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Qu'est-ce que c'est qu'un anticorps monoclonal ?

Le tocilizumab, un premier espoir thérapeutique ?

5 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur l'annonce de l'APHP et des espoirs de traitement avec un anticorps monoclonal.

Qu'est-ce que c'est qu'un anticorps monoclonal ?
Qu'est-ce que c'est qu'un anticorps monoclonal ? Crédits : Vaidas Bucys / EyeEm - Getty

Il s'agit du tocilizumab, le MAB à la fin voulant précisément dire monoclonal antibody, soit anticorps monoclonal.

Alors on va prendre les choses dans l'ordre : qu'est-ce que c'est qu'un anticorps monoclonal ? C'est un anticorps ciblé, produit en laboratoire à partir d'un type de leucocytes – c'est-à-dire de globules blancs génétiquement modifiés pour produire spécifiquement de grandes quantités d'un anticorps d'une seule souche – d'où monoclonal, qui cible un antigène précis. 

Qu'est-ce que c'est maintenant que ce tocilizumab ? C'est un anticorps monoclonal qui a été développé il y a une dizaine d'années, mais dont on connaît bien l'action puisqu'il sert principalement à lutter contre une maladie inflammatoire chronique des articulations, la polyarthrite rhumatoïde. L'anticorps va en fait bloquer le récepteur d'une cytokine, l'interleukine 6 – qui est l'un des responsables de l'inflammation. Il enveloppe en quelques sortes les récepteurs de ces interleukines, qu'on va appeler IL6, et donc en les empêchant de se connecter aux cellules cibles, empêche l'emballement de la réponse immunitaire.

Et là, comme presque plus rien ne vous échappe après bientôt deux mois de chronique scientifique matinale, plein de petits voyants se sont allumés dans votre cerveau et vous avez vu juste : cet effet de frein d'une réponse immunitaire démesurée, c'est exactement ce que les chercheurs ont voulu tester sur la « tempête de cytokines » que provoque le SARS-CoV2 dans la deuxième partie de l'infection. L'intérêt de ce médicament intervient donc dans la deuxième partie de la maladie, une fois la première phase virologique – lorsque le virus se multiplie dans l'organisme – est passée, et pour éviter que des patients qui présentent une infection modérée à sévère, ne voient leur état empirer et basculent en réanimation.

L'APHP n'est pas le premier organisme à s'intéresser au tocilizumab. Il y a quelques essais modérés et non significatifs – sans groupe de contrôle, sur de trop petites cohortes, qui pointaient dans la direction d'une réduction du passage en réanimation et d'un besoin moindre de ventilation mécanique, notamment une prépublication française, sur un étude réalisée à l'hôpital Foch à Suresnes sur 30 patients qui montrait que le blocage de l'IL6 conduisait à la réduction du besoin de mise sous respirateur qui était de 64% pour le groupe contrôle et de seulement 43 pour le groupe traité. Des résultats, vous le voyez, a priori encourageants mais pas non plus spectaculaires.

Que dit alors l'étude réalisée par l'APHP ? Alors, c'est là où le bât blesse un peu parce que l'étude n'a pas encore été publiée, et tout ce dont nous disposons aujourd'hui c'est d'un communiqué de presse qui nous dit que le tocilizumab améliore « significativement » le pronostic des patients avec pneumonie Covid sévère ou moyenne.

Habitué que vous êtes à ces radiographies, vous savez que les résultats non publiés que la science par communiqué de presse. On n'aime vraiment pas beaucoup ça mais vraiment pas. Pour autant, nous avons joint Olivier Hermine, qui est hématologue à l'hôpital Necker et qui coordonne cet essai de l'APHP, l'essai Corimuno-19. 

C'est une plateforme d'essais adaptative, qui teste de nombreux médicaments – on parle de bras d'essais, avec la possibilité très rapide d'abandonner un traitement si aucun effet n'est constaté, ou au contraire de renforcer un bras si les premiers retours d'étude sont encourageants. Et c'est ce qui se passe avec le tocilizumab.

Concrètement, 260 patients ont été sélectionnés pour essayer 2 anticorps monoclonaux, le tocilizumab et un homologue, le sarilumab. Le groupe a été divisé en 2, et donc 129 patients Covid ont été randomisés, 65 pour traitement habituel tocilizumab, et 64 avec juste le traitement habituel. Le communiqué de presse est parti compte tenu des résultats intermédiaires obtenus à 14 jours – avec donc une amélioration significative de l'état du groupe traité, le suivi doit durer 3 mois. L'APHP indique également que ces résultats sont en cours d'examen par une revue à comité de lecture. 

Pour l'autre moitié du groupe, traité au sarilumab, selon Olivier Hermine, et selon les premiers résultats, cela semble efficace dans les cas très sévères mais délétère dans les cas les moins graves.

Parce qu'il y a un problème de fond avec les immunosuppresseurs : c'est celui de la balance. La réaction inflammatoire est nécessaire pour lutter contre l'infection, c'est la réaction normale du système immunitaire. Lutter contre son emballement, c'est évidemment indispensable, mais il ne faut pas non plus l'inhiber complètement au risque de voir repartir l'infection et d'empêcher ses effets bénéfiques de mobilisation du système immunitaire. 

C'est entre autre pour cela que Jean-Daniel Lelièvre, qui est chef de service des maladies infectieuses et d'immunologie à l'hôpital Henri Mondor, souhaite proposer un autre bras à la plateforme d'essai Corimuno-19 : un traitement des formes graves de Covid par l'association du tocilizumab et d'un antiviral, le favipiravir – qui a été étudié notamment dans Ebola, et qui permettrait de continuer à diminuer la charge virale au niveau des poumons, tout en maintenant l'effet immunosuppresseur bénéfique de l'anticorps monoclonal et donc d'empêcher le développement de symptômes inflammatoires et respiratoires aigus.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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