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La HAS préconise de rester très prudent dans l'utilisation de ces tests sérologiques.

Le casse-tête des tests sérologiques

5 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur les tests sérologiques, très attendus pour accompagner le déconfinement mais dont l'utilité est encore très discutée.

La HAS préconise de rester très prudent dans l'utilisation de ces tests sérologiques.
La HAS préconise de rester très prudent dans l'utilisation de ces tests sérologiques. Crédits : Lucas Ninno - Getty

C'est un rapport de la Haute Autorité de Santé, publié le 2 mai dernier, qui a douché les espoirs d'un test sérologique massif de la population pour accompagner le déconfinement, avec l'idée selon laquelle si une personne est testée positive et qu'elle présente des anticorps contre le SARS-CoV2, c'est donc qu'elle est immunisée, et qu'elle peut reprendre une activité normale sans aucun risque de contracter la maladie.

Or la HAS préconise de rester très prudent dans l'utilisation de ces tests sérologiques, et de les réserver à certain type de diagnostics dit « de rattrapage » - c'est à dire quand les tests virologiques sont négatifs malgré la présence de symptômes - ou à des fins d'enquête épidémiologique, mais pas pour le grand public. Pourquoi ce revirement ?

D'abord, il faut rappeler ce que sont ces tests. A l'inverse des tests virologiques, les fameux tests PCR où l'on va chercher la présence de virus au fond de la cavité nasale, et qui permettent de déterminer si une personne est positive, ou non, au SARS-Co2 - si elle est infectée donc - les tests sérologiques, eux, cherchent des anticorps, et permettent de déterminer si la personne a été infectée et a développé une réponse immunitaire. Les tests virologiques peuvent être pratiqués dès les premiers jours de l'infection puisque le virus est présent et se réplique dans l'organisme. Les tests sérologiques eux ne peuvent être pratiqués qu'au bout d'un certain temps, puisque la réponse immunitaire adaptative n'est pas immédiate. A priori, à partir du sixième jour, et plus certainement encore entre 7 et 14 jours après l'apparition des symptômes.

Ces tests sérologiques sont dépendants de deux critères de précision : la spécificité et la sensibilité. La spécificité, c'est le fait de s'assurer que le test détecte bien les bons anticorps, ceux spécifiques au SARS-CoV2 et pas à un autre type de coronavirus. La sensibilité, c'est le seuil de réactivité du test, le nombre d'anticorps nécessaires pour activer une réponse positive. Si le test est peu sensible, il va falloir un grand nombre d'anticorps pour qu'il soit positif ce qui pose un problème. Pour qu'un test soit reconnu comme suffisamment efficace pour être commercialisé, la HAS a donc décrété qu'il faudrait une spécificité supérieure à 98%, et une sensibilité d'au moins 90%.

Pourtant de nombreux tests sérologiques sont d'ores et déjà commercialisés. Et c'est l'un des problèmes majeurs. Parce que même si ces tests paraissent certifiés avec la mention « CE », ce n'est en rien une certification sanitaire ou la preuve de leur performance, mais la simple confirmation qu'ils correspondent à certaines normes appliquées par les laboratoires, sans vérification de performances.

Or vous imaginez bien que cette course au diagnostic est un marché très lucratif, et que le laboratoire qui trouvera le test sérologique idoine, fonctionnel, faisable en laboratoire touchera un énorme jackpot. Raison de plus pour se méfier absolument de ces tests, dont certains peuvent renvoyer jusqu'à 40% de faux négatifs.

Parce que c'est là l'un des enjeux majeurs de la généralisation de ces tests sérologiques : d'une part, le risque de faux positifs – c'est à dire une fausse détection d'anticorps qui donnerait, à la personne testée la conviction qu'elle est immunisée, un faux sentiment de sécurité et donc un risque accru de contracter la maladie. Or, loi des grands nombres  une fois de plus : même avec 98% de spécificité (et une prévalence de 10%) c'est une personne sur six qui risque d'être  exposée au virus sans anticorps.

L'autre problème, encore plus sensible comme nous l'a expliqué Christine Prat, virologue dans l'unité des virus émergents à Marseille, c'est qu'on ne connaît pas encore le titre d'anticorps – c'est-à-dire la concentration d'anticorps dans le sang, qui provoque la protection contre la réinfection. Dans l'état actuel des choses, les tests ne savent pas corréler un titre d'anticorps avec un pouvoir neutralisant. Ce qui signifie, en clair, que ce n'est pas parce que vous avez développé des anticorps que vous en avez développé suffisamment. On pense bien sûr aux personnes asymptomatiques ou peu symptomatiques. Autre problème : on ne connaît pas encore la durée de l'immunité. Combien de temps ces anticorps vont-ils vous protéger du SARS-CoV2 ? Deux mois, trois mois, un an, deux ans ? Le virus étant apparu il y a quatre mois, il est encore beaucoup trop tôt pour le dire.

Enfin, dernier problème : un virus va conduire l'organisme à produire des anticorps neutralisants – qui s'accrochent au virus pour permettre au système immunitaire de le détruire mais certains virus produisent également des anticorps facilitants : le virus à ce moment ne se fixe pas sur la partie spécifique de l'anticorps, mais sur sa partie générique, ce qui conduit à une augmentation et une généralisation de l'infection. Or les tests sérologiques sont incapables de faire la différence entre ces deux types d'anticorps. S'il n'est pas encore prouvé que le SARS-CoV2 provoque la production d'anticorps facilitants, le très fort taux d'anticorps retrouvé chez des patients gravement atteints le fait craindre.

Si de plus en plus de tests qui semblent fiables sont aujourd'hui développés, comme les quatre tests proposés par l'Institut Pasteur, il faut être extrêmement vigilant avant de répandre leur commercialisation – il faut pour cela des tests massifs sur d'importantes cohortes de patients malades, non malades et guéris pour ne pas répéter ce qui s'était passé lors de l'épidémie de Chikungunya, en 2014, où 4 tests sérologiques commercialisés en France se sont avérés soit extrêmement imprécis, avec un nombre important de faux résultats, soit totalement inutilisables.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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