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Peut-on parler de Covid chronique ?

Des symptômes qui durent, qui durent...

4 min

Nicolas Martin revient sur ces patients pour qui les symptômes de la Covid durent très longtemps.

Peut-on parler de Covid chronique ?
Peut-on parler de Covid chronique ? Crédits : Boris Zhitkov - Getty

Des symptômes qui durent, qui durent... A tel point que plusieurs médias ont titré sur « ces malades qui ne guérissent pas » ou, pire, « qui ne guérissent jamais » ce qui, avec l'équipe de La Méthode, nous a fait tiquer, et qui est, comme vous allez le voir, une formulation très largement abusive.

De quoi parle-t-on exactement ? Il s'agit de patients qui, pour la plupart atteints de formes modérées et non aiguës, continuent à subir des symptômes de la maladie plusieurs dizaines de jours après qu'ils se soient déclarés. Ils évoquent qui des fatigues extrêmes, au point de dormir plus de quinze heure par jour, des difficulté de concentration, de maux de tête, une persistance de la gêne respiratoire. Autant de symptômes très handicapants, et évidemment terriblement préoccupants lorsqu'ils sont encore présents, plus d'un mois, voire 40 jours après avoir déclaré la maladie.

Que disent les études ? Tout d'abord, elles confirment qu'entre 10 et 15% de patients – qui n'ont pas déclaré de forme aiguë, et qui ne sont donc pas passés en réanimation continuent à présenter des troubles gênants 6 semaines après l'infection, ce qui est un nombre non négligeable.

Ensuite, il faut être bien clair : on ne parle pas de rechute. Certes, l'état de ces patients a pu s'améliorer quelques jours avant que les symptômes ne réapparaissent, mais il ne s'agit pour la plupart ni d'une réinfection ni même d'une rechute, puisque de nombreux médecins, comme Pierre Tattevin, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes, que nous avons contacté, confirment que tous ces patients sont négatifs au test PCR, c'est-à-dire qu'il n'y a plus de présence de virus détectable dans la cavité nasale.

Il ne s'agirait, a priori, pas non plus de séquelles. Selon Pierre Tattevin toujours, ces troubles prolongés chez les cas non graves ne viennent pas de fibrose pulmonaire, et les scanners effectués sur les cas les plus inquiétants ne présentent pas de traces physiologiques au niveau des poumons.

S'il ne s'agit pas d'une rechute virale, ni de séquelles, il s'agit en revanche bel et bien d'une rechute de symptômes. Alors pourquoi chez certaines personnes ces symptômes très handicapants persistent-ils plus longtemps ?

C'est encore difficile à dire. Il semblerait que ces symptômes finissent peu à peu par s'atténuer, et par disparaître même après 6 semaines. Il n'est pas exclu qu'il y ait dans ces symptômes une part de somatisation, et donc de traduction physiologique de l'anxiété, mais cette somatisation à elle seule ne peut pas expliquer la persistance de ces troubles, qui doivent donc être accompagnés et pris au sérieux par les médecins de ville – un arsenal thérapeutique existe, tant pour les états de fatigue que pour les difficultés respiratoires ou les céphalées.

Le message important à retenir c'est que, même si ces troubles persistent, ils finissent dans la plupart des cas par se dissiper.

Pour les cas grave, je ne vous surprendrai pas en vous disant que la rémission est évidemment plus longue. Si on s'en tient aux statistiques fournies par une étude rétrospective publiée dans le Journal of Infection sur 249 patients chinois hospitalisés entre le 20 janvier et jusqu'au 25 février. Ceux admis en soins intensifs ont eu une durée de fièvre significativement plus longue, jusqu'à 31 jours, comparés aux 9 jours des patients hospitalisés ne nécessitant pas de soins intensifs.

Une autre étude, effectuée par le CHU de Tours, qui a accueilli 327 patients en réanimation – et qui en a rappelé 150 un mois après leur sortie de l'hôpital, pour évaluer leur état, atteste que 80% d'entre eux présentaient encore au moins un symptôme à J 30 après la sortie donc, 17% sont encore en arrêt maladie, une personne sur 2 se sent moins bien qu'avant l'infection à la Covid, et 40% ont encore des troubles persistants du goût et de l'odorat.

Mais on parle bien des patients qui sont passés par la réanimation, et comme nous le disait pour une chronique précédente un médecin spécialiste : la réanimation, c'est une guerre sale. La ventilation mécanique laisse des séquelles qui s'estompent, certes, mais qui peuvent être handicapantes et les probabilités de contracter une autre maladie après un séjour en réanimation sont considérablement augmentées. 

Pour conclure : il est certain qu'il faut prendre au sérieux, et notamment en médecine de ville, les patients qui se plaignent de symptômes persistants, qu'ils aient souffert d'une forme modérée ou aiguë. Mais une fois de plus, il s'agit d'un virus nouveau, et si l'état de fatigue persiste, et avec tout l'aspect handicapant que cela peut avoir, il ne faut pas céder au fatalisme : ces symptômes, petit à petit, devraient finir par s'estomper, avec un suivi adéquat, et une bonne dose de patience.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
L'équipe
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