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Les animaux sont-il des relais du Covid-19 ?

Les animaux et le Covid

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Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur les liens entre le Covid-19 et les animaux, et notamment les animaux domestiques.

Les animaux sont-il des relais du Covid-19 ?
Les animaux sont-il des relais du Covid-19 ? Crédits : Zelma Brezinska / EyeEm - Getty

Et oui, le 2 mai dernier, l'école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort a signalé le cas d'un chat testé positif au coronavirus, après avoir été vraisemblablement infecté par ses propriétaires. Et ce cas n'est pas unique, d'autres animaux domestiques – des chats essentiellement mais aussi des chiens, ont été diagnostiqués positifs au SARS-CoV2, avec cette crainte : et si les animaux domestiques pouvaient non seulement contracter la maladie, mais aussi, par effet rebond, la transmettre aux humains ?

Alors autant le dire tout de suite : dans l'état actuel de nos connaissances, et compte tenu du très faible nombre de cas répertoriés, il est très improbable que nos petites bêtes à poil soient des relais du C6vid-19. En tout et pour tout, 7 cas – hors étude – ont été recensés dans le monde, 5 chats domestiques, ainsi que 2 chiens à Hong Kong. Mais la question mérite d'être posée pour tout un tas de raisons que je vais tâcher de vous expliquer.

Tout d'abord parce qu'il existe de nombreux coronavirus qui infectent les animaux, et qui sont parfois à l'origine de maladies graves, voire mortelles. Chez le chat par exemple, le coronavirus entérique félin ou le virus de la péritonite infectieuse féline en sont deux exemples assez virulents. C'est aussi le cas chez le chien via le coronavirus canin, assez répandu et à l'origine de troubles gastro-intestinaux, mais aussi chez les porcs, les bovins, les oiseaux et évidemment chez la chauve-souris et ses 1200 espèces, qui sont un immense réservoir viral même si elles ne déclarent, pour la plupart, que très peu de symptômes.

Il faut dire que le récepteur qui est la porte d'entrée du virus, le récepteur ACE2, est présent chez de nombreuses espèces animales, et donc chez le chat et le chien. Mais la seule présence de ce récepteur n'est pas suffisante pour permettre l'infection de ces animaux. D'autres éléments de la cellule sont aussi nécessaires à sa réplication – et c'est ce qui constitue, en partie, la barrière d'espèce.

Par ailleurs, la famille des coronavirus est multiple : le SARS-CoV2 fait partie des bêta-coronavirus, mais il y a les alpha, les gamma et les delta qui contaminent eux les oiseaux qui sont de fait totalement immunisés au SARS-CoV2, au même titre que les reptiles ou les insectes. Le passage de ce coronavirus spécifique de la chauve-souris à l'homme n'a pu se faire qu'à force d'aller-retour fréquents, via les marchés d'animaux, et par le biais d'un réservoir intermédiaire – pangolin ou autre – et à force de mutations pour, in fine, terminer par infecter l'être humain.

Mais alors, que se passe-t-il précisément avec les animaux domestiques, qui sont en contact rapproché et répété avec l'être humain ? Pour l'heure, pas grand chose. Des tests ont été effectués en laboratoire, donc dans des conditions expérimentales extrêmes, très éloignées de la réalité, notamment à travers une étude déposée en pré-publication sur le site bioRxiv, pour laquelle des chats ont été inoculés avec des doses très importantes de SARS-CoV2 – bien plus élevées que celles qui se transmettent par voie naturelle. Et il a en effet été constaté que les chats avaient une susceptibilité particulière pour le SARS-CoV2. Néanmoins d'une part, le virus circule très mal entre les chats infectés et les chats non-infectés et que d'autre part, tous les animaux de l'essai ont développé des anticorps contre le virus.

Des essais similaires effectués sur les chiens montrent une absence de transmission entre chiens inoculés et chiens naïfs. Ce qui porte à conclure – et ce, corrélé avec l'extrême minorité de cas détectés – que la transmission dans le sens animal/humain est très fortement improbable, quelle que soit la susceptibilité constatée dans ces essais en laboratoire – ce que confirme l'étude qui a conduit à la détection du premier chat contaminé en France, menée par Sophie Le Poder, que nous avons contactée, qui aboutit au mêmes conclusions, et qui rappelle qu'un animal infecté ne veut pas dire un animal malade – il peut être porteur du virus sans pour autant développer le moindre symptôme. Il semble par ailleurs assez évident que, si les animaux domestiques ou d'élevage étaient d'importants réservoirs, compte tenu de l'importante diffusion du virus, cela aurait été immédiatement significatif en terme épidémiologique ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. 

Donc pas d'inquiétude quant à votre compagnon à poil. En revanche, d'autres inquiétudes subsistent, pour d'autres animaux, notamment sur les grands singes. D'autant plus que l'on sait que les virus respiratoires humains sont déjà la principale cause de décès dans les communautés de chimpanzés de Kibale et du parc national de Gombe Stream en Tanzanie. A titre d'exemple, dans ce parc national, chaque fois qu'un virus respiratoire s'est propagé, environ un quart des chimpanzés sont morts.

Non seulement le récepteur ACE2 chez les grands singes sont pour le coup extrêmement proches, voire identiques à ceux présents chez l'être humain mais la barrière inter-espèce est évidemment beaucoup plus ténue, au vu de la proximité de nos patrimoines génétiques. Pour l'heure, des mesures préventives ont été mises en place pour protéger les animaux, chez les chercheurs qui sont à leur contact proche. Mais la crainte vient bien évidemment du tourisme, restreint à l'heure actuelle par les mesures de confinement mais cette restriction n'est pas éternelle, et une étude a révélé que 98% des groupes de touristes ont violé au moins une règle de distanciation lors de visite de réserves, et que nombre d'entre eux ont dissimulé le fait d'être atteint d'une maladie. Il est donc légitime, aujourd'hui, de s'inquiéter de la propagation de ce nouveau virus, dans les mois qui viennent, auprès des populations d'animaux sauvages chez qui il pourrait provoquer une hécatombe.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Un grand merci pour son aide à la préparation de cette chronique à Ludovic Freyburger, vétérinaire et Directeur de la Formation Vétérinaire à la Compagnie des Animaux.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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