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De nombreux virus respiratoires sont « météo- dépendants ».

Le Covid-19 est-il sensible à la météo ?

4 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le Coronavirus. Il revient aujourd'hui sur le lien entre la météo et la propagation du Covid-19.

De nombreux virus respiratoires sont « météo- dépendants ».
De nombreux virus respiratoires sont « météo- dépendants ». Crédits : chuchart duangdaw - Getty

Depuis le début de l'épidémie, une question se pose : les beaux jours vont-ils naturellement mettre un terme à la propagation du virus, au même titre que pour la grippe saisonnière, ou pour le rhume – qui est provoqué également, rappelons-le, par des coronavirus. 

La météo peut-elle être notre meilleur alliée dans la lutte contre le Covid-19 ?

Il est vrai que de nombreux virus respiratoires sont « météo-dépendants ». Et pour des raisons qui sont aujourd'hui parfaitement comprises, cela tient à plusieurs choses : pour l'aspect virologique, la saisonnalité hivernale s'explique par plusieurs facteurs. Le premier, c'est le rayonnement UV. Le soleil, les rayons ultra-violets sont particulièrement délétères sur le matériel génétique des virus à l'air libre, ils les détruisent. Et c'est encore plus vrai pour les virus à ARN, plus fragiles que les virus à ADN. Par ailleurs, lorsqu'il fait chaud, les gouttelettes s'évaporent plus rapidement, et sont donc contaminantes moins longtemps.

Ensuite, il y a un paramètre lié à ce qu'on appelle l'humidité absolue de l'air - la quantité totale de vapeur d'eau dans un volume d'air donné. En hiver, cette humidité absolue est très basse, contrairement au printemps et à l'été. L'air froid retient bien moins la vapeur d'eau. Plus l'air est humide, plus les gouttelettes qui contiennent la charge virale s'agrègent à l'humidité ambiante, elles deviennent donc plus lourdes et chutent plus rapidement. Conclusion : les gouttelettes restent plus longtemps en suspension dans l'air sec, elles se propagent donc mieux.

Ensuite, il y a une composante immunitaire : une étude parue dans Nature Communication en mai 2015 montre très clairement que le système immunitaire est plus sensible à certaines infections pendant l'hiver, pour des raisons pro-inflammatoires, ce qui nous rend plus sensibles à un certain nombre de pathogènes ; ajoutez à cela un mode de vie hivernal plus confiné, plus au contact des autres dans des espaces clos, et vous avez peu ou pour les raisons qui expliquent la saisonnalité des pathologies virales respiratoires.

Le schéma de la saisonnalité des pathologies virales respiratoires peut-il se décalquer pour le Covid-19 ? 

Tout d'abord, le premier argument contre serait de noter que le virus s'est propagé dans le Sud-Est Asiatique, où il fait à l'heure actuelle des températures entre 20 et 30 degrés, ce qui n'a pas empêché l'épidémie de s'installer.

Certes, mais ce qu'il faut rappeler, c'est que contrairement à la grippe ou au rhume, le SARS-CoV2 est un virus totalement nouveau pour le système immunitaire humain, il est donc extrêmement contagieux puisqu'il ne rencontre aucune forme de résistance au moment de l'infection. 

Une étude chinoise parue le 10 mars dans Social Science Research Network s'est intéressée à l'impact de la température et de l'humidité de l'air sur le taux de reproduction du virus, c'est à dire le nombre de personnes contaminées par un seul malade. Je rappelle que pour le Covid-19, il est de 2,5. Soit une personne contamine en moyenne 2,5 autres, et ainsi de suite.

Selon cette étude, il y aurait bien une influence apparente : pour 1 degré Celsius d'augmentation de la température, le R0 baisserait de 0,0383, et pour 1% d'augmentation de l'humidité relative, de 0,0224. Ce n'est certes pas énorme, mais une autre étude, publiée le 19 mars par des chercheurs du MIT montre que 90% des infections se produisent dans des régions où la température se situe entre 3 et 17 degrés, et où l'humidité absolue est de 4 à 9 grammes par mètre cube.

Tout cela ferait donc tendre vers une sensibilité saisonnière du SARS-CoV2. Mais comme toujours, les choses ne sont pas si simples. Tout d'abord, parce qu'il faut bien comprendre que la météo ne « tue » pas le virus, mais en réduit, au moins partiellement, la contagiosité – ce qui est très différent. Ensuite, parce qu'une fois de plus, ce virus est totalement nouveau. Et sa virulence est donc beaucoup plus importante, dû au fait qu'avant son émergence, strictement personne ne l'avait rencontré et n'en était protégé. Avant de pouvoir envisager une évolution saisonnière d'un agent viral, il faut attendre ce qu'on appelle l'équilibre « hôte pathogène » - c'est-à-dire attendre que la population hôte s'immunise en grande partie pour que le R0 diminue et que l'on puisse constater, statistiquement, une forme de variation saisonnière sur un temps plus long.

Selon Marc Lipschit, professeur d'épidémiologie à Harvard, il est probable qu'une fois le SARS-CoV2 largement répandu dans la population, et seulement à ce moment, il finisse par se comporter comme un virus saisonnier, au même titre que les rhinovirus et la grippe, et se transforme en nouvelle infection virale saisonnière. Tout ceci est à prendre avec beaucoup de précautions, mais il est possible d'imaginer qu'en s'atténuant du fait de sa diffusion, et avec une diminution probable de son taux de létalité, le Covid-19 deviennent un nouveau coronavirus endémique, qui aboutirait à une saison du Covid-19, comme il y a une saison de la grippe ou une saison de la gastro-entérite.

Un grand merci à Étienne Decroly, microbiologiste, directeur de recherche au CNRS, que nous avons contacté et qui nous a donné de précieuses informations pour documenter cette chronique.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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