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Combien de temps durera cette immunité observée ?

Covid-19 : les anticorps, d'accord !

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Sciences |Selon un récente étude, des chercheurs ont constaté que près de la totalité des malades ont développé des anticorps dans les 15 jours suivant le début de l'infection.

Combien de temps durera cette immunité observée ?
Combien de temps durera cette immunité observée ? Crédits : CHRISTOPH BURGSTEDT/SCIENCE PHOTO LIBRARY - Getty

Beaucoup d'indices allaient dans le sens d'une immunité adaptative fonctionnelle. On savait, déjà, que les personnes touchées par les formes aiguës développent des anticorps neutralisants – c'est à dire efficaces pour lutter contre le virus, en moyenne 10 à 14 jours après l'apparition des symptômes mais il restait un doute notamment sur les formes légères à modérées de la maladie.

L'étude qui l'atteste nous vient de l'Institut Pasteur et du CHU de Strasbourg, qui ont testé 160 soignants guéris de formes légères – confirmées par PCR, et testés par deux types de tests différents pour rechercher des anticorps spécifiques.

On va lever le suspense immédiatement : les résultats sont sans équivoque : l'un des deux tests renvoie un taux détectable d'anticorps pour 99,4% des patients, c'est à dire tous sauf 1. Et dans 91,2% des cas, ces anticorps sont bien neutralisants. et cette proportion augmente jusqu'à atteindre les quasi 100% au cours du temps.

Maintenant que le suspense est levé, la méthode !

Il s'agit, précisons le, d'une prépublication sur le site MedrXiv en date du 22 mai. 162 soignants et personnel du CHU de Strasbourg ont été recrutés. Deux d'entre eux, qui ont dû être hospitalisés, ont été exclus de l'étude pour ne conserver que les formes modérées. Près de 97% d'entre eux ont eu des symptômes, de type toux sèche, dyspnée, anosmie ou agueusie (perte de goût ou d'odorat). Le temps médian entre l'apparition des symptômes et le test était de 24 jours – on sait que les anticorps commencent à être produits à partir de 7 à 10 jours, avec une moyenne à 14 jours pouvant aller jusqu'à 21 jours.

Maintenant les tests. Ils sont de deux types : un test d'immuno-diagnostic rapide, un test sérologique à bandelettes et un test un peu plus spécifique, plus complexe et plus précis, le test S-Flow, qui atteint les 99% de spécificité (c'est à dire qu'il n'a qu'1% de faux positifs). Comment marche ce test ? Il s'agit d'un test expérimental, destiné à la recherche et donc, sans vocation à être développé pour le grand public, qui permet d'exprimer à la surface de cellules in vitro la protéine Spike. On met ce liquide en contact avec du sérum de personnes infectées, avec une technique qui s'appelle « la cytométrie de flux » qui permet d'analyser et d'interroger chaque cellule, pour voir si elle est ou non reconnue par les anticorps comme nous l'a expliqué Timothé Bruel, l'un des auteurs de l'étude et chercheur à l'Institut Pasteur.

Avec cette technique S-Flow, 159 des 160 patients ont été testés positifs aux anticorps anti-SARS-CoV2. Le test rapide en identifiait lui 95,6%, ce qui est déjà très élevé. 

Reste la question des anticorps neutralisants. Un autre examen a été effectué, et comme je vous le disais, la proportion d'anticorps neutralisants, qui sont donc effectifs pour bloquer le SARS-CoV2 et interrompre le cycle infectieux, était de 79% entre 13 et 20 jours, de 92% entre 21 et 27 jours et jusqu'à 98% entre 28 et 41 jours, confirmant donc que la réponse immunitaire adaptative monte en puissance au fil du temps, et reste certainement effective un certain temps – qui reste à déterminer, après l'infection.

Voici donc les quelques réserves qu'il faut apporter à cette prépublication.

La première tout d'abord, ce 160ème cas négatif ? Que faut-il en penser ? Il s'agit d'un homme de 58 ans, sans comorbidités, avec un indice de masse corporelle de 32, donc une obésité modérée. Son sang a été testé 18 jours après l'apparition des symptômes et les tests sont donc revenus négatifs. Il faut savoir que chez les autres patients, mesuré par la technique S-Flow, lorsque le prélèvement a eu lieu entre les jours 28 à 41, il était nettement supérieur à ceux dont le prélèvement a eu lieu entre les jours 13 à 20. Ce qui voudrait dire que le prélèvement a peut être eu lieu trop tôt pour ce patient, qui n'avait pas encore un titre d'anticorps suffisant pour faire réagir la sensibilité du test. L'autre explication, plus simple, est qu'il puisse s'agir d'un faux négatif.

Pour le reste, c'est évidemment un signe encourageant mais il reste deux inconnues importantes : savoir combien de temps cette immunité dure – au delà des 40 jours après l'apparition des symptômes - et surtout, quel est le titre minimal – c'est à dire la quantité d'anticorps qui confère une immunité protectrice. Il s'agit donc, maintenant, d'évaluer la persistance de cette immunité adaptative et sa capacité de neutralisation en cas de rencontre avec une nouvelle souche de SARS-CoV

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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