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Quels sont les résultats de l'essai vaccinal sur les macaques rhésus ?

Immunité et vaccin : le cas du macaque rhésus

5 min

Sciences |Nicolas Martin revient aujourd'hui sur le cas du macaque rhésus qui apporte des espoirs dans la lutte contre la Covid.

Quels sont les résultats de l'essai vaccinal sur les macaques rhésus ?
Quels sont les résultats de l'essai vaccinal sur les macaques rhésus ? Crédits : Istvan Kadar Photography - Getty

Ces petits singes que l'on croise partout en Asie sont la coqueluche des scientifiques depuis longtemps, les Américains en ont même envoyés dans l'espace dans les années 50. Pour ce qui nous concerne aujourd'hui, il s'agit de deux études, l'une sur la permanence de l'immunité, et l'autre sur un candidat vaccin, qui donnent toutes deux des pistes intéressantes pour l'avenir. Les deux sont, pour une fois, des études publiées et pas en pré-print, et dans la revue Science s'il vous plaît.

Première étude sur l'immunité. L'objectif est d'obtenir des réponses sur le développement d'une réponse immunitaire adaptative protectrice, puisque, je vous le rappelle, il subsiste toujours des doutes sur le fait que l'infection, notamment légère, par le SARS-CoV2, produise une réponse immunitaire suffisante pour éviter une recontamination à court ou moyen terme, en cas de réinfection par le virus.

Le protocole est le suivant : les chercheurs ont inoculé le virus par voie nasale à 8 macaques. Ils ont ensuite suivi jour après jour l'évolution de la charge virale. Il faut préciser que ce singe ne développe que des formes légères de la maladie avec perte d'appétit et diminution de la réponse aux stimuli, mais ni fièvre, ni détresse respiratoire.

Au bout de 10 à 14 jours, le virus était devenu indétectable. Les chercheurs ont ensuite réinfecté les singes 35 jours plus tard. Les prélèvements, à ce moment, montrent une diminution drastique de la charge virale.

Cela plaide donc très clairement pour l'induction d'une réponse immunitaire cellulaire et humorale qui protège efficacement d'une ré-infection, une « protection quasi-complète », estiment même les auteurs. Maintenant, les limites de ce modèle, c'est bien évidemment que l'infection est plus légère chez les macaques, qui répondent de façon moins virulente que l'être humain et les auteurs précisent qu'il faut bien sûr mettre en place des études cliniques rigoureuses sur l'être humain avant de pouvoir confirmer que cette immunité pérenne est similaire mais on peut en conclure que c'est un autre signe encourageant d'une protection post-infection parmi d'autres signes que j'évoquais dans des chroniques précédentes.

Pour la deuxième étude, sur la vaccination, les chercheurs ont testé plusieurs candidats vaccins, construits sur le même modèle : il s'agit de vaccins à ADN, qui sont construits sur l'ARN viral, et qui ont pour ambition d'aller s'intégrer aux cellules de l'hôte pour pousser certaines d'entre elles à produire la protéine de surface, la fameuse protéine Spike qui permet au virus d'infecter les tissus avec les récepteurs appropriés.

Les chercheurs ont ensuite sélectionné 35 singes, et ont formé plusieurs groupes de 4 ou 5 macaques pour chaque candidat vaccin, en conservant un groupe témoin de 10 singes non vaccinés. Les singes ont reçu 5 milligrammes de vaccin à ADN – ce qui est une quantité très importante – en intramusculaire à la semaine 0, puis un rappel à la semaine 3. Les animaux ont ensuite été infectés par voie nasale et trachéale à la semaine 6.

Information intéressante – qui donnera lieu à une prochaine chronique dans la semaine – en faisant un test d'anticorps ELISA en semaine 0, soit avant la première injection, les chercheurs ont réalisé que chez deux animaux, des anticorps réagissaient à la protéine Spike alors qu'ils n'avaient jamais été confronté au SARS-CoV2 ce qui plaide pour la possibilité de l'existence d'une immunité dite « croisée », c'est-à-dire la protection d'une partie de la population contre le SARS-CoV2 grâce à une immunité antérieure acquise via la rencontre avec d'autres coronavirus plus bénin, comme ceux du rhume. J'y reviendrai.

Quels sont les résultats de cet essai vaccinal ? A l'issue de l'injection de virus, 8 des 25 macaques qui ont reçu le vaccin n'ont montré aucune forme d'infection, et les chercheurs n'ont constaté qu'un très faible niveau de virus chez les 17 autres.

Ce qui plaide pour une efficacité au moins partielle de cette stratégie vaccinale. Mais comme nous le précise Frédéric Tangy, directeur du laboratoire d'innovation médicale à l'Institut Pasteur, s'il y a bien induction d'une réponse immunitaire, avec production d'anticorps neutralisants, ce n'est pas à des taux exceptionnellement hauts. Ce résultat laisse entendre qu'il y a bien protection, mais pas une protection totale. La charge virale chute nettement la vaccination permet d'empêcher que le virus ne descende dans les poumons, mais reste détectable dans le nez. 

Pour conclure : une protection même partielle reste mieux qu'aucune protection. Rappelons que le vaccin contre la grippe n'est efficace, selon les années, qu'entre 30 et 50%. Reste que d'autres stratégies vaccinales pourront peut-être se montrer plus efficaces mais pour confirmer cela, il faut du temps.L'essai clinique de l'Institut Pasteur commencera au mois de juillet. N'oublions pas que le temps de développement « classique » d'un vaccin est de 5 à 10 ans. Si un des laboratoires qui travaille dessus arrive au stade de la commercialisation en 18 mois, ce sera un record sans précédent.

Encore faut-il que ces vaccins trouvent leur public. Selon une enquête récente, un peu plus d'une personne interrogée sur quatre, en France, estime que si un vaccin contre la Covid était disponible, elle ne l'utiliserait pas.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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