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Le Covid-19 est avant toute chose une infection pulmonaire.

Le Covid-19 est-il une maladie systémique ?

5 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il se demande aujourd'hui si le Covid serait plus qu'une infection pulmonaire.

Le Covid-19 est avant toute chose une infection pulmonaire.
Le Covid-19 est avant toute chose une infection pulmonaire. Crédits : Caspar Benson - Getty

Je vous ai parlé ici même à plusieurs reprises d'atteintes possibles sur d'autres organes, sur le cerveau notamment, mais également aux reins, au cœur. On parle aujourd'hui de tropisme intestinal, voire de conséquences hématiques. Alors in fine, comme le suggèrent plusieurs articles, au ton une fois de plus excessivement alarmiste, le Covid ne serait tout compte fait pas un pneumopathie mais une maladie systémique bien plus grave, qui attaque tous les organes.

Alors pour répondre immédiatement à cette question : le Covid-19 est avant toute chose une infection pulmonaire. C'est bel et bien une maladie des voies respiratoires. Comme je vous l'ai souvent expliqué, le virus rentre par une porte d'entrée qui est une protéine de surface, la protéine ACE2 qui est exprimée dans les voies respiratoires supérieures et inférieures, dans les alvéoles pulmonaires, mais qui est également, il est vrai, exprimée à la surface d'autres types de cellules, et de nombreux : les cellules cardiaques, les cellules rénales, certaines cellules épithéliales intestinales, mais également certaines cellules endothéliales qui bordent la paroi interne des vaisseaux sanguins. 

Or si le SARS-CoV2 infecte de prime abord les cellules pulmonaires, il est vrai que dans les formes graves de la maladie, le virus lorsqu'il s'est répliqué de façon suffisamment importante, peut s'en prendre à ces autres cellules et l'infection gagner d'autres organes.

De quels éléments dispose-t-on pour évaluer ces cas d'infection multisystémique ? Sur les cellules cardiaques pour commencer. Je vous en avais déjà parlé à propos de l'hydroxychloroquine, qui entraîne dans certains cas des complications cardiaques sévères à graves, pouvant entraîner la mort dans certains cas rares, du fait de la désynchronisation du rythme ventriculaire et de ce qu'on appelle des torsades de pointe. Ce type de complication cardiaque avait déjà été identifié pour d'autres coronavirus, notamment le SARS-CoV1 à l'origine de l'épidémie de SRAS. Néanmoins, toutes les études pointent vers des complications chez des cas minoritaires, dont un grand nombre souffrait déjà d'importantes comorbidités, comme de l'hypertension artérielle ou de diabète.

D'autres cas plus courants montrent une atteinte du système digestif. Les symptômes digestifs sont assez fréquemment associés au tableau clinique de la maladie – notamment les diarrhées. Selon une étude publiée le 14 avril dans l'American Journal of Gastroenterology, sur une cohorte de 204 patients, la moitié d'entre eux ont présenté un ou plusieurs symptômes digestifs – la large majorité étant un simple manque d'appétit, une diarrhée pour un tiers, et dans des cas nettement plus rares, des vomissements pour 4% des cas et des douleurs abdominales pour 2% des cas.

Les chercheurs ont identifié le fait que les symptômes digestifs deviennent plus prononcés chez les patients chez qui la maladie s'aggrave. Ce type de symptômes avait été, là aussi, déjà constaté de façon fréquente chez les patients atteints par le SRAS et le MERS. 

Par ailleurs, de l'ARN viral a été retrouvé dans les selles de malades, ce qui ouvre la porte à la possibilité d'une contamination oro-fécale. Selon une étude toute récente, publiée le 1er mai, le virus pourrait de facto se reproduire dans les entérocytes, qui sont l'une des quatre couches de la paroi intestinale. 

On sait également que le virus peut aller se nicher dans les reins, qui présentent un grand nombre de marqueurs ACE2. Mais une fois de plus, selon plusieurs études, les patients avec les atteintes rénales les plus importantes étaient en très grande partie âgés, et avec des antécédents d'hypertension, de diabète voire des tumeurs.

Reste une question, qui a donné lieu à des articles assez alarmistes et pour la plupart mal sourcés ou avec des données très fragmentaires : il s'agit de la question des caillots sanguins. Je vous disais plus tôt qu'on retrouve le récepteur ACE2 sur l'endothélium vasculaire, donc sur la paroi des vaisseaux sanguins. Or cet endothélium libère des facteurs anticoagulants et gère, d'une certaine manière, la fluidité du sang. Lorsque la paroi endothéliale est atteinte, l'activité coagulante prend le dessus. Tout cela pourrait donc expliquer cette formation anormale de caillots sanguins qui peut avoir des conséquences graves chez certains patients, allant parfois jusqu'à la nécessité d'amputer un membre pour éviter des complications sévères comme des gangrènes.

Les caillots sanguins peuvent aussi conduire à des AVC, ou à des accidents ischémiques – des arrêts cardiaques. Or, on sait que toute flambée inflammatoire – et vous savez que c'est ce que provoque le SARS-CoV2 dans la seconde partie de l'infection, avec la « tempête de cytokines » - prédispose à la formation de caillots sanguins. Comme nous l'a confirmé Yves Gaudin, virologue à l'Institut de Biologie Intégrative à l'Université Paris Saclay, dans beaucoup de maladies virales, lorsque le système immunitaire est défaillant, le virus finit par s'introduire dans tous les organes, et provoquer ces défaillances systémiques que je viens de recenser. Par ailleurs les phénomènes de thrombose sont fréquents dans les maladies infectieuses, puisque tout état inflammatoire est pro-coagulant et diminue la fluidité du sang.

Pour conclure : que les cas les plus aigus de Covid-19 prennent un aspect multisystémique, c'est une réaction assez connue, assez normale, évidemment plus forte chez les patients qui souffrent déjà d'autres pathologies ou qui sont immunodéprimés. Vouloir faire passer cette maladie pour une sorte de peste qui détruirait un par un tous les organes, c'est non seulement la méconnaître, mais aussi en ignorer le fonctionnement aujourd'hui bien identifié pour les plus de 95% des malades qui en guérissent spontanément.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique.

Un grand merci pour son aide à Xavier Duval, infectiologue au centre d’investigation clinique de l’hôpital Bichat

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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