LE DIRECT
Avec les seules mesures de port du masque et de distanciation sociale, le niveau de contamination peut-il atteindre un nouveau pic ?

Quels modèles épidémiologiques pour la sortie du confinement ?

4 min

Sciences |En cette première journée de déconfinement, Nicolas Martin s'intéresse aux modèles de propagation du virus.

Avec les seules mesures de port du masque et de distanciation sociale, le niveau de contamination peut-il atteindre un nouveau pic ?
Avec les seules mesures de port du masque et de distanciation sociale, le niveau de contamination peut-il atteindre un nouveau pic ? Crédits : Sisoje - Getty

On sait aujourd'hui que les mesures de confinement ont eu un effet notable sur le ralentissement de la propagation du virus, avec, je vous le rappelle selon, l'Institut Pasteur, une réduction de 84% du taux de reproduction virale, c'est à dire le nombre de personnes qui sont contaminées par un seul malade, le faisant passer de 3,3 à 0,5, soit en dessous du seuil épidémique, puisqu'il est entendu que quand un malade en contamine moins d'un autre, statistiquement l'épidémie finit par s'éteindre.

D'où la question cruciale des conséquences de la levée du confinement sur la circulation du virus. Parce que, mécaniquement, avec la reprise même limitée de l'activité, les contaminations vont repartir à la hausse. Tout l'enjeu est d'éviter qu'elle ne reparte trop fort ou trop vite, et que nous soyons confrontés à cette seconde vague, dont tout le monde parle mais dont il faut préciser qu'elle n'est apparue à l'heure actuelle dans aucun pays, y compris en Asie qui a plusieurs semaines d'avance sur l'Europe.

Pour ce faire, plusieurs chercheurs en lien avec l'APHP ont donc travaillé sur un modèle informatique, qui inclut un très grand nombre de paramètres – en l'occurrence 194, qu'ils appliquent à une simulation de population représentative de 500 000 personnes, et qu'ils font varier pour estimer les conséquences d'un certain nombre de choix, et comment ils influent sur la courbe épidémique et la saturation des lits de réanimation. 

Je précise bien qu'il s'agit de modèles, donc avec une certaine marge d'erreur et qu'il reste plusieurs inconnues, comme la saisonnalité potentielle du virus, la découverte d'un traitement par exemple, qui rendraient immédiatement ces modèles caducs.

La première conclusion de ce modèle, c'est que si la distanciation sociale et le port du masque obligatoire permettent de facto un ralentissement de la progression de l'épidémie, ils ne seraient pas efficaces à eux seuls pour prévenir une saturation des services de réanimation et une deuxième poussée épidémique et avec donc, à la clé, la nécessité d'en passer par une nouvelle période de confinement.

Selon les projections, avec ces seules mesures, le niveau de contamination atteindrait un pic entre les mois d'août et octobre. Néanmoins, la mortalité reste fortement diminuée, de plus de 60% par rapport à l'absence totale de mesures.

L'autre enseignement de ce modèle, c'est qu'il faudrait protéger en priorité les personnes âgées et vulnérables. C'est vraiment là l'enseignement majeur comme nous l'a rappelé Nicolas Hoertel, qui est psychiatre et modélisateur à l'hôpital Corentin Celton, et premier auteur de la prépublication : pour éviter d'arriver à saturation et « aplatir la courbe » comme on dit, de façon efficace il faudrait en passer par un confinement prolongé pour les personnes les plus vulnérables à la maladie, à savoir celles âgées de plus de 65 ans ou souffrant de maladies chroniques ou de comorbidités. Avec deux paramètres : un confinement renforcé pour ces personnes pendant 16 semaines, qui aboutit à un pic réduit, sans saturation des services hospitaliers, entre octobre et novembre et en cas de confinement pendant 38 semaines, plus aucun pic épidémique – étant entendu qu'avec la circulation limitée du virus, les chercheurs estiment la fin de l'épidémie et l'accession à l'immunité de groupe au mois de février 2021.

Dans le scénario avec ces mesures additionnelles pour protéger les plus vulnérables, les projections en terme de mortalité font chuter le nombre de décès à 33 500 entre mai et décembre, là où il serait de 87 100 avec la seule distanciation physique et le port du masque, ce qui, vous en conviendrez, est une différence tout à fait considérable.

Tout ça bien sûr, et il faut le rappeler, n'a pas de valeur prédictive et a pour ambition première d'être un appel à la prudence – ne serait-ce que pour respecter au maximum les mesures barrières qui font d'ores et déjà une différence notable dans le ralentissement de la propagation de la maladie. 

Et outre la découverte d'un traitement efficace qui changerait, comme je vous le disais, complètement la donne, d'autres mesures localisées sont également envisageables. C'est ce qui est en train de se produire en Allemagne, où le canton de Rhénanie du Nord Westphalie a dû réintroduire le confinement vendredi suite à un redémarrage du nombre de contaminations. Ces stratégies locales, qui peuvent être déclenchées par ville, voire par établissement lorsqu'il s'agit d'une maison de retraite par exemple, peuvent faire preuve de leur efficacité, de même que le suivi social et le test systématique des proches à chaque déclaration de nouveau cas.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......