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Un vaccin verra-t-il le jour et si oui, à temps ?

Peut-on vraiment espérer un vaccin ?

5 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il revient aujourd'hui sur les avancées de la recherche en matière de vaccination.

Un vaccin verra-t-il le jour et si oui, à temps ?
Un vaccin verra-t-il le jour et si oui, à temps ? Crédits : JurgaR - Getty

Pour répondre à deux types d'articles ou de rumeurs que nous avons vus passer dans la presse ou sur internet ces derniers jours : le premier, qui explique qu'il ne peut pas y avoir de vaccin, parce qu'on ne sait pas vacciner contre les coronavirus, le deuxième affirmant soit qu'un vaccin sera prêt pour l'automne, soit au contraire qu'il arrivera de toutes façons trop tard parce que d'ici 12 à 18 mois, il n'y en aura plus besoin vu que nous serons suffisamment immunisés.

Une chose après l'autre donc. Tout d'abord sur cette question de l'inexistence de vaccins contre les coronavirus. C'est partiellement vrai. Il n'existe pas à l'heure actuelle de vaccin contre les coronavirus humains. Aucune recherche vaccinale contre le SRAS ou le MERS n'a abouti – en partie parce que la faible ampleur de ces épidémies n'a pas nécessité d'aller au bout de ces recherches. Mais il existe bien des vaccins vétérinaires contre des coronavirus : contre la péritonite infectieuse féline, le PIF, contre la bronchite infectieuse aviaire, contre la coronavirose entérale du chien et contre les diarrhées à coronavirus du veau. Pour la vaste majorité d'entre eux, il s'agit de vaccins vivants atténués – j'y reviendrai – mais vous conviendrez assez facilement qu'un vaccin vétérinaire n'a pas les mêmes exigences d'efficacité ou de sécurité qu'un vaccin humain.

Donc pour un vaccin contre le SARS-CoV2 humain, même si les chercheurs peuvent s'appuyer sur les éléments de recherche qui avaient été produits sur le CoV1 et le MERS, il n'y a pas à l'heure actuelle de vaccin qui a fait la preuve de son efficacité et de son innocuité qui pourrait servir de base solide au développement d'un nouveau candidat vaccin.

Néanmoins, contrairement aux rumeurs, et selon Bruno Pitard, directeur de recherche CNRS et chercheur Inserm au centre de recherche en immunologie Nantes-Angers, on peut écarter l'hypothèse selon laquelle il n'y aura pas de vaccin. Selon lui, la protéine Spike, l'antigène de surface du SARS-CoV2, est immunogène, l'organisme développe une réponse immunitaire, et l'importante mobilisation de multiples équipes sur la recherche vaccinale devrait aboutir. Reste à savoir quand.

En effet, comme je vous l'avais déjà expliqué, le développement d'un vaccin prend du temps. A l'heure actuelle, 7 essais cliniques – c'est-à-dire qui ont dépassé le stade animal et sont passés à l'être humain, sont en cours, et entre 80 et 100 essais en sont au stade préclinique. Ces recherches aboutiront-elles suffisamment vite, c'est-à-dire avant que le virus ait soit produit une immunité de groupe suffisante, soit avant qu'il se soit éteint – ce qui reste une possibilité ? Il est impossible de le dire à l'heure actuelle.

Reste donc la question de la date, qui est étroitement liée à la stratégie choisie par les différentes équipes de recherche. Il y a quatre grandes groupes de travaux. Le premier groupe, ce sont les virus inactivés (donc). Il s'agit de rendre le virus inoffensif tout en conservant sa structure. C'est la stratégie employée pour développer chaque année le vaccin contre la grippe. Le système immunitaire va reconnaître l'antigène de surface, la fameuse protéine Spike, et va développer des anticorps qui seront ensuite efficaces lorsque le virus virulent se présentera.

Avantage : c'est une technique éprouvée, et donc facile à reproduire à grande échelle. Le problème, c'est que ce type de stratégie peut produire une réponse immunitaire assez forte, et qu'il suffit qu'un très petit nombre de virus ne soit pas suffisamment inactivé pour provoquer malgré tout la maladie. Et là c'est la loi des grands nombres : si 0,01% des virus reste actif, pour 100 vaccins, on est à 1% de chance de déclarer la maladie chez 1 personne, 1000 vaccins, 10% et ainsi de suite.

Deuxième stratégie : un vaccin à base de protéine S toute seule. Pour le coup, cette stratégie est extrêmement sûre. Mais pour faire réagir le système immunitaire, il faut ajouter des adjuvants. Ce n'est pas parce que qu'on ingère un antigène que le système immunitaire va se jeter dessus – pour reprendre l'exemple que nous donnait Bruno Pitard, ce n'est pas parce que vous mangez un steak que vous allez fabriquer des anticorps contre les cellules de vache. Par ailleurs, il faut être sûr de produire de bonnes quantités de protéines, et dans la bonne conformation. Bref, cette technique, si elle est très sûre, serait moins efficace que les autres.

Troisième technique : faire produire la protéine S par l'organisme des personnes vaccinées directement. Deux options pour cela : soit passer par un vecteur viral anodin – comme les adénovirus dont on sait qu'ils sont totalement inoffensifs de telle sorte que le génome viral intègre certaines cellules du système immunitaire, qui se mettent à exprimer la protéine S à leur surface, et donc conduisent à la production d'anticorps. Ou, autre stratégie : passer par des vecteurs synthétiques – dont la mécanique est un peu trop complexe pour que je vous l'explique en 4 minutes qui aboutissent au même résultat. 

Inconvénients de ces techniques : elles sont très prometteuses et très séduisantes mais pour le moment encore très hypothétiques, puisque surtout pour la deuxième option, aucun vaccin n'a pour l'heure été produit de la sorte – même si les résultats préliminaires sur les modèles animaux sont prometteurs.

Une équipe d'Oxford a lancé, le 23 avril dernier, un essai clinique sur un candidat vaccin à adénovirus sur plus de 1100 participants, promettant une mise sur le marché en septembre. C'est évidemment très encourageant mais il faut encore une fois être très prudent à ce stade, de nombreuses recherches de phase 2 n'ont jamais atteint la phase 3 faute de preuve suffisante de protection significative. Par ailleurs, d'autres essais naguère prometteurs via des adénovirus ont abouti in fine à des échecs retentissants. La Chine de son côté a lancé deux essais avancés sur des pathogènes inactivés – avec les mêmes réserves d'usage. En France, l'Institut Pasteur travaille sur un vaccin en employant le vecteur viral de la rougeole atténué et devrait débuter leur essai clinique début juillet.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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