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Que sait-on aujourd'hui de la saisonnalité du Sars-CoV-2 ?

Covid et beaux jours : comment se dire adieu ?

4 min

Sciences |Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le Coronavirus. Il revient aujourd'hui sur la question de la saisonnalité du Sars-CoV-2.

Que sait-on aujourd'hui de la saisonnalité du Sars-CoV-2 ?
Que sait-on aujourd'hui de la saisonnalité du Sars-CoV-2 ?

L'hypothèse de la saisonnalité, je l'avait évoquée à quelques reprises ces dernières semaines, mais voilà qu'avec le maintien d'un printemps très beau et très ensoleillé, et des statistiques de contamination qui repartent, pour le moment, très peu à la hausse, l'hypothèse reprend du poil de la bête, à tel point que l'on pourrait se demander si avec l'été qui arrive, la Covid-19 ne serait pas, ici en Europe de l'Ouest tout du moins, bel et bien derrière nous.
Comme toujours, la prudence est de rigueur et je vais vous expliquer pourquoi. Commençons par la saisonnalité. Qu'est-ce que c'est précisément ? C'est un phénomène relativement bien connu, pour la grippe notamment, qui fait qu'un virus circule plus largement certains mois que d'autres, en l'occurrence, les mois hivernaux, et pour plusieurs raisons.

La première, qui semble la plus évidente, c'est la météo. En effet, on sait que le rayonnement solaire – et particulièrement le rayonnement Ultra-Violet, est très nocif pour le matériel génétique viral, qui une fois hors du corps humain, est très peu protégé et donc très susceptible à ce rayonnement fortement mutagène et tout particulièrement pour les virus à ARN, comme le CoV2 ou les influenzavirus, responsables de la grippe ; cet effet mutagène finissant par être largement délétère pour la survie des virus à l'air libre.

Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi un facteur immunitaire : pour la grippe, ou pour les autre coronavirus responsable des rhumes saisonniers, OC43, HKU1, 229 ou NL63 (qui sont aussi des coronavirus), il existe une immunité naturelle de la population. Or cette immunité, au bout d'un certain taux de contamination, finit par jouer en défaveur du virus et pousser au ralentissement, et à l'extinction des transmissions.

Sans oublier les facteurs comportementaux : en hiver, nous vivons plus confinés, et les transmissions interhumaines sont facilitées par la promiscuité – contrairement à l'été où nous vivons plus à l'extérieur et en plein air. Par ailleurs, la voie nasale d'acquisition des virus respiratoires, est moins sollicitée par les températures clémentes que froides, ces dernières la sollicitant tout particulièrement pour réchauffer l'air que l'on respire, ce qui conduit à une perte d'eau (le nez qui coule lorsqu'on passe de l'extérieur à l'intérieur) et à un assèchement de la muqueuse nasale, plus fragile, et donc plus perméable aux pathogènes.
Plusieurs paramètres donc, qui laissent néanmoins subsister un doute quant à la saisonnalité du SARS-CoV2.

Alors, pourquoi le doute subsiste-t-il pour la Covid ?

Déjà, et au premier chef, parce que c'est un virus nouveau, il n'y a donc a priori aucune immunité de la population au virus – contrairement à ce qui se passe pour la grippe ou les rhinovirus, et donc, il n'y pas d'effet « cumulatif » de l'amélioration de la météo et de l'immunisation de groupe – qui est encore loin d'être atteinte pour le CoV2.
Néanmoins – comme nous l'a précisé Etienne Decroly, microbiologiste et directeur de recherche CNRS à l'Université d'Aix Marseille, la récente étude, dont je vous avais parlé la semaine dernière, qui évoque la possibilité d'une immunité croisée avec les coronavirus responsables des rhumes est une piste assez sérieuse et intéressante, qui pourrait faire varier ce paramètre.

Le problème, à l'heure actuelle, est celui du R0, c'est à dire du taux de reproduction de la maladie, estimé entre 4 et 6 selon Etienne Decroly. Faire chuter ce taux en dessous de 1 – condition nécessaire à l'extinction de l'épidémie – avec les seuls facteurs saisonniers semble un écart trop important. D'autant que si les facteurs saisonniers étaient à ce point prégnant, il n'y aurait pas eu de cas – ou presque pas -  en Australie qui était en période estivale au début de l'épidémie, et qui a des critères démographiques à peu près semblables à ceux de l'Europe Occidentale.
Aujourd'hui, ce dont nous sommes sûrs, c'est qu'il faut des températures très élevées pour venir à bout du CoV2, plus de 56° pendant 20 à 30 minutes, ou 65° pendant 5 à 10 minutes. Donc un tantinet plus haut que les températures estivales.

On sait aussi que le SARS-CoV1, à l'origine de l'épidémie de SRAS en 2003, ne s'est absolument pas éteint à cause des variations de saison, mais grâce à des mesures très strictes de mise en quarantaine, celles-ci étant rendues plus simples qu'avec le CoV2 puisque la contamination se faisait de façon symptomatique – et qu'il n'y avait pas pour ce virus cette fenêtre de 48 heures avant la déclaration des symptômes pendant laquelle les personnes infectées sont très contagieuses.

Ainsi, même s'il est vraisemblable que le CoV2 ait une sensibilité saisonnière – comme en attestent plusieurs études qui montrent des « corridors » de transmission en période hivernale à des températures moyennes comprises entre 5 et 11 degrés, avec une humidité absolue de 4 à 7 grammes d'eau par mètre cube d'air, ou qu'une hausse de 1 degré serait associée à une réduction de 1,5 à 4,6% de nombre de cas quotidiens, l'absence d'immunité collective supposée joue en très large défaveur des populations, et plaide pour la poursuite de la circulation du virus, même en période estivale, et donc pour la nécessité du maintien des mesures de distanciations sociales pendant encore un certain temps, étant entendu qu'une reprise de circulation épidémique du virus est, dans le cas le cas contraire, largement envisageable dès l'automne prochain.

Nicolas Martin et l’équipe de la Méthode scientifique 

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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