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 Les cas d'enfants âgés de moins de 10 ans qui développent les symptômes de la maladie seraient autour de 1%, voire moins.

Pourquoi les enfants sont-ils moins touchés par le Covid-19 ?

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Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le coronavirus. Il essaie aujourd'hui de comprendre pourquoi le Covid-19 est beaucoup moins virulent chez les enfants.

 Les cas d'enfants âgés de moins de 10 ans qui développent les symptômes de la maladie seraient autour de 1%, voire moins.
Les cas d'enfants âgés de moins de 10 ans qui développent les symptômes de la maladie seraient autour de 1%, voire moins. Crédits : pinstock - Getty

Nous vous parlions hier des cas sévères, qui peuvent conduire à la mort de patients jeunes, comme cette jeune fille de 16 ans décédée en France la semaine dernière. Ces cas, tragiques bien qu'extrêmement rares, ne doivent pas masquer une autre réalité épidémiologique : dans leur immense majorité, les enfants ne développent quasiment pas le Covid-19. Pourquoi ?

Commençons justement par les données épidémiologiques. Plusieurs études, dans différents pays, arrivent au même constat : les cas d'enfants âgés de moins de 10 ans qui développent les symptômes de la maladie seraient autour de 1%, voire moins. Selon le Journal of American Medical Association, en date du 24 février, sur un échantillon de 44 672 personnes contaminées en Chine, il n'y avait que 416 cas confirmés d'enfants de moins de 10 ans et 549 entre 10 et 19 ans, soit à peine plus d'1%.

En France, selon les chiffres de Santé Publique France, les moins de 15 ans représentent environ 2% des cas confirmés, avec 0 décès dans cette tranche d'âge. Idem en Italie et en Espagne où il n'existe aucune victime ni cas grave chez les enfants contaminés, et ainsi de suite.

La question est donc simple : pourquoi le Covid-19 ne touche pas, ou que marginalement les plus petits. Ce qui se passe pour le Covid-19 est par ailleurs bien connu pour plusieurs autres pathologies. La varicelle par exemple, bénigne chez l'enfant, et qui peut aboutir à des formes très graves quand elle est contractée à l'âge adulte. 

Mais si cette question semble simple, la réponse est, elle, complexe. Plusieurs hypothèses ont été posées.

La première est d'ordre immunologique. On sait, de façon diffuse, que le système immunitaire des enfants ne fonctionne pas tout à fait de la même façon que celui des adultes. De façon diffuse, parce que les études sur le sujet sont assez peu nombreuses. La première explication à cet état de fait, serait que pour les enfants, toute infection est une infection nouvelle, contrairement aux adultes qui développent, avec les années, une immunité acquise. Pour les enfants au contraire, chaque pathogène rencontré est strictement nouveau pour l'organisme. Les chercheurs estiment que pour être plus efficace, et compte tenu de l'importance des contacts avec tous ces nouveaux pathogènes qu'ils se transmettent par ailleurs allègrement dans les crèches ou les cours de récréation, leurs anticorps pourraient être, jusqu'à un certain âge, un peu moins spécifiques.

Les anticorps, c'est ce que l'on appelle la réponse immunitaire acquise : ils sont produits spécifiquement par le corps pour lutter contre un pathogène précis. Il suffit que le pathogène mute un peu pour que les anticorps ne soient plus efficaces – c'est notamment le cas de la grippe et de ses différentes souches, qui explique qu'il faille se faire vacciner chaque année pour faire correspondre le vaccin à la souche grippale précise qui est en circulation.

Avec des anticorps « à large spectre », les enfants auraient ainsi une réponse immunitaire acquise beaucoup plus efficace, leurs anticorps pourraient agir sur différentes variantes d'un même type de pathogène, et ainsi empêcher le développement de la maladie.  

Oui, la « tempête de cytokine » dont je vous parlais hier, c'est-à-dire ce moment où, après l'infection virale, le système immunitaire s'emballe et se met à produire en trop grande quantité des molécules pro-inflammatoires qui finissent par s'attaquer aux tissus, créer œdèmes, hémorragies jusqu'à un stade de défaillance des organes. 

Or, comme nous l'a signalé Thérèse Couderc, chercheuse Inserm dans l'Unité de Biologie des Infections de l'Institut Pasteur, une étude chinoise, publiée dans la principale revue médicale, The Lancet, le 25 mars dernier, semble indiquer qu'une protéine, la protéine C réactive qui augmente en cas d'infection et d'inflammation est exprimée de façon plus forte chez les adultes que chez les enfants. Ce qui laisserait entendre que chez les plus jeunes, le système immunitaire ne s'emballe pas de la même façon, ou en tout cas pas autant et donc, n'entraîne pas ou peu de complications sévères. Pendant l'épidémie de SRAS, en 2003, une étude montrait que les enfants avaient en effet une réponse inflammatoire moins forte que les adultes.

Dernière hypothèse : celle d'une légère différence dans les marqueurs ACE2, qui sont les portes d'entrée du virus dans l'organisme. Ce marqueur est exprimé dans de nombreux organes, et notamment chez l'adulte au niveau des poumons. C'est à cet endroit que le SARS-CoV2 s'accroche pour débuter l'infection. Or, chez les enfants, il est possible que ce récepteur soit exprimé de façon plus prononcée au niveau du tractus respiratoire supérieur, c'est-à-dire dans les voies aériennes supérieures, ou bien que les récepteurs soient de forme différente. Ce qui expliquerait, là aussi, l'absence de sévérité de la maladie au niveau pulmonaire. Mais cette hypothèse est à prendre avec beaucoup de précautions, tant il semble que la sévérité de l'infection ne soit pas dépendante du nombre de récepteurs ACE2 impliqués.

On voit donc que la réponse à cette question de la faible sensibilité des enfants à la maladie, reste très largement en suspens. Mais faible sensibilité ne veut pas dire absence de sensibilité, voire immunité. Avec le développement du nombre de cas, il faut s'attendre à rencontrer d'autres cas isolés d'infections sévères chez des enfants en bas âge et donc ne pas relâcher les mesures de confinement et les gestes barrière, même avec les tout petits.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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