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Pourquoi on cherche à connaître précisément la durée d’infectiosité ?

Combien de temps est-on infectieux à la Covid ?

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Sciences |Une récente étude a tenté d’évaluer la durée de l’infectiosité du Sars CoV2 à partir d’échantillons contaminés.

Pourquoi on cherche à connaître précisément la durée d’infectiosité ?
Pourquoi on cherche à connaître précisément la durée d’infectiosité ? Crédits : Paul Biris - Getty

Il est important de connaître la durée d’infectiosité. Parce que cela peut déterminer beaucoup de choses dans le parcours de soin, et notamment la durée pendant laquelle les patients hospitalisés sont gardés à l’hôpital ou mis en quarantaine, pour ne pas les relâcher dans la nature et risquer qu’ils ne contaminent à nouveau d’autres personnes, et notamment leur cercle familial proche.

Mais avant cela, il faut peut-être faire un petit point sur ce dont on parle exactement. L’infectiosité, c’est la capacité d’une maladie infectieuse à se transmettre plus ou moins facilement. Il ne faut pas confondre l’infectiosité avec la contagiosité qui est la capacité d’un agent pathogène à se diffuser par contact direct ou indirect avec un hôte. L’infectiosité décrit strictement la phase de sortie du pathogène, et sa faculté à infecter d’autres cellules. Certaines maladies sont très infectieuses, mais très peu contagieuses, comme la dengue par exemple qui est transmise par un vecteur comme les moustiques qui sont très infectieuses, mais qui sont de fait très peu contagieuses. 

Jusqu’à présent, pour la Covid, il était plus ou moins admis que tant que le test virologique était positif, le test PCR, la personne restait contagieuse or, comme vous le savez, les tests PCR peuvent rester positif très longtemps, en moyenne 20 jours après le début des symptômes, et jusqu’à 37 jours maximum.

Or il semblerait que test PCR positif et infectiosité ne soient pas synonymes, et que l’infectiosité diminue beaucoup plus vite que prévu. C’est en tout cas ce que concluent plusieurs études qui viennent d’être publiées.

Et que disent ces études ? Elles sont donc au nombre de 2 La première a été publiée le 22 mai dans la revue Clinical Infectious Disease. C’est, précisons-le, une étude in vitro, mais avec un protocole tout à fait intéressant.

Les chercheurs ont utilisé des échantillons PCR de sujet déclarés positifs entre mi-mars et début avril. Ils ont ensuite mis des cellules de culture en contact avec ces échantillons pour voir si ces cellules allaient être infectées. L’équipe en a conclu que les échantillons semblent être les plus contagieux lorsqu’ils sont prélevés entre 3 et 5 jours après l’apparition des symptômes mais surtout qu’à J 8, plus aucune culture n’est positive, laissant entendre qu’après 8 jours, même s’il reste des virus présents dans l’organisme, ces virus ne sont plus en mesure d’infecter de nouvelles cellules.

En résumé : même si un patient est testé PCR positif, cela ne veut pas dire qu’il est pour autant infectieux. Ce qui changerait, si cela était confirmé in vivo, considérablement la donne quant au maintien des patients en milieu hospitalier une fois les symptômes traités.

Une autre étude vient corroborer ces résultats. Il s’agit cette fois d’un rapport publié dans le Singapore’s National Center for Infectious Diseases et l’Académie de médecine de Singapour. Il ne s’agit pas d’une étude à part entière, mais les auteurs de ce rapport ont analysé un certain nombre de données cliniques, épidémiologiques et virologiques.

Il en ressort que sur la base des données accumulées depuis le début de la pandémie, la période infectieuse du SARS-CoV2 chez les individus symptomatiques peut commencer environ 2 jours avant le début des symptômes et persister jusqu’à 7 à 10 jours après le début des symptômes.

Conclusion : une fois de plus, un test positif n’est pas synonyme d’infectiosité.

Quelles leçons en tirer ? Ces résultats pourraient avoir un impact sur les politiques en matière de maintien en milieu hospitalier. Actuellement, pour être guéris, les patients doivent présenter 2 tests PCR négatifs à 24h d’écart. Il semblerait que ce critère ne soit plus absolu, et que la fin de l’infectiosité signe la fin de la maladie.

Mais comme toujours, il faut être prudent. Il est aussi possible d’envisager le fait que ce soit la réponse immunitaire humorale, les anticorps qui sont développés à partir du 6ème ou 7ème jour, qui neutralisent les cellules infectées dans les échantillons testés et garder à l’esprit qu’il s’agit, pour la première étude, d’un test in vitro qui demande à être vérifiée par une étude clinique avant de pouvoir en tirer des conclusions fermes et solides sur le plan sanitaire.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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