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Quelles peuvent être les raisons de la moindre propagation du virus sur le continent africain ?

L'Afrique échappe-t-elle à la pandémie ?

5 min

Sciences |Un point sur la situation en Afrique, qui semble moins touchée par le Covid-19. La progression de l'épidémie est moins rapide que ce qu'avaient prévu les modèles avec un taux de cas de Covid de l'ordre de 1,4% du total mondial, alors que sa population représente 17% de la population mondiale.

Quelles peuvent être les raisons de la moindre propagation du virus sur le continent africain ?
Quelles peuvent être les raisons de la moindre propagation du virus sur le continent africain ? Crédits : SOPA Images - Getty

Le problème, comme souvent lorsqu'on évoque l'Afrique comme un tout indivisible, c'est que ça rend illisible la situation individuelle des 54 états qui composent le continent. Donc oui, si l'on prend les chiffres pour l'ensemble du continent, indiscutablement, la progression de l'épidémie, qui y est arrivée début mars, est moins rapide que ce qu'avaient prévu les modèles avec un taux de cas de Covid de l'ordre de 1,4% du total mondial, alors que sa population représente 17% de la population mondiale. 

Mais il y a évidemment d'importantes disparités si l'on prend ces chiffres pays par pays, l'Egypte par exemple, qui représente 15% de la population continentale, enregistre 36,6% des contaminations et 57% des décès. Les pays du bassin méditerranéen sont dans l'ensemble plus touchés, ainsi que l'Afrique du Sud qui a passé le cap des 10 000 cas ce week-end. A l'autre bout du spectre, l'Angola ne compte que 45 cas recensés,  le Zimbabwe 36, le Botswana 24, et la Namibie 16.

On pourrait avancer que ces chiffres sont certainement très sous-évalués, compte tenu de la pénurie de tests, ou du non-recensement de l'intégralité des morts. Mais même sous-évalués, ces chiffres à l'échelle continentale restent particulièrement bas, pour le moment. Par ailleurs, lorsque l'on regarde le nombre de personnes testées, au Cameroun par exemple – c'est à dire soit des personnes symptomatiques, soit proches de personnes infectées, à l'hôpital, on devrait s'attendre à 85 à 90% de tests positifs or on ne détecte en moyenne que 20 à 25% ce qui est particulièrement bas.

Ce qui est certain, c'est que l'épidémie n'a pour l'heure pas progressé au même rythme qu'en Asie ou en Europe, et qu'elle ne suit a priori par le même modèle. Mais comme toujours, il faut prendre encore énormément de précautions. Même si l'OMS prévoit une mortalité pouvant grimper de 83 000 à 190 000 décès sur l'ensemble du continent en l'absence de mesures d'endiguement, rapporté à un population globale de plus d'1,2 milliards, on aboutit à un taux de mortalité extrêmement faible, de 0,015%

Des explications démographiques à la moindre propagation du virus sur le continent africain

Plusieurs hypothèses sont envisagées par les chercheurs. La première, et l'une des hypothèses les plus solides selon Elisabeth Carniel, directrice du centre Pasteur au Cameroun que nous avons contactée. C'est indiscutablement la jeunesse relative de la population. Environ 60% de la population du continent est âgée de moins de 25 ans. L'âge médian, qui divise la population totale en 2, est de 19,7 ans, là où il est de 42 ans et demi en Europe. Et les pays africains les moins touchés sont les pays d'Afrique subsaharienne où l'âge est le plus jeune. Plus de jeunes, moins de personnes âgées... donc moins de personnes vulnérables au virus, c'est évidemment une donnée importante à prendre en considération.

L'autre corollaire à cette jeunesse, c'est le plus faible taux de comorbidités. Moins d'obésité, moins d'hypertension, moins de diabète – sauf dans les pays africains les plus touchés, comme l'Egypte, l'Afrique du Sud ou l'Algérie. 

D'autres éléments démographiques peuvent aller dans le sens d'une moindre circulation du virus : la densité de population, là aussi globalement plus faible avec 43 habitants au kilomètre carré contre 181 en Europe de l'Ouest ou 154 en Asie du Sud Est. Mais une fois de plus, la généralisation dissimule de fortes disparités, entre des métropoles très peuplées où le virus a pu se répandre plus facilement, et des zones rurales où la population est nettement plus éparse, et donc moins susceptible d'être atteinte. 

Des hypothèses virologiques

A ces explications démographiques s'ajoutent quelques hypothèses, notamment virologiques. Il faut préciser d'une part que de nombreux pays africains, après Ebola, le VIH, la rougeole ou le choléra, sont d'une certaine façon  préparés à ce type de contexte épidémique. Beaucoup d'entre eux ont pris des mesures de confinement, ou de mise en quarantaine des grandes villes, très tôt, dès l'apparition des premiers signes de la maladie, voire pour certains pays avant même qu'elle n'arrive sur leur territoire – ce qui est le cas au Rwanda notamment.

Une autre hypothèse serait que la très grande et très fréquente confrontation à des pathogènes divers aurait renforcé le système immunitaire d'une partie de la population. C'est l'hypothèse de l'immunité inné entraînée dont je vous ai déjà parlé ici, et que j'évoquais hier dans la Méthode Scientifique : la toute première immunité, à large spectre, est en quelques sortes dopée par la sollicitation très fréquente de ces pathogènes nombreux en circulation. Mais ceci reste pour le moment absolument théorique et nécessiterait des études pour être démontré. 

Pour conclure, si l'épidémie semble bel et bien ne pas se répandre sur le continent Africain avec une dynamique similaire à ce qui s'est produit en Asie ou en Europe, Elisabeth Carniel met en garde : alors que de nombreux pays sont eux aussi en train de lever les mesures de distanciation physique et sociale mis en place, il n'est pas exclu que ces chiffres finissent par partir à la hausse pour aboutir à un pic épidémique, plus tardif, certes, mais bien réel. 

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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