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Comment faire pour déconfiner 67 millions de personnes ?

Le déconfinement : où, quand, comment ?

5 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur les stratégies de déconfinement et sur les données scientifiques qui reposent ces décisions politiques de déconfinement.

Comment faire pour déconfiner 67 millions de personnes ?
Comment faire pour déconfiner 67 millions de personnes ? Crédits : MarioGuti - Getty

Pas demain matin en tout cas. Ce sont les mots du Premier Ministre lundi soir. Le déconfinement, c'est un ensemble de décisions éminemment politiques. La politique, ça n'est pas vraiment notre champ d'expertise dans cette chronique mais nous voulions ce matin, compte tenu de ce qui se passe en Chine, en Autriche et même au Danemark vous expliquer sur quelles données scientifiques reposent ces décisions politiques de déconfinement.

Et c'est évidemment très complexe puisqu'il n'existe de fait aucune « théorie du déconfinement » - la situation que nous vivons, tant à l'échelle nationale qu'internationale est totalement inédite. Elle appelle donc à beaucoup de prudence, et à la prise en considération de nombreux facteurs épidémiologiques, virologiques et prophylactiques.

La première question est celle de savoir dans quel état de risque se trouve la population à l'issue de plusieurs semaines de confinement. Selon Antoine Flahault, professeur de santé publique à l'université de Genève que nous avons interrogé, il y a trois situations de risques possibles.

Trois situations de risques possibles

Le risque affaibli : une situation qui reposerait en grande partie sur la saisonnalité du virus et le retour des beaux jours – comme c'est le cas pour la grippe qui disparaît complètement du paysage français au mois de mai. Evidemment : si le climat rend le virus moins virulent, voire inopérant, il est très facile de laisser tout le monde sortir de chez soi. Mais comme je vous l'expliquais dans une chronique précédente, cette saisonnalité est très hypothétique. 

Ce risque affaibli serait aussi la situation si on se rendait compte qu'une très forte partie de la population était immunisée et donc que le taux de personnes peu ou asymptomatique est dans la marge haute. Si en testant des échantillons représentatifs, on se rend compte que plus de 60% des personnes sont immunisées, là aussi, il est très simple de relâcher les mesures de confinement. Mais là encore, peu probable que cela se produise puisque les mesures de confinement ont précisément pour but de ralentir la progression du virus dans la population.

L'autre situation, c'est l'inverse : le risque élevé. Pas de saisonnalité, le SARS-CoV2 continue de se propager malgré l'évolution du climat, et la population n'a acquis qu'une immunité faible, ce qui complique très nettement la donne.

Entre les deux, il y a le risque modéré : une légère diminution du taux de reproduction du virus, le R0 lié au climat et une immunité collective moyenne, mais pas suffisante pour endiguer l'épidémie. C'est pour l'heure cette situation de risque modéré qui est la plus vraisemblable.

Comment faire pour déconfiner 67 millions de personnes ?

Eh bien la stratégie va reposer là aussi sur plusieurs éléments. Ce qu'il faut préciser, et marteler c'est que pour l'instant – et jusqu'à preuve du contraire – on est dans la spéculation totale.

Si vous avez entendu le rapport d'un certain cabinet de conseil qui parle de déconfinement pas avant mi-juin, voire fin juillet, c'est un document d'analyse qui n'a pour l'heure aucune forme de valeur ou de réalité scientifique ou politique.

Il reste encore beaucoup trop d'inconnues, comme on vient de le voir. Ce que l'on peut dire pour le moment, c'est que les gouvernants disposent de plusieurs stratégies. L'un des principaux piliers, c'est sans doute la disponibilité de tests sérologiques. Ces tests, ce ne sont pas les mêmes que les tests diagnostiques que l'on fait aujourd'hui pour savoir si quelqu'un est infecté, ou non, par le SARS-CoV2. Les tests sérologiques, ce sont des tests qui repèrent dans le sang la présence d'anticorps spécifiques. Or s'il y a anticorps, c'est qu'il y a eu infection, symptômatique ou non, et que donc, la personne est a priori protégée. Je dis « a priori », parce que le soucis avec ces tests sérologiques, c'est qu'ils sont moins fiables que les tests diagnostiques PCR, et qu'il peut y avoir des « faux négatifs » - comme pour TOUS les autres tests sérologiques. 

Il faut rappeler qu'aujourd'hui, en date du 7 avril, il n'existe pas encore de test sérologique qui soit jugé scientifiquement fiable, même si certains laboratoires en ont mis en vente sur des sites internets.

L'avantage, en revanche, de ces tests, c'est qu'ils sont très faciles à réaliser – il s'agit d'une simple bandelette que l'on imprègne d'une goutte de sang. Si la couleur de la bandelette change, c'est que le test est positif.

Voilà, la disponibilité de ces tests sérologiques fiables va évidemment changer la donne dans la répartition et la sélection des populations déconfinées puisque tout le monde ne sera pas déconfiné en même temps. 

Quelles stratégies envisagées ?

Plusieurs stratégies sont possibles : des déconfinements géographiques – avec interdiction de sortir ou d'entrer dans la zone - un déconfinement par tranche d'âge, en laissant les populations les plus à risque, les personnes âgées et les comorbidités, confinées plus longtemps jusqu'à réduction du R0.

Reste l'option du tracking, c'est à dire du suivi des malades et de leur contacts via la surveillance numérique mais ce tracking pose d'évident problèmes d'éthique qui semblent impossible à résoudre à courte échéance. Ce qui est certain, c'est que déconfinement ne signifie pas « retour à la vie  normale ». Des mesures de distanciation sociale vont être maintenues pendant de longues semaines, et il est également possible qu'en cas de retour de vague épidémique, les mesures de confinement soient réinstaurées quelques semaines. C'est une autre stratégie, celle du stop-and-go, celle que le gouvernement souhaiterait a priori éviter à tout prix.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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