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Les super-contaminateurs ne seraient-ils fonction que de l'environnement ?

La pandémie, la faute des super-contaminateurs ?

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Sciences |Que sont les super-contaminateurs ? Pourquoi pourraient-ils être responsables d'une grande partie de l'épidémie ?

Les super-contaminateurs ne seraient-ils fonction que de l'environnement ?
Les super-contaminateurs ne seraient-ils fonction que de l'environnement ? Crédits : Jon Hicks - Getty

Vous en avez peut être déjà entendu parler,. les super-spreaders en anglais, ou super-contaminateurs en français. Ce seraient ces malades qui transmettent la maladie à beaucoup plus de personnes que la moyenne du taux de reproduction. Le taux de reproduction, vous connaissez ça par cœur désormais, c'est le R0, où le nombre de personnes infectées en moyenne par un seul malade. Pour la Covid, on estime aujourd'hui, selon les différentes modélisations, qu'il est entre 2 et 3. Mettons 3 pour arrondir. Donc lorsque vous êtes malade, vous transmettez le virus en moyenne à trois autres personnes. 

Les super-contaminateurs seraient des gens qui transmettent à beaucoup plus que trois autres personnes. Ce phénomène, il est assez bien connu et identifié pour d'autres maladies, comme la grippe – il s'agit dans ce cas de personnes avec des maladies auto-immunes, ou avec certaines comorbidités, comme nous l'a expliqué Olivier Terrrier, infectiologue au centre de recherche en infectiologie de Lyon 1 et qui vont excréter du virus sur une période beaucoup plus longue, et les rendre, de fait, plus contaminants.

Mais ce qui est vrai pour la grippe est-il vrai pour la Covid ? Y a-t-il des personnes avec des profils particuliers, des conditions immunitaires spéciales qui les transforment en « bombes » virales ?

Plusieurs cas ont été identifiés, comme cette femme de 61 ans en Corée du Sud, qu'on a qualifiée de « patient 31 », qui a participé à un rassemblement d'une secte religieuse à Daegu et dont on estime qu'elle a contaminé à elle seule au moins 43 personnes. Ou plus récemment au Ghana, un seul ouvrier aurait été à l'origine de la contamination de 533 travailleurs d'une même usine. 

Mais on voit bien que dans ces deux cas, comme dans ce qu'il s'est passé lors du rassemblement évangélique de Mulhouse en France, dont on sait que c'est l'un des premiers foyers infectieux qui a contribué à diffuser le virus sur le territoire. Il s'agit de lieux clos, dans lesquels sont incluses de nombreuses personnes ce qui pourrait faire pencher la balance non pas tant du côté d'individu « super-infectieux » mais de situations « super-infectieuses » où il suffit d'une personne malade et contagieuse pour que le virus se répande très rapidement de proche en proche.

Fait que vient confirmer une autre étude, pré-publiée le 7 avril dernier sur le site MedRxiv, qui affirme que l'essentiel des contaminations se fait dans des espaces clos, en intérieur donc, et de façon assez logique, plus l'espace est petit, moins il est ventilé, et plus il est peuplé, et plus la courbe de contamination s'envole. Cette étude conclut d'ailleurs que près de 80% des contaminations se font à domicile, suivis par les transports.

Les super-contaminateurs ne seraient-ils fonction que de l'environnement ? C’est un peu plus compliqué que ça. De facto, il n'y a pas d'étude qui valide complètement leur existence pour la Covid même s'il en existe indiscutablement dans l'histoire, comme la fameuse Typhoïd Mary, qui était cuisinière, asymptomatique, et qui a contaminé une cinquantaine de personnes sans s'en rendre compte avant de passer sa vie enfermée en quarantaine pour éviter toute contamination, jusqu'à sa mort en 1938.

Il y a une règle empirique, en épidémiologie, qui considère que 20% de la population est responsable de 80% de la transmission d'une maladie, lors d'une épidémie. Et qui part donc du principe qu'identifier ces 20% qui seraient les super-propagateurs, permettrait d'endiguer la diffusion de l'épidémie.

Mais si dans certaines maladies, on peut en effet considérer que les asymptomatiques ou paucisymptomatiques sont un vecteur silencieux, et donc important de la propagation de l'épidémie, est-ce pour autant une réalité virologique ? On sait qu'a priori, pour la Covid-19, la contagiosité serait symptôme-dépendante et donc que les moins symptomatiques seraient a priori moins contagieux que les personnes malades, 48 heures avant de déclarer les symptômes. 

Y aurait-il des paramètres immunologiques ? Des malades qui sécrètent des doses plus importantes de virus ? Selon l'épidémiologiste Arnaud Fontanet, ce phénomène n'a jamais vraiment pu être documenté, et on ne comprend toujours pas précisément ce qu'il se passe lors de ces épisodes de super-spreading. Il y a trop de facteurs en jeu, en situation réelle, pour ne pouvoir en isoler qu'un seul et attribuer la responsabilité de ce phénomène à un paramètre qui ne serait que virologique, ou que circonstanciel.

Pour Bharat Panjania, qui est spécialiste des maladies infectieuses à la faculté de médecine de l'Université d'Exeter, il ne faut pas parler de « super-spreader », ça n'existe pas, mais de « situations de super-propagation » - liées à la densité de population, à l'endroit confiné, à la faible ventilation, au manque de contrôle et à une simple personne, au début de sa maladie, lorsque les sécrétions sont maximales qui va d'un seul coup transmettre à un nombre beaucoup plus important de personnes alentour que ce que le taux de reproduction moyen de recense.

Conclusion : dans les espaces fermés, exigus, avec de fortes densité de population, c'est le moment où vous devez être le plus vigilant, tant sur le port du masque que sur les gestes barrières de façon à éviter d'être la source, ou la victime, d'un nouveau cluster de la maladie.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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