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Ce sont les anticorps neutralisants qui permettent de lutter efficacement contre le virus SARS-CoV2.

L’infection au coronavirus produit-elle des anticorps ?

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Sciences |Nicolas Martin revient aujourd'hui sur la production des anticorps.

Ce sont les anticorps neutralisants qui permettent de lutter efficacement contre le virus SARS-CoV2.
Ce sont les anticorps neutralisants qui permettent de lutter efficacement contre le virus SARS-CoV2. Crédits : KATERYNA KON/SCIENCE PHOTO LIBRARY - Getty

C’est une question qui pourrait paraître naïve ou absurde : je n’arrête pas de vous parler des anticorps, pour les tests sérologiques, pour les vaccins depuis le début. Et pourtant, il restait un doute, non seulement sur la production d’anticorps spécifiques mais surtout sur la production d’anticorps neutralisants, c’est-à-dire qui permettent de lutter efficacement contre le virus SARS-CoV2.

Parce qu’il faut que je vous explique ceci, un peu plus en détail ce matin Lorsque le corps rencontre un agent pathogène, mettons un virus nouveau, bien sûr qu’il va développer, au bout de plusieurs jours, des anticorps. C’est la réponse immunitaire adaptative dont je vous parlais en détail et en longueur lundi, dans la Méthode Scientifique mais ces anticorps peuvent tout à fait s’accrocher à un virus sans en bloquer l’action infectieuse.

Prenez une clé. Si vous mettez un bout de pâte à modeler sur le bout de la clé, c’est ce qui va l’empêcher de rentrer dans la serrure. La pâte à modeler aura une forme spécifique de cette clé, elle lui sera parfaitement adaptée. Mais si vous la mettez sur la tête de la clé, elle sera tout aussi spécifique à cette clé, mais elle ne l’empêchera pas pour autant d’ouvrir la serrure. C’est ce qui se passe avec les anticorps. Pour qu’ils soient neutralisants, il faut qu’ils bloquent le virus à l’endroit où il se fixe sur le récepteur cellulaire qui lui permet d’infecter la cellule et de se reproduire.

Ça c’est pour la neutralisation. L’autre inconnue, c’était la production d’anticorps en nombre suffisants dans les cas de maladie bénigne à modérée. Et c’est là que l’étude du jour entre en jeu. Il s’agit, précisons-le une fois de plus, d’une pré-publication relayée par la revue Nature – mais donc pas encore relue et corrigée par un comité de lecture, qui postule ceci : 99% des personnes guéries de la Covid produisent des anticorps pendant les deux à trois premières semaines de la maladie.

Pour arriver à ce résultat, les chercheurs ont étudié 1343 patients dans la région de New York, et pas des patients hospitalisés cette fois, mais des patients qui ont déclaré des symptômes qui ressemblent à ceux de la Covid et qui ont consulté pour cela.

Donc, des formes légères ou modérées puisqu’in fine, seules 3% de ces personnes ont terminé aux urgences.

Tous les patients n’ont d’ailleurs pas fait de test virologiques – le test PCR avec les écouvillons. Tous en revanche ont subi un test sérologique, c’est-à-dire une recherche d’anticorps avec un test dit ELISA, sensible à 92% (dont avec 8% de faux négatifs possibles) et spécifique aux SARS-CoV2 à 99% (dont 1% de faux positif possible). Ce test a été réalisé en moyenne 24 jours après le début des symptômes, et 15 jours après la guérison clinique.

Les conclusions de cette analyse sont multiples. La première, et la plus importante : tous les patients qui avaient été testés PCR ont développé des anticorps. Et, chose plus importante encore : un titre d’anticorps élevé et ce très rapidement. 

Autre enseignement : il n’y a pas de décroissance rapide du taux d’anticorps (c’est plutôt le contraire), lorsque des tests répétés ont été pratiqués, ce qui tendrait à faire penser que la protection conférée par ces anticorps s’inscrit dans une certaine durée laquelle il est encore bien sûr trop tôt pour le dire. 

Ensuite, il a été constaté qu'un patient sur 5 était encore virologiquement positif, PCR après l’arrêt des symptômes ce qui peut signifier une possible persistance de la contagiosité mais ce qui n’est absolument pas certain, puisque cela peut tout aussi bien correspondre à des résidus ARN qui ne sont pas pour autant du virus actif comme ce fut le cas chez ces patients coréens chez qui on a suspecté une réinfection alors qu’il s’agissait de trace ARN résiduelle dans des tissus épithéliaux pulmonaires.

Dernier enseignement : un grand nombre de patients dont on pensait qu’ils étaient malades de la Covid à cause de leurs symptômes ne l’étaient pas. Sur les non testés PCR, mais présentant des symptômes,deux sur trois étaient négatifs au test virologique, donc non infectés par le SARS-CoV2.

Reste donc maintenant les questions en suspens : ces anticorps sont-ils bel et bien neutralisants ? Il faudrait pour cela faire des tests de neutralisation qui sont des tests un peu plus complexes à réaliser. Mais selon l’un des auteurs de l’étude, virologue à New York, le test de détection qu’ils ont employé a montré une bonne corrélation avec l’un de ces tests de neutralisation, ce qui suggérerait que la grande majorité des anticorps produits sont neutralisants, même chez les cas bénins.

Quant à la durée de leur persistance, et de leur efficacité, comme je vous le disais tout à l’heure, il est encore trop tôt, seul le temps nous le dira mais des experts du CDC américain ont pour l’heure attesté de leur présence jusqu’à au moins 40 jours après l’apparition des symptômes.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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