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Selon cette étude, les noirs ont 1,71 fois plus de probabilités de mourir en Grande Bretagne que les blancs, les asiatiques (principalement indiens et pakistanais) 1,62 fois plus.

Covid et origines ethniques, un facteur aggravant ?

4 min

Sciences |Nicolas Martin évoque aujourd'hui une étude britannique qui établit un lien entre COVID et ethnicité.

Selon cette étude, les noirs ont 1,71 fois plus de probabilités de mourir en Grande Bretagne que les blancs, les asiatiques (principalement indiens et pakistanais) 1,62 fois plus.
Selon cette étude, les noirs ont 1,71 fois plus de probabilités de mourir en Grande Bretagne que les blancs, les asiatiques (principalement indiens et pakistanais) 1,62 fois plus. Crédits : Pekic - Getty

En France, comme vous le savez, ce sont des données très sensibles. Il est peu ou prou interdit par la loi de les collecter, ce qui n'est pas le cas Outre Manche. A vrai dire l'enquête rétrospective menée par les équipes de l'Université d'Oxford, de Leed, du Centre de Recherche National en Soins Intensifs et de la London School of Hygiene and Tropical Medecine ne concerne pas exclusivement les statistiques ethniques.

Les dossiers médicaux de la National Health Society – l'équivalent de notre Sécurité Sociale – de 5683 personnes décédées (et c'est important) de la Covid dans les hôpitaux britanniques ont été examinés à la loupe, pour déterminer les facteurs de risques de mortalité. J'insiste bien là dessus. Il ne s'agit pas du risque d'attraper le SARS-CoV2 mais bien du risque d'en mourir.

La méthodologie est la suivante. Les chercheurs ont pris pour référent – c'est à dire pour établir un risque de base 1 – une femme, entre 50 et 60 ans, sans aucune comorbidité. Et à partir de ce référent, ils ont fait varier un certain nombre de facteurs pour voir s'ils étaient à même d'augmenter ou de réduire les risques de décès. On parle de « hazard ratio » en anglais, ou rapport de risque en français, à partir d'une base 1.

Premier enseignement : le principal facteur de risque est incontestablement l'âge. Les plus de 80 ans présentent un risque 12 fois supérieur de décès par rapport à la patiente témoin et 180 fois supérieur par rapport aux 18-39 ans.

Autre tendance très nette – et déjà bien connue : l'obésité qui en fonction de sa catégorie, de classe 1 à 3, fait varier le risque de décès d'1,5 fois à 2,5 fois plus élevé. Et les hommes enfin, qui ont dans l'ensemble 2 fois plus de probabilité de mourir que les femmes.

Ceci étant posé, et assez attendu, on entre dans le plus problématique ; la catégorie que l'on appelle BME, pour Black and Minority ethnic. Selon cette étude, les noirs ont 1,71 fois plus de probabilités de mourir en Grande Bretagne que les blancs, les asiatiques (principalement indiens et pakistanais) 1,62 fois plus.

Ce constat a provoqué un immense débat dans le pays, au point que le gouvernement de Boris Johnson s'est engagé à lancer une enquête nationale via le NHS.

Ces données sont tout sauf surprenantes. Choquantes, certainement, surprenantes, non. Et on peut absolument partir du principe que si ce type de statistiques était autorisé en France, nous aboutirions peu ou prou au même résultat – ce que confirme d'ailleurs, à demi-mots, la surmortalité observée en Seine-Saint-Denis dont je vous parlais dans une chronique précédente.

Ces chiffres recoupent d'autres études britanniques qui aboutissent à la même conclusion. Je peux vous citer celle de l'ONS, qui est l'équivalent de l'INSEE, et qui aboutit à un risque de mortalité supérieur de 1,9 fois, soit 90% de probabilités de mourir de la Covid pour les femmes et les hommes noirs, et de 1,8 pour les hommes bangladais ou pakistanais, ou de 1,6 pour les femmes de ces mêmes ethnies.

Des proportions que l'on retrouve de façon similaire aux Etats-Unis, même si tous les Etats ne fournissent pas de données socio-ethniques, une analyse récente à l'échelle nationale montre que les populations noires sont 3,57 fois plus susceptibles de mourir de la Covid que les blancs, les latino-américains 1,88. 

Pourquoi ce n'est pas surprenant ? Pour des raisons sociales que l'on peut appliquer à une immense majorité des épidémies. Tout d'abord sur les comorbidités. Ces populations étant majoritairement plus défavorisées que la moyenne de la population, on y trouve une sur-représentation de ces pathologies liées à un mauvais cadre de vie : obésité, diabète, hypertension, troubles psychiatriques, autant de facteurs aggravants, comme on l'a vu, en terme de mortalité.

Un autre élément est ce que les anglais appellent « deprivation », c'est à dire le manque d'accès aux soins. Soit par éloignement géographique, soit par manque d'argent, ces populations sont moins souvent et moins bien soignées. Ce qui est également corrélé à une augmentation de la mortalité. 

Il faut ajouter à cela que l'ethnicité, en dehors de ces critères purement sociaux, c'est avant tout une entité complexe, composée par ailleurs de paramètres d'identité culturels, de constructions sociales, de modèles de comportements notamment familiaux. Il faut préciser qu'à l'heure actuelle, il n'y a aucune étude qui validerait une éventuelle sensibilité génétique particulière, qui pourrait expliquer ces surmortalités.

S'ajoute à cela une composante socio-professionnelle essentielle : ce sont ces populations qui exercent les métiers dits de « contact », des professions surexposées au virus, qu'il s'agisse de métiers peu qualifiés, comme employé de supermarché, conducteur de transports ou aide-soignant mais aussi plus qualifié, parmi le personnel médical, puisqu'en Grande Bretagne, plus d'un tiers des médecins ont obtenu leur diplôme hors du Royaume Uni.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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