaz, chercheur à la fondation de recherche stratégique que nous avons interrogé, que ce risque de rechute est normal, d'autant plus avec un virus nouveau face auquel personne n'avait encore développé d'immunité, mais que pour autant, aucune deixième vague n'est arrivée pour le moment nulle part.

Si elle inquiète les virologues et les épidémiologistes en Europe, et notamment en France, c'est que ces pays asiatiques qui ont pour objectif final non pas de réduire la propagation du virus, mais bel et bien de l'éliminer totalement de leur territoire, peuvent s'appuyer sur leur expérience des épidémies respiratoires précédentes, et d'une culture de l'hygiène et du respect des règles collectives qui ne sont strictement pas les mêmes que chez nous.

En France, le gouvernement saura-t-il trouver l'équilibre qui permet de maintenir le taux de reproduction du virus en-dessous de 1, c'est-à-dire du seuil épidémique – je vous rappelle que selon une étude de l'Institut Pasteur, les mesures de confinement l'auraient fait passer de 3,3 à 0,5. Nous avons une petite marge de manœuvre, plus importante que celle dont disposent nos voisins allemands dont les R0 seraient tout juste en-dessous de 1, aux alentours de 0,8 ou 0,9.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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