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Faut-il porter un masque pour sortir ? Quel type de masque ?

Covid-19 : demain, tous masqués ?

4 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur la question du port du masque.

Faut-il porter un masque pour sortir ? Quel type de masque ?
Faut-il porter un masque pour sortir ? Quel type de masque ? Crédits : Rapeepong Puttakumwong - Getty

Faut-il porter un masque pour sortir ou non ?

Il est vrai que c'est difficile d'y comprendre quelque chose tant la communication du gouvernement et des autorités sanitaires sur le sujet a été confuse, et à géométrie variable.

Officiellement, si on s'en tient à l'Organisation Mondiale de la Santé, les masques chirurgicaux doivent être réservés aux personnels de santé mais les masques notamment artisanaux peuvent être utilisés par le grand public pour contribuer à contenir l'épidémie. En France, l'Académie de Médecine a aussi changé de braquet, décrétant qu'il était préférable de porter un masque fait maison pour sortir, parce malgré l'absence de preuve scientifique sur leur capacité à limiter la propagation du virus, cela était tout de même plausible.

Et puis il faut également tordre le cou à un graphique qui circule sur les réseaux qui a semé le trouble, graphique où l'on voit à droite la courbe de contamination des pays qui auraient obligé le port général du masque, le Japon, la Corée du Sud, Singapour et Hong Kong, courbe qui montre une épidémie maîtrisée. Et à gauche les autres pays, avec des courbes en pleine augmentation, entourée de la mention « no masks ».

Ce qui ne va pas dans cette catégorisation, c'est que d'une part, elle inclut la Chine dans les pays qui n'ont pas généralisé l'usage du masque, ce qui est faux. Et d'autre part, la maîtrise de l'épidémie dans les pays comme la Corée du Sud ou le Japon ne tient évidemment pas au seul port obligatoire du masque, mais à une série de mesures de quarantaine stricte, de tracking social, également d'étiquette culturelle qui fait que les contacts rapprochés sont moins fréquents. Bref : il est absurde d'imaginer qu'une seule mesure comme le port obligatoire du masque suffirait à contraindre totalement la diffusion d'une épidémie.

Cela sert-il à quelque chose de porter un masque ? Et quels types de masques ?

Pour répondre à cette question, il faut savoir quel type de masque, pour quel usage, et pour quelle personne. 

Ce qui est certain, et commun à tous les masques, c'est qu'ils contribuent à protéger les autres lorsque vous êtes contaminant. C'est leur première fonction. Retenir vos postillons, vos éternuements, vos gouttelettes et les empêcher de se répandre à l'extérieur.

C'est pour cela que l'on oblige les malades à porter un masque chirurgical, ainsi que le personnel soignant éventuellement contaminé, pour éviter la contamination de l'entourage.

La question de l'effectivité de cet genre de masque pour empêcher d'attraper le virus, d'être contaminé est beaucoup plus discutable. Selon Didier Lepelletier, chef de service au CHU de Nantes et président du Conseil Scientifique de la Société Française d'Hygiène Hospitalière, que nous avons contacté « pour ce qui est du port généralisé du masque, il n'y a pas de preuve scientifique de son utilité » - ce que conclut également une étude parue le 20 mars dans la principale revue médicale, The Lancet.

Ensuite, il y a les masques FFP2. Ces masques spéciaux pour le coup filtrent dans les deux sens, pour protéger les autres mais aussi se protéger soi-même. Mais ces masques sont réservés, et pour cause, au personnel soignant qui sont en contact rapproché et prolongé des malades. Didier Lepelletier nous disait « Les FFP2 pour aller faire ses courses au supermarché, c'est un crime ». En effet, non seulement ces masques manquent cruellement aux soignants mais en plus, il faut les porter en respectant des principes d'hygiène stricts : ne pas les toucher avec les mains, éviter de les enlever et de les remettre. 

Pour l'heure, et dans l'état actuel de l'épidémie, il est crucial de laisser ces masques professionnels à l'usage des professionnels. Je rappelle qu'aux personnes testés positives, un simple masque chirurgical suffit pour protéger ses proches. Personne ne devrait porter dans la rue de masque FFP2, c'est un masque qui manque au personnel hospitalier.

Reste la question des masques « maison », des masques en tissus que l'on peut fabriquer soi-même ou acheter en ligne. Les études dont on dispose montrent des taux de filtration assez faible, mais pouvant aller de 2 à 38%. Les plus efficaces étant ceux faits à partir de serviettes de toilette. Ce qu'il faut savoir néanmoins, pour éviter que ces masques ne deviennent des vecteurs de contamination, c'est qu'il ne faut pas les garder plus d'un heure, et bien les laver à 60 degrés une fois utilisés. De les enlever par les élastiques et d'éviter de toucher la surface du masque qui peut être contaminée, et de toujours bien se laver les mains après les avoir retirés.

La question du port du masque se reposera bientôt, au moment du déconfinement, et pour éviter l'apparition d'un deuxième pic épidémique. Pour l'heure, rappelons que dans l'état actuel de nos connaissances, le SARS-Cov2 ne se transmet pas par aérosols – aucun autre coronavirus ne le fait, mais uniquement par gouttelettes. Et que respecter les distances de sécurité et les gestes barrière reste le principal moyen de ne pas contracter la maladie. Porter un masque alternatif, sans priver le personnel médical de masques professionnels et en l'absence de preuve,  peut-être une barrière supplémentaire. Mais avec précaution, et surtout, sans se substituer aux autres gestes dont l'efficacité est, elle, prouvée.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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